AVANT-PAPIER-La "cuvette mortifère" de La Faute-sur-Mer au coeur du procès Xynthia

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* Des accusés jugés pour homicides involontaires * L'ancien maire et deux de ses adjoints au rang des prévenus par Guillaume Frouin NANTES, 14 septembre (Reuters) - Plus de quatre ans après la tempête Xynthia, qui avait laissé sur son passage 29 morts à La Faute-sur-Mer (Vendée), cinq personnes, dont l'ancien maire de la commune et deux de ses adjoints, comparaissent lundi en justice pour y répondre d'homicides involontaires. Le président de l'association propriétaire de la digue submergée par la tempête et un fonctionnaire des services locaux de l'Etat figurent en outre au nombre des prévenus jugés aussi pour mise en danger de la vie d'autrui par le tribunal correctionnel des Sables d'Olonne. Ils encourent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende. Deux entreprises du bâtiment sont également jugées sous les mêmes chefs d'accusation pour avoir, au mépris des règles de sécurité, fait édifier une maison de plain-pied dans laquelle quatre personnes sont mortes dans la nuit du 27 au 28 février 2010. La tempête Xynthia, qui a balayé toute l'Europe, a fait au total 47 morts en France, pour la quasi-totalité sur le littoral de Vendée et en Charente-Maritime. Vingt-neuf personnes ont péri noyées à La Faute-sur-Mer, où un quartier pavillonnaire a été submergé après la rupture d'une digue. Le tribunal, qui a prévu de siéger jusqu'au 17 octobre et de rendre son délibéré le 12 décembre, doit entendra 123 survivants ou proches de victimes, ainsi que deux associations qui entendent se constituer parties civiles. Le procès, pour lequel se sont accrédités 116 journalistes de 41 médias, sera délocalisé pour l'occasion dans le centre des congrès des Sables d'Olonne. Le principal prévenu, l'ancien maire René Marratier, est soupçonné de s'être opposé pendant des années aux restrictions de constructions que voulait imposer la préfecture de Vendée pour ne pas nuire au développement de cette petite station balnéaire populaire. "TRACTATIONS ET MARCHANDAGES" L'enquête du juge d'instruction Yannick Le Goater a fait ainsi état de "tractations" et "marchandage" dès 2003 entre la mairie de La Faute-sur-Mer et les services de l'Etat pour réduire l'étendue des zones inconstructibles, en échange de certains engagements de la commune. Déjà condamné en 2012 pour prise illégale d'intérêts pour avoir fait trop travailler son entreprise de transports au profit de la commune, René Marratier aurait ainsi fait obstruction à la rédaction d'un Plan de prévention du risque inondation (PPRI). L'enquête a également permis d'établir que l'information des habitants sur les risques de submersion et de ruptures des digues avait été minimisée par les élus et professionnels de l'immobilier locaux et ce, en dépit de plusieurs études alarmistes. La première adjointe à l'ancien maire, Françoise Babin, est poursuivie pour avoir accordé des permis de construire illégaux dans des zones inondables. Son fils, Philippe Babin, agent immobilier, sera jugé pour sa part en qualité de président de l'association propriétaire de la digue Est, pour ne pas avoir assuré la surveillance de l'édifice. Autre prévenu, Patrick Maslin, comparaît en tant que responsable des deux entreprises du bâtiment qui avaient construit une maison de plain-pied dans la cuvette de la Faute-sur-Mer en dépit des règles de sécurité. Egalement adjoint au maire, il était par ailleurs membre de la commission urbanisme et président de l'office de tourisme local. Alain Jacobsoone, directeur départemental adjoint des territoires et de la mer (DDTM) de Vendée au moment des faits, était de permanence la nuit du drame. Il lui est reproché de n'avoir pas transmis toutes les consignes de sécurité du préfet à la mairie de la Faute-sur-Mer. (édité par Yann Le Guernigou et Henri-Pierre André)

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