AVANT-PAPIER-La croissance chinoise, casse-tête pour les banques centrales

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    * Croissance attendue à 6,8% au T4 contre 6,9% au T3 
    * Ce serait le chiffre le plus faible depuis la crise 
financière 
    * Croissance prévue à 6,9% sur l'ensemble de 2015 
    * Les risques de déflation inquiètent les banques centrales 
 
    PEKIN/FRANCFORT, 17 janvier (Reuters) - Les chiffres du 
produit intérieur brut (PIB) chinois publiés mardi devraient 
montrer que la croissance a encore ralenti au quatrième 
trimestre, à son plus bas niveau depuis la crise financière, ce 
qui risque d'alimenter les tensions sur les marchés financiers 
après la purge des deux dernières semaines. 
    Les inquiétudes sur la santé de la deuxième économie 
mondiale ont fait plonger les Bourses chinoises et le yuan 
 CNY=CFXS  depuis le début de l'année, bien que les statistiques 
ne montrent pas de chute brutale de l'activité. 
    Au quatrième trimestre, la croissance du PIB devrait avoir 
ralenti à 6,8% par rapport à la même période de 2014, contre 
6,9% au troisième trimestre, selon l'estimation moyenne de 50 
économistes interrogés par Reuters. 
    Il s'agirait du rythme d'expansion le plus lent depuis le 
premier trimestre 2009, quand la croissance chinoise avait 
brutalement ralenti à 6,2%. 
    Les estimations des économistes s'échelonnent de 5,3% pour 
la plus faible à 7,1% pour la plus élevée, mais bon nombre 
d'investisseurs craignent que le rythme d'activité soit plus 
faible que ce que les chiffres officiels donnent à voir. 
    "La faiblesse de la demande tant intérieure qu'extérieure a 
exacerbé les pressions déflationnistes dans l'économie", 
écrivent Qu Hongbin et Julia Wang, économistes d'HSBC, dans une 
note. "En 2016, cette faible demande continuera de peser sur la 
croissance." 
    Sur l'ensemble de 2015, la croissance devrait ressortir à 
6,9% contre 7,3% l'année précédente, soit son rythme le plus 
faible depuis 25 ans, indiquait il y a peu un document de 
travail de la banque centrale. 
    Le gouvernement vise officiellement une croissance 
d'"environ 7%" pour 2015 mais sa prévision pourrait descendre à 
6,5% en 2016, ce qui serait encore suffisant pour atteindre son 
objectif d'un doublement de la richesse nationale et du PIB par 
habitant entre 2010 et 2020. 
    Ce chiffre de 6,5% correspond également à la moyenne des 
estimations des économistes, selon une enquête Reuters publiée 
jeudi.  . 
     
    LA BCE SUR LE QUI-VIVE 
    Le ralentissement de la croissance plaide en faveur de 
nouvelles mesures d'assouplissement monétaire après les six 
baisses de taux déjà annoncées depuis novembre 2014. Il risque 
aussi de pousser les autorités à amplifier la dépréciation du 
yuan, ce qui serait une mauvaise nouvelle pour les économies 
avancées. 
    Un yuan encore plus faible aura pour effet d'exporter les 
pressions déflationnistes de la Chine vers les économies 
développées déjà confrontées à une inflation basse, conséquence 
entre autres de la chute des cours du pétrole qui résulte en  
partie de l'affaiblissement de la demande chinoise. 
    "Le yuan chinois est pris dans un cercle vicieux qui ne peut 
conduire qu'à une poursuite de sa dépréciation", déclare Nordine 
Naam, analyste chez Natixis. "Les inquiétudes sur l'ampleur du 
ralentissement de la croissance chinoise risquent d'accélérer 
les sorties de capitaux et, partant, d'entraîner une nouvelle 
dépréciation du yuan, à la quelle la Banque populaire de Chine 
semble résignée." 
    Après une dévaluation de près de 3% à la mi-août 2015 qui 
avait ébranlé les marchés financiers, le yuan a encore perdu 
plus de 1% de sa valeur sur les deux premières semaines de 2016 
sur fond de sorties massives de capitaux. 
    Le Premier ministre Li Keqiang a déclaré samedi, à 
l'occasion de l'entrée dans la Chine au capital de la Banque 
européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), 
que le pays n'entendait pas faire baisser sa devise pour 
stimuler les exportations et qu'il avait les moyens d'assurer la 
stabilité du yuan, également appelé renminbi. 
    "La Chine n'a aucune intention de stimuler ses exportations 
par une dévaluation compétitive de sa monnaie", a-t-il dit en 
recevant le président de la Berd à Pékin. 
    Selon la banque ING, les autorités chinoises vont chercher à 
restreindre les flux de capitaux internationaux et à durcir la 
réglementation sur les établissements systémiques afin que la 
banque centrale puisse encore baisser ses taux d'intérêt sans 
affaiblir davantage la monnaie. 
    Pour Albert Edwards, stratégiste de la Société générale qui 
a une réputation de Cassandre sur les marchés, la situation est 
plus grave : "Les investisseurs commencent à comprendre ce 
qu'une dévaluation du renminbi signifie pour les marchés. Cela 
signifie de la déflation et de la récession à l'échelle 
mondiale." 
    Les risques en provenance de Chine seront à coup sûr 
analysés lors de la réunion de rentrée des gouverneurs de la 
Banque centrale européenne (BCE), jeudi. 
    Lors de sa précédente réunion de politique monétaire le 3 
décembre, la BCE avait admis que ses prévisions d'inflation 
étaient peut-être trop optimistes. Elle prévoit pour cette année 
un taux d'inflation de 1,0% qui monterait en 2017 à 1,6%, contre 
0,1% seulement attendu en 2015.    
    Après avoir réduit l'un de ses taux directeurs en décembre 
et prolongé d'au moins six mois son programme d'achats de titres 
sur les marchés, la BCE devrait opter pour le statu quo jeudi 
mais les commentaires de son président Mario Draghi sur 
l'environnement économique, le ralentissement chinois et la 
déroute des marchés seront très attendus par les investisseurs. 
    La Réserve fédérale américaine réunira à son tour son comité 
de politique monétaire les 26 et 27 janvier. 
 
 (Kevin Yao et Shaloo Shrivastava, avec Balazs Koranyi à 
Francfort, Véronique Tison pour le service français) 
 
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