AVANT-PAPIER-France-Le procès Cahuzac reprend à un moment critique pour Hollande

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    * Le grand scandale du quinquennat Hollande 
    * Deux semaines d'audience 
    * Cahuzac et son ex-femme en procès 
    * La banque Reyl, un banquier et un avocat aussi poursuivis 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 4 septembre (Reuters) - Le procès de Jérôme Cahuzac 
pour son compte caché à l'étranger, le scandale le plus 
retentissant du quinquennat de François Hollande, reprend lundi 
à un moment critique pour le chef de l'Etat, particulièrement 
isolé à huit mois de la présidentielle.  
    Les audiences, qui reprennent après la validation par le 
Conseil constitutionnel, fin juin, du cumul des poursuites 
administratives et pénales en matière fiscale, ont lieu après la 
démission du ministre de l'Economie Emmanuel Macron, et au 
moment où se multiplient les candidatures à gauche.   
    L'ex-ministre du Budget, contraint à la démission en mars 
2013 après les révélations sur son compte caché à l'étranger, a 
reconnu devant les juges les faits qui lui sont reprochés.  
    Son avocat, Me Jean Veil, s'est refusé à tout commentaire 
avant la reprise des débats.  
    A 64 ans, Jérôme Cahuzac, héraut en son temps de la lutte 
contre l'évasion fiscale, devra répondre pendant près de deux 
semaines de fraude fiscale, blanchiment et fausse déclaration de 
patrimoine lors de son entrée au gouvernement en mai 2012.  
    Il lui est reproché d'avoir dissimulé des avoirs sur un 
compte bancaire situé dès 1992 en Suisse, et transféré à 
Singapour en 2009, via des sociétés écrans établies au Panama et 
aux Seychelles. Un transfert qui répondait à "une volonté 
d'opacité renforcée", selon les enquêteurs. 
    Son ex-femme, Patricia Ménard, est également poursuivie pour 
fraude fiscale et blanchiment.  
     
    CINQ PRÉVENUS AU TOTAL 
    Elle est accusée d'avoir dissimulé une partie de ses revenus 
sur des comptes en Angleterre, en Suisse, et sur l'Ile de Man. 
    "Je suis rentrée dans une spirale du mensonge", a-t-elle 
expliqué aux juges en février 2013, selon une source judiciaire. 
    Le couple, désormais séparé, se voit également reprocher 
d'avoir utilisé les comptes de la mère de Jérôme Cahuzac pour y 
déposer, de 2003 à 2010, des chèques issus de leur activité 
professionnelle, ainsi dissimulés au fisc.  
    Certains patients de leur clinique, spécialisée dans les 
implants capillaires, ont raconté ne pas avoir rempli l'ordre du 
bénéficiaire sur leurs chèques. 
    A leurs côtés seront jugés pour blanchiment de fraude 
fiscale trois autres prévenus : la banque Reyl, le banquier 
François Reyl, qui la dirigeait à l'époque des faits, ainsi 
qu'un avocat. Tous trois sont soupçonnés d'avoir participé 
activement à la dissimulation des avoirs de l'ancien ministre.  
    Les cinq prévenus encourent jusqu'à sept ans de prison et un 
million d'euros d'amende. 
    Ouvert le 8 février dernier sur des questions de procédure, 
le procès avait été suspendu au bout de deux jours, la défense 
contestant via des Questions prioritaires de constitutionnalité 
le cumul des majorations d'impôts et des sanctions pénales.  
    Si les "Sages" lui avaient donné raison, cela aurait pu 
faire tomber une partie des charges pesant contre Jérôme 
Cahuzac. Mais l'ancien ministre de François Hollande comparaîtra 
finalement pour l'ensemble des faits qui lui valent son renvoi. 
 
    "UN BOULET" 
    La trajectoire de Jérôme Cahuzac, incarnation d'une rigueur 
de gauche, fut sans encombre jusqu'en décembre 2012, et les 
premières accusations de Mediapart sur son compte en Suisse. 
    "Je n'ai jamais eu de compte à l'étranger", répétera-t-il 
pendant plusieurs mois, à la presse, à ses collègues, devant 
l'Assemblée nationale, et même au président de la République.  
    Fin mars 2013, Jérôme Cahuzac finira par démissionner. 
"Contrairement aux déclarations que j'ai été conduit à faire 
alors que j'étais membre du gouvernement, je suis titulaire d'un 
compte à l'étranger et souhaite vous fournir toutes explications 
à ce sujet", écrit-il alors à ses juges, avant de passer aux 
aveux publics quelques jours plus tard, sur son blog. 
    Aux enquêteurs, Jérôme Cahuzac a expliqué avoir 
approvisionné son compte avec des revenus tirés de ses activités 
de chirurgien, mais également avec la rémunération d'une mission 
de conseil auprès d'un laboratoire pharmaceutique. 
    Il a ajouté avoir utilisé ce compte, qui affichait, début 
2013, un solde d'un peu plus de 687.000 euros, pour des dépenses 
de la vie courante, et pour payer des vacances. 
    "L'existence de ce compte était pour moi un boulet", a 
toutefois assuré aux enquêteurs celui qui se faisait appeler 
"Birdie" - un terme emprunté au golf - par la banque Reyl. 
    Les audiences sont prévues les lundi, mercredi et jeudi 
jusqu'au 15 septembre. Le jugement devrait être mis en délibéré. 
 
 (édité par Yves Clarisse) 
 
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