AVANT-PAPIER-La BCE très attendue jeudi, au risque de décevoir

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    * Un assouplissement de la politique monétaire pratiquement 
assuré 
    * Augmentation et prolongation des achats d'actifs évoquées 
    * Une nouvelle réduction du taux de dépôt jugée possible 
    * Draghi a multiplié les promesses d'action 
    * Risques pour la crédibilité, l'efficacité et la cohésion 
de la BCE 
 
    par Balazs Koranyi 
    FRANCFORT, 30 novembre (Reuters) - La Banque centrale 
européenne (BCE) annoncera très probablement jeudi de nouvelles 
mesures d'assouplissement monétaire mais les investisseurs 
attendent de savoir lesquelles et craignent d'être déçus, tant 
la banque centrale a alimenté les anticipations ces dernières 
semaines. 
    Inquiet de la montée des risques pour la croissance et les 
prix, le président de la BCE, Mario Draghi, s'est en quelque 
sorte engagé à agir, affirmant que le conseil des gouverneurs 
ferait le nécessaire pour que l'inflation remonte le plus 
rapidement possible.  ID:nL8N13F18T  
    Mais le suspense reste entier sur les leviers que le Conseil 
des gouverneurs choisira d'actionner, alors que le taux de dépôt 
de la BCE est déjà négatif et que l'institution rachète depuis 
mars dernier pour 60 milliards d'euros d'actifs par mois afin 
d'injecter des liquidités dans le système bancaire. 
    Le Conseil discutera jeudi d'un grand nombre d'options 
possibles, allant d'une nouvelle baisse du taux des dépôts -- 
mesure qui devrait peu prêter à controverse -- à une extension 
du programme d'achats d'actifs qui, dans le cas le plus extrême, 
pourrait porter sur des produits titrisés comprenant des 
créances douteuses. 
    "Les anticipations étant élevées, le risque de déception est 
également élevé. Mais les inquiétudes étant correctement 
focalisées sur les perspectives d'inflation, il n'y a pas lieu 
de retenir ou de garder des munitions à ce stade", écrivent les 
économistes de Société générale dans une note récente. 
    Dix-neuf des 20 professionnels des marchés monétaires 
interrogés par Reuters pour une enquête publiée lundi ont dit 
tabler sur une augmentation des achats mensuels, la médiane de 
leurs estimations donnant un montant porté à 77,5 milliards 
d'euros.  
     
    DERNIÈRE OCCASION POUR RELANCER LE CRÉDIT ? 
    Ce plan dit d'assouplissement quantitatif ("quantitative 
easing" ou QE) serait en outre prolongé au-delà de septembre 
2016, l'échéance initialement prévue.  
    Treize des 20 traders interrogés ont ajouté s'attendre à une 
baisse du taux de dépôt, qui pourrait être ramené de -0,20% à 
-0,35%.  
    La BCE pourrait aussi opter pour un taux de dépôt progressif 
afin de dissuader les banques de laisser dormir leur argent dans 
ses coffres.  
    "Il pourrait s'agir de sa dernière occasion de forcer les 
banques à prêter à l'économie réelle, ce qu'elle n'est pas 
parvenue à faire jusqu'à présent", a dit l'un des professionnels 
interrogés.  
    La banque centrale pourrait parallèlement élargir le QE à 
d'autres actifs, par exemple à des obligations municipales ou 
d'entreprises.  
    Plusieurs responsables de banques centrales nationales, qui 
ont requis l'anonymat, ont rapporté à Reuters que les débats 
lors des réunions préparatoires avaient porté aussi sur le 
rachat de portefeuilles de prêts bancaires titrisés, plus 
risqués, même si une telle mesure semble a priori très peu 
probable.  ID:nL8N13J43J  
    Au total, une vingtaine d'options auraient été discutées ces 
dernières semaines au sein de l'Eurosystème et Mario Draghi 
devra trouver lors de la réunion de jeudi un compromis 
acceptable pour la majorité des 19 banques centrales de la zone 
euro. 
         
    RÉTICENCES ALLEMANDES 
    Là réside la principale difficulté pour le patron de la BCE. 
    L'Allemagne, par la voix du président de la Bundesbank, Jens 
Weidmann, membre du conseil des gouverneurs, et plus encore de 
sa représentante au directoire de la BCE, Sabine Lautenschläger, 
a clairement exprimé sa vive réticence, au risque de donner une 
image de division au sein de la banque centrale, préjudiciable à 
sa crédibilité. 
    Sabine Lautenschläger a dit s'opposer à toute nouvelle 
mesure d'assouplissement monétaire en expliquant que la 
politique ultra-accommodante de la BCE créait des risques de 
bulle et permettait aux gouvernements de retarder des réformes 
structurelles indispensables. 
    Les décisions prises lors des réunions du conseil des 
gouverneurs, auxquelles participent également les membres du 
directoire, sont généralement prises par consensus et non par 
vote. 
    A défaut d'empêcher de nouvelles mesures, les "faucons" de 
la BCE tenteront d'obtenir de Mario Draghi qu'il ne fasse plus 
de promesses qui risquent d'être difficiles à tenir. 
    "Je ne suis pas sûr que la BCE soit capable de nous 
surprendre encore", dit Cyril Regnat, responsable de la 
stratégie taux de Natixis, qui table sur une augmentation de 20 
milliards d'euros des achats mensuels, une prolongation du QE de 
six mois et une baisse de 10 points de base du taux de dépôt.  
    Les analystes de Citi estiment de leur côté que la BCE 
devra, pour réellement surprendre les investisseurs, tout à la 
fois réduire le taux des dépôts, augmenter ses achats d'actifs 
et ajuster sa "communication avancée" en prolongeant le QE ou, 
du moins, en supprimant la référence à une fin du programme en 
septembre 2016. 
    La réunion du conseil des gouverneurs, la première pour le 
nouveau gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de 
Galhau, se déroule moins de deux semaines avant celle du comité 
de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, qui 
devrait au contraire donner le coup d'envoi d'un cycle de hausse 
des taux outre-Atlantique.  
 
 (avec Aaradhana Ramesh, Marius Zaharia et Dhara Ranasinghe; 
Véronique Tison pour le service français, édité par Marc 
Angrand) 
 
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