AVANT-PAPIER-La COP22 confrontée à la mise en oeuvre de l'accord de Paris

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    par Laurie Goering 
    LONDRES, 6 novembre (Thomson Reuters Foundation) - La 
conférence de l'Onu sur le climat qui s'ouvre lundi à Marrakech, 
au Maroc, sera confrontée à un défi entièrement nouveau: la mise 
en oeuvre d'un accord de lutte contre le réchauffement qui, 
contre toute attente, a été ratifié avec plus de trois ans 
d'avance sur le calendrier.  
    L'accord de Paris sur le climat, conclu lors de la COP21 en 
décembre 2015 et initialement censé s'appliquer à partir de 
2020, est entré en vigueur vendredi, un jour qualifié 
d'"historique pour la planète" par les autorités françaises. 
  
    Il fallait la ratification de 55 pays représentant 55% des 
émissions pour déclencher sa mise en oeuvre. Or 96 pays ainsi 
que l'Union européenne, représentant près de 70% des émissions 
de gaz à effet de serre, ont déjà validé ce texte visant à 
contenir "bien en dessous" de deux degrés Celsius la hausse des 
températures moyennes mondiales par rapport à la moyenne de 
l'ère pré-industrielle. 
    "Nous sommes confrontés à un casse-tête auquel nous 
n'aurions jamais songé: après avoir réclamé une action rapide et 
décisive, nous l'avons", note Paula Caballero, directrice pour 
le climat au World Resources Institute, basé à Washington.  
    Le premier défi lancé aux négociateurs de la 22e conférence 
des parties (COP) à la Convention-cadre des Nations unies sur 
les changements climatiques (CNUCC), qui se déroulera jusqu'au 
18 novembre à Marrakech, est de définir des règles communes de 
mise en oeuvre.  
    "Il faut trouver une manière de négocier sur ces règles tout 
en trouvant des moyens pour que de nouveaux pays nous 
rejoignent", constate Liz Gallagher, experte en diplomatie du 
climat au groupe d'études londonien E3G, qui parle d'un "bon 
problème à résoudre".  
     
    FABIUS CRIE À L'"ALERTE ROUGE" 
    La ratification rapide de l'accord de Paris est due en 
partie à l'urgence ressentie par un nombre croissant de pays 
face aux changements climatiques et au fait que les Etats-Unis 
et la Chine, les deux principaux pays pollueurs de la planète, 
aient montré la voie.  
    Mais l'approche de l'élection présidentielle américaine et 
la posture climatosceptique de Donald Trump, qui menace de 
dénoncer l'accord de Paris, expliquent aussi que des pays aient 
voulu aller vite.  
    Le texte de décembre 2015 stipule qu'un pays ne peut pas 
légalement se retirer de l'accord pendant les cinq premières 
années, rappelle Sven Harmeling, coordinateur à l'ONG CARE.  
    Sur le fond, les négociateurs réunis à Marrakech 
s'emploieront à avancer sur plusieurs points clés, à commencer 
par la recherche de mesures immédiates de réduction des 
émissions et par la manière dont les objectifs de réduction 
d'émissions pourraient être revus à la hausse avant le rapport 
d'évaluation prévu en 2018. 
    Ils réfléchiront aussi aux moyens de tenir la promesse de 
n'utiliser quasiment plus aucune énergie fossile dans le monde 
après 2050.  
    Beaucoup jugent encore trop peu ambitieux l'objectif "bien 
en dessous" des 2°C énoncé par l'accord de Paris. Le Programme 
des Nations unies pour l'environnement (PNUE) a calculé que pour 
l'heure, les promesses des pays engageaient la planète sur une 
hausse des températures de 2,9 à 3,4°C.  
    Dans une interview au Journal du Dimanche, Laurent Fabius, 
ancien ministre français des Affaires étrangères et artisan de 
l'accord de Paris sur le climat, crie à l'"alerte rouge". 
  
    "Notre maison continue de brûler. Et il y a même alerte 
rouge, car les chiffres et les réalités restent très 
inquiétants", déclare le désormais président du Conseil 
constitutionnel français. 
    "En intégrant les engagements pris à Paris, (la température 
mondiale) risque d'augmenter de 1,5°C dès 2030 et de 2°C dès 
2050. Comment, dès lors, parvenir à rester sous les 2°C en 
2100?" s'interroge l'ex-chef de la diplomatie française. 
 
 (Avec Emmanuel Jarry à Paris; Jean-Stéphane Brosse pour le 
service français, édité par Marc Angrand) 
 
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