AVANT PAPIER-La BoJ pourrait passer du "QQE" aux taux négatifs

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    par Leika Kihara 
    TOKYO, 19 septembre (Reuters) - La Banque du Japon pourrait 
décider mercredi d'articuler désormais sa politique monétaire 
autour des taux d'intérêt négatifs, reléguant au second plan son 
programme d'assouplissement quantitatif et qualitatif (QQE) dans 
une évolution que certains sont tentés d'interpréter comme un 
signe d'impuissance. 
    Trois années de rachats d'actifs soutenus n'ont en effet, 
contrairement aux attentes lors de la mise en place de ce 
programme, guère eu d'impact ni sur l'inflation ni sur la 
croissance de la troisième économie mondiale. 
    L'assouplissement "quantitatif et qualitatif" de la Banque 
du Japon est la marque de fabrique de son gouverneur Haruhiko 
Kuroda depuis sa nomination en 2013. Il devait être une thérapie 
choc pour sortir le pays de la spirale de déflation qui étrangle 
la croissance depuis des années. 
    Mais le fait que la BoJ a déjà reporté à plusieurs reprises 
la date à laquelle l'inflation devait atteindre son objectif de 
2% est symptomatique de l'échec relatif du QQE. 
    Même s'il est peu probable que la banque centrale japonaise 
renonce complètement à ce programme, le fait de le mettre sur le 
côté sera le signe que Haruhiko Kuroda s'est résigné à renoncer 
aux traitements radicaux pour se conformer à l'approche plus 
graduelle qui caractérisait ses prédécesseurs. 
    Comme d'habitude, la réunion de la Banque du Japon se 
déroulera sur deux jours, les mardi 20 et mercredi 21 septembre. 
Fait plus rare, elle coïncidera avec celle la Réserve fédérale 
américaine qui, elle, est tentée par un durcissement de sa 
politique monétaire même si un consensus se dégage sur les 
marchés pour dire qu'elle ne fera rien cette semaine. 
    Les responsables monétaires de la BoJ ont pu avoir un 
avant-goût de que pourrait être la réaction des marchés à une 
éventuelle diminution de l'ampleur de programme de rachats 
d'actifs : se délester des obligations à échéance longue. 
    Depuis que la Banque du Japon a annoncé, lors de sa 
précédente réunion les 28 et 29 juillet, qu'elle procèderait à 
une revue en profondeur des effets de sa politique monétaire, le 
rendement des obligations souveraines à 20 ans est passé de 
0,125% fin juillet à 0,495%, soit un pic de six mois, le 14 
septembre. 
     
    PRENDRE SES DISTANCES AVEC LE QQE SANS AFFOLER LE MARCHÉ 
    Le principal défi pour la Banque du Japon sera donc de 
prendre ses distances avec le QQE tout en évitant de provoquer 
un mouvement de panique sur le marché obligataire. 
    "La Banque du Japon ne cesse de dire qu'il lui reste 
beaucoup d'outils à sa disposition mais le coût d'utilisation de 
ces outils est en hausse pour un bénéfice moindre, notamment 
pour ce qui concerne les rachats d'actifs massifs", a estimé 
Izuru Kato, économiste en chef chez Totan Research. 
    "Enfoncer les taux en territoire négatif comporte aussi des 
coûts énormes, mais c'est probablement le seul outil qui reste". 
    Le taux des dépôts au jour le jour a été ramené à -0,1% en 
janvier dernier et la BoJ pourrait décider cette semaine d'aller 
encore un peu plus loin dans le rouge, ont dit des sources la 
semaine dernière, l'évolution du yen étant déterminante dans ce 
choix.   
    Depuis le début de l'année, le yen est en hausse de près de 
18% face au dollar et de près de 15% face à l'euro, une 
évolution qui pèse sur l'activité des nombreux exportateurs 
japonais. 
    Il y a dix jours, d'autres sources avaient dit que la BoJ 
étudiait diverses possibilités visant à pentifier à nouveau la 
courbe des rendements obligataires, l'idée générale étant de 
réduire les rendements à court et moyen termes, ceux qui ont le 
plus d'influence sur les coûts d'emprunt des entreprises, tout 
en remontant les taux ultra-longs considérés comme étant 
beaucoup trop bas.   
    Haruhiko Kuroda devra s'efforcer d'arracher un consensus à 
un comité de politique monétaire fragmenté, où même ceux qui 
sont en faveur d'un nouvel assouplissement s'interrogent sur 
l'outil le plus efficace. Certains veulent un centrage de la 
politique sur les taux tandis que d'autres veulent continuer à 
mettre l'accent sur les rachats d'actifs. 
    "Haruhiko Kuroda a créé le QQE, c'est son symbole. Y 
apporter des changements importants serait assimilable à une 
reconnaissance de défaite. Je me demande si cela est possible 
tant qu'il reste gouverneur", a dit l'une des sources.     
 
 (Benoît Van Overstraeten pour le service français, édité par 
Véronique Tison) 
 
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