AVANT-PAPIER-France-Le retour du dossier épineux de l'assurance-chômage

le
0
    * L'Unedic prévoit un endettement de 29 Mds d'euros fin 2016 
    * L'exécutif presse les partenaires sociaux d'y remédier 
    * Le projet de loi sur le marché du travail tend 
l'atmosphère 
 
    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 21 février (Reuters) - Patronat et syndicats, pressés 
par l'exécutif et le nombre record de chômeurs en France 
d'adopter des réformes auxquelles ils ont jusqu'ici rechigné, 
entament lundi des négociations sous tension sur les règles de 
l'assurance-chômage. 
    Devraient ainsi revenir sur le tapis l'explosion des 
contrats de travail de très courte durée, qui pèse sur les 
comptes de l'Unedic, la question de l'incitation à la reprise 
d'un emploi, l'accès des chômeurs à la formation, ou bien encore 
le régime spécial des intermittents du spectacle. 
    Les modifications apportées par la convention de 2014, qui 
arrive à échéance en juin 2016, n'ont pas suffi pour enrayer 
l'endettement de l'organisme de gestion de l'assurance-chômage. 
    Le nombre de demandeurs d'emploi enregistrés approche 5,5 
millions toutes catégories confondues, 3,6 millions pour ceux 
qui n'ont aucune activité. Des niveaux qui n'ont plus été 
atteints depuis la fin des années 1990. 
    Selon l'Insee, le chômage représentera encore en France 
métropolitaine 10% de la population active à la mi-2016, malgré 
une accélération des créations d'emplois marchands.  
    Dans ces conditions, l'Unedic prévoit un déficit de 3,6 
milliards d'euros en 2016, après 4,4 milliards en 2015.  
    Cet organisme gérée par les partenaires sociaux verrait 
ainsi son endettement bondir à plus de 29 milliards d'euros fin 
2016 et, si rien n'est fait, à 35 milliards en 2018. 
    Lors de ses voeux aux partenaires sociaux, le 18 janvier, 
François Hollande a estimé que la renégociation de la convention 
Unedic devait être "l'occasion de revoir un certain nombre de 
règles et de réorienter les financements." 
     
    PRESSIONS 
    "En France, la durée d'indemnisation est la plus longue 
d'Europe mais la durée de formation des chômeurs est la plus 
courte. C'est ce qu'il faut changer", a-t-il alors dit. 
    "Le gouvernement invite chacun (...) à tout faire pour 
réduire le déficit de l'Unedic et pour permettre le retour à 
l'emploi", a renchéri Manuel Valls le 2 février à l'Assemblée.  
    "Si cette négociation n'aboutissait pas, le gouvernement 
(...) prendrait pleinement ses responsabilités", a averti le 
Premier ministre. 
    S'il se défend de vouloir intervenir dans les négociations, 
l'exécutif n'en a pas moins transmis fin 2015 au Parlement un 
rapport alarmant sur la situation de l'assurance-chômage, dans 
lequel il évalue l'impact de divers mesures, comme la réduction 
de la durée maximale d'indemnisation.   
    Des ministres, dont Michel Sapin (Finances), Myriam El 
Khomri (Travail) et Jean-Marie Le Guen (Relations avec le 
Parlement), ont pour leur part évoqué un éventuel rétablissement 
de la dégressivité des indemnités chômage 
    Une perspective rejetée par les syndicats et dont le Medef 
n'a pas l'intention de faire un cheval de bataille. Syndicats et 
patronat apprécient d'ailleurs peu les pressions de l'exécutif. 
    "Je ne négocie pas sous contrainte. Laissons les partenaires 
sociaux tranquilles", déclarait il y a quelque jours Alexandre 
Saubot, négociateur du Medef, à la presse sociale. 
    Pour la négociatrice et numéro 2 de la CFDT, Véronique 
Descacq, "la clef d'entrée dans la négociation ne peut pas être 
la réduction du déficit" de l'Unedic. 
     
    CONTRATS COURTS 
    "Pour nous la clef d'entrée c'est l'aide aux demandeurs 
d'emploi pour les remettre en selle et pour ça il y a trois 
paramètres", a-t-elle expliqué à Reuters : "La formation, 
l'accompagnement et un niveau correct d'indemnisation." 
    Les syndicats souhaitent aussi remettre sur la table la 
question de l'utilisation croissante de contrats de travail de 
très courte durée ponctués de périodes de chômage.   
    "L'idée est de regarder les secteurs qui utilisent trop de 
contrats très très courts et structurent leur activité en se 
servant de l'assurance chômage, de voir comment influencer le 
comportement des entreprises", dit Véronique Descacq.  
    Le président du Medef, Pierre Gattaz, dit pour sa part 
aborder cette négociation avec une "énorme détermination à faire 
une réforme structurelle" : "Pas question de recommencer à faire 
des réformes dites paramétriques. La vie ne peut pas continuer 
comme avant", expliquait-il récemment à des journalistes. 
    Il a assuré que son organisation entendait défendre deux 
axes : l'accompagnement des chômeurs "dès le premier jour de 
chômage" et l'incitation au retour à l'emploi. 
    Ces négociations commencent sur fond de polémique sur le 
projet de loi sur la réforme du code du travail dévoilé la 
semaine passée et jugé par les syndicats trop déséquilibré en 
faveur des entreprises, au détriment des salariés. 
    "Ça va radicaliser les positions", prédit Franck Mikula, 
secrétaire national et négociateur de la CFE-CGC . 
 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant