AVANT-PAPIER-L'UE cherche un accord avec Ankara pour tarir le flux de migrants

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    * L'idée est de décourager les candidats à l'entrée illégale 
    * Tout en développant un canal légal pour les Syriens 
    * Des interrogations juridiques demeurent 
    * La question de Chypre et le problème des visas à régler 
 
    PARIS, 16 mars (Reuters) - L'Union européenne tentera jeudi 
et vendredi à Bruxelles de trouver avec la Turquie une solution 
pérenne afin de tarir le plus tôt possible le flux de migrants 
qui se bousculent aux portes d'une Europe gravement déstabilisée 
par cette crise. 
    Les Vingt-Huit et la Turquie doivent finaliser un projet 
élaboré le 7 mars qui prévoit une hausse de l'aide de l'UE -- 
jusqu'à six milliards d'euros --, la libéralisation des visas 
pour les citoyens turcs et l'accélération du processus 
d'adhésion de la Turquie en contrepartie de la contribution 
d'Ankara à la résolution de la crise migratoire. 
    "Un accord à Bruxelles est nécessaire, même s'il sera 
difficile d'obtenir l'assentiment de tous les Etats membres", 
souligne un haut diplomate français. "Dans cette affaire, on 
peut parler d'aide, de partenariat mais pas de chantage : un 
Etat tiers ne peut décider ce qui se passe au sein de l'Union."  
   
    L'accord prévoit le retour en Turquie de toutes les 
personnes arrivant illégalement sur les îles grecques de la mer 
Egée via la Turquie selon le principe du "un pour un": pour 
chaque Syrien ainsi reconduit en Turquie, un Syrien réfugié en 
Turquie serait accueilli dans un Etat membre de l'Union. 
    L'idée est de décourager les candidats à l'exil, qui meurent 
parfois en mer et viennent gonfler les camps de réfugiés sur le 
continent, en particulier en Grèce. 
     
    TUSK À NICOSIE ET ANKARA  
    "Les réfugiés sauront que s'ils tentent la voie illégale par 
le biais des passeurs, ils n'auront aucune chance d'obtenir 
l'asile", explique un diplomate allemand. "Il faut dissuader les 
candidats à l'exil illégal. Tant qu'il y a une incertitude, ils 
continueront à arriver en Grèce." 
    Si accord il y a, "on verra d'ici trois ou quatre semaines 
si le flux se tarit", confirme un diplomate français. "Et si 
c'est le cas, on pourra faire des réadmissions classiques (en 
Turquie-NDLR) avec le Haut commissariat aux réfugiés." 
    Il restera ensuite à l'Union européenne à se répartir les 
réfugiés qu'elle accepte de prendre, Angela Merkel, dont le pays 
a vu dimanche dernier l'ascension d'un parti anti-immigrés, 
ayant réaffirmé mercredi qu'elle voulait de la solidarité. 
    Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a reconnu que 
ce projet d'accord, qui soulève des problèmes juridiques, devra 
être "rééquilibré" pour être approuvé par les Vingt-Huit. 
    Plusieurs pays, dont la France, ont par ailleurs des doutes 
sur la question de la levée des visas pour les Turcs dans l'UE  
alors qu'Ankara ne remplit pas les 72 critères prévus. 
    Il n'y aura "aucune concession en matière de droits de 
l'Homme ou de critères de libéralisation des visas" à la Turquie 
en échange de garanties sur le contrôle des flux migratoires, a 
répété François Hollande lors d'une réunion à l'Elysée avec des 
dirigeants sociaux-démocrates, samedi dernier.  
    La Commission pourrait suggérer une voie plus souple en 
proposant que la libéralisation des visas soit accordée si la 
Turquie respecte une "masse critique" de conditions juridiques, 
et non plus ces 72 critères, selon un responsable européen. 
    Autre écueil de taille : la question chypriote. Nicosie 
n'acceptera pas l'ouverture de nouveaux chapitres de négociation 
avec la Turquie tant que cette dernière ne reconnaîtra pas la 
souveraineté de la République chypriote et qu'elle n'ouvrira pas 
ses ports et ses aéroports au trafic chypriote. 
    C'est ce qu'ont répété les autorités chypriotes à Donald 
Tusk, qui s'est rendu à Nicosie puis à Ankara pour préparer le 
sommet de cette fin de semaine.   
    "L'idée aujourd'hui, c'est plutôt de dire : 'on prépare les 
chapitres et on y revient à la lumière de ce qui ce sera passé 
dans les négociations avec Chypre", dit une source européenne. 
    Malgré la difficulté de trouver un compromis, ce même 
diplomate refuse d'envisager un échec à Bruxelles. "Il y a une 
volonté de régler la question. L'effet de répétition, c'est très 
pénalisant politiquement", dit-il.  
     
VOIR AUSSI 
 
Le texte de la déclaration de Bruxelles: 
 
http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2016/03/07-eu-turkey-meeting-statement/ 
 
ANALYSE Semaine cruciale pour l'UE dans la crise des migrants 
  
 
ÉCLAIRAGE Obstacles juridiques au projet d'accord entre l'UE et 
Ankara   
 
 (Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse) 
 
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