AVANT-PAPIER-L'Irlande sur le point de dire "oui" au mariage homosexuel

le , mis à jour à 17:59
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par Conor Humphries DUBLIN, 19 mai (Reuters) - L'Irlande s'apprête à autoriser le mariage entre personnes du même sexe dans le cadre d'un référendum organisé vendredi, 22 ans après la dépénalisation de l'homosexualité. La mesure de 1993, qui a mis Dublin en accord avec tout le reste de l'Europe occidentale, a profondément divisé une opinion très croyante. Aujourd'hui pourtant, tous les partis politiques sont favorables à la réforme et le Premier ministre Enda Kenny, catholique pratiquant, s'est même rendu dans un bar gay. Seuls deux des 166 députés militent dans le camp du "No", qui semble promis à une sévère défaite. "Les hommes politiques faisaient tout pour éviter de se faire photographier avec moi. Maintenant, c'est l'inverse", s'amuse le sénateur David Norris, figure de proue de la lutte pour l'égalité des droits, selon lequel la campagne pour ce référendum a elle-même contribué à l'évolution des mentalités. En Grande-Bretagne, l'homosexualité a cessé d'être un délit en 1967, mais l'Irlande, où le sujet restait tabou, a longtemps résisté. Dans les années 1970, l'unique bar homo de Dublin était étroitement surveillé et les timides Gay Pride étaient huées. Une première tentative de dépénalisation a échoué en 1983. La Cour suprême avait alors jugé l'homosexualité "moralement condamnable". La réforme de 1993 n'a elle même été entreprise qu'après l'arrêt de la Cour européenne de Strasbourg, qui a jugé la législation irlandaise contraire à la Convention des droits de l'homme. Un tiers seulement des Irlandais y étaient favorables, selon les sondages de l'époque. Depuis, la société a beaucoup évolué et la scène politique s'est émancipée d'une Eglise mise à mal par de nombreux scandales de pédophilie. Les bars homo se sont multipliés à Dublin et la Gay Pride attire désormais 40.000 personnes. "La vitesse à laquelle les choses ont changé est assez incroyable", s'étonne Rory O'Neil, une "drag queen" qui a contribué au mouvement pour l'égalité des droits. "C'est en partie parce que l'Irlande est un petit pays. Tout le monde a un oncle ou un voisin homo". (Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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