AVANT-PAPIER-La Banque d'Angleterre poussée à agir face aux risques du Brexit

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    par William Schomberg 
    LONDRES, 11 juillet (Reuters) - La Banque d'Angleterre (BoE) 
n'a pas modifié son taux directeur depuis plus de sept ans mais 
elle pourrait l'abaisser dès jeudi en fonction de son diagnostic 
sur les risques que fait courir le Brexit à l'économie 
britannique. 
    Le gouverneur de l'institution, Mark Carney, a déjà laissé 
entendre que le taux directeur, fixé à 0,5% depuis mars 2009, 
pourrait être ramené à un nouveau plus bas historique au cours 
de l'été, une mesure que la BoE pourrait compléter en reprenant 
ses achats d'obligations sur les marchés, interrompus depuis 
plusieurs années après avoir atteint 375 milliards de livres 
(438 milliards d'euros). 
    Ces mesures viseraient à atténuer les retombées du vote du 
23 juin en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union 
européenne, qui a ouvert une période d'incertitude 
institutionnelle, économique et financière susceptible de durer 
plusieurs années.  
    Une majorité d'économistes pensent que la BoE attendra le 
mois d'août pour agir, lorsqu'elle aura à sa disposition un 
tableau plus net de la situation économique, montre une enquête 
de Reuters menée la semaine dernière. 
    Mais de nombreux investisseurs tablent sur un passage à 
l'acte plus rapide, dès la réunion de jeudi, des anticipations 
qui mettent de facto la banque centrale sous pression.   
    Pour Jonathan Loynes, économiste de Capital Economics, la 
BoE ne peut pas se permettre de tergiverser au vu de la 
nervosité des marchés.  
    "Nous pensons que le Comité (de politique monétaire) va 
prendre acte des risques qu'impliquerait le fait de décevoir les 
attentes des marchés et qu'il abaissera le taux directeur de 
0,25 point avant de reprendre son programme d'assouplissement 
quantitatif en août", explique-t-il. 
    Certains de ses confrères estiment que la BoE ira plus loin 
encore, comme Alan Clarke, de Scotiabank, qui table sur un taux 
ramené à zéro.  
    "Quel intérêt y a-t-il à réduire les taux de 25 points de 
base seulement ? Il ne s'agit pas d'une opération de 'fine 
tuning'. Pourquoi se limiter ?", dit-il.  
     
    LA BOE ENTRE RISQUE DE RÉCESSION ET RISQUE D'INFLATION 
    Mark Carney, qui avait averti avant le référendum des 
risques économiques d'un Brexit, a expliqué que la BoE 
procéderait en juillet à une première évaluation de l'impact du 
vote avant un examen exhaustif en août.  
    Il a par ailleurs manifesté son désaccord avec les 
politiques de taux négatifs engagées par la Banque centrale 
européenne (BCE) et la Banque du Japon entre autres, estimant 
qu'elles risquaient d'affaiblir le secteur bancaire.  
    Jusqu'à présent, la BoE ne dispose que de peu d'éléments 
tangibles sur l'impact économique du Brexit, en dehors 
d'enquêtes sur le moral des ménages et de déclarations de 
distributeurs qui font craindre un recul de la consommation. Les 
données chiffrées sur la période post-référendum ne devraient 
pas être publiées avant la fin juillet.  
    Mark Carney et les autres membres du Comité doivent en outre 
prendre en considération, au-delà du risque de récession, celui 
d'une hausse des prix liée à la forte dépréciation de la livre 
sterling depuis le référendum. 
    Certains économistes estiment en effet que l'inflation 
pourrait atteindre 5% au cours des deux prochaines années, soit 
plus du double de l'objectif de 2% que s'est fixé la BoE.  
    Philip Shaw, économiste d'Investec, note que la banque 
centrale a d'autres outils à sa disposition que le taux 
directeur et l'assouplissement quantitatif: il estime qu'elle 
pourrait étendre le dispositif "Funding for Lending Scheme" 
lancé après la crise financière pour inciter les banques à 
prêter aux entreprises et aux acquéreurs de biens immobiliers en 
leur assurant des liquidités pendant des périodes longues. 
    "Ensuite, en fonction de l'ampleur de la baisse de 
l'activité, l'accent en matière de soutien pourrait basculer sur 
la politique budgétaire dans le courant de l'automne", dit-il. 
    Le ministre des Finances, George Osborne, a déjà renoncé à 
l'objectif d'un excédent budgétaire d'ici 2020 et annoncé son 
intention d'abaisser le taux de l'impôt sur les sociétés à 15%. 
    
    La BoE ne tiendra pas de conférence de presse jeudi, la 
prochaine étant prévue à l'issue de la réunion du 4 août. Mais 
Mark Carney doit s'exprimer mardi devant les députés, ce qui 
pourrait lui permettre de donner des indices sur ses intentions. 
 
 (Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique 
Tison) 
 
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