AVANT-PAPIER-France 2017-Primaire de la droite, un fauteuil pour trois

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    * Match serré entre Juppé, Sarkozy, Fillon 
    * Le député de Paris trouble le duel annoncé 
    * La participation, grande inconnue d'un exercice inédit 
    * Une campagne aux accents de "droit d'inventaire" 
 
    par Sophie Louet 
    PARIS, 18 novembre (Reuters) - Les électeurs de la droite et 
du centre sont appelés pour la première fois en France à choisir 
leur candidat pour la présidentielle, un scrutin à suspense où 
l'ex-président Nicolas Sarkozy et les deux anciens Premiers 
ministres Alain Juppé et François Fillon se disputent 
l'investiture dans un mouchoir. 
    Le duel annoncé depuis des mois par les instituts de sondage 
entre Alain Juppé, qui survolait le classement depuis son entrée 
en lice en août 2014, et Nicolas Sarkozy, revenu à la tête de 
l'ex-UMP pour préparer la revanche de 2012, s'est mué en tiercé 
dans la dernière ligne droite avec la soudaine embellie de 
François Fillon, inédite dans les annales de la Ve République. 
    A 48 heures du premier tour, dimanche, l'ordre d'arrivée du 
trio, face à quatre "outsiders" relégués à l'arrière-plan (Bruno 
Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Copé et 
Jean-Frédéric Poisson), reste une inconnue tant les scores 
apparaissent serrés dans les dernières études.   
    Le caractère inédit de l'exercice, un "objet électoral non 
identifié" de l'avis même des sondeurs, laisse tous les 
scénarios ouverts. A près de cinq mois de la présidentielle, 
c'est pour la droite, rompue à la culture du chef, une 
révolution politique et psychologique. 
    Le corps électoral reste la première incertitude du scrutin, 
qui se déroulera dans 10.228 bureaux de 08h00 à 19h00, les 
Français de l'étranger votant électroniquement. Au total, 56.531 
expatriés se sont inscrits pour le vote, contre 7.000 pour la 
primaire socialiste de 2011 où 2,6 millions d'électeurs 
s'étaient déplacés au premier tour et 2,9 millions au second. 
     
    LE DÉFI DE LA MOBILISATION 
    L'issue du premier tour dépendra du degré de mobilisation de 
chaque camp. A cet aune, le pari d'Alain Juppé, qui s'est 
positionné sur le créneau du rassemblement, des "déçus du 
hollandisme" à ceux du Front national, en passant par les 
centristes de l'UDI et du MoDem, paraît le plus risqué. 
    "On a 80% des sympathisants des Républicains qui nous disent 
qu'ils ne comptent pas voter à la primaire, nous sommes donc sur 
un corps électoral restreint. L'enjeu majeur, c'est la capacité 
de faire voter ces électeurs", relève Jérôme Fourquet (Ifop). 
    "Si certains segments se mobilisent plus que d'autres, si un 
camp parvient à susciter une dynamique plus forte, les effets 
risquent d'être assez conséquents", dit-il à Reuters. 
    Nicolas Sarkozy, candidat de "la majorité silencieuse", a 
appliqué cette stratégie sans relâche, galvanisant sa base 
militante dans une campagne quasi municipale et tablant sur une 
participation mesurée, de l'ordre de 2,5 millions d'électeurs. 
"Tout est fait pour gagner à l'arraché sur un différentiel de 
participation par rapport à Juppé", analyse Jérôme Fourquet. 
    "Je sens monter une lame de fond", a affirmé à Nice l'ancien 
président, malmené dans cette campagne par ses ex-ministres et 
alliés qui l'ont renvoyé sans ménagements à son passé élyséen. 
    La compétition aura en effet plus tenu du "droit 
d'inventaire" désinhibé que de la confrontation d'idées, entre 
règlements de comptes et échos judiciaires.   
    Accusé par ses détracteurs de "populisme" à la Donald Trump, 
Nicolas Sarkozy est parvenu à imposer les thèmes identitaires de 
sa campagne de 2012 -- islam, intégration, burkini... -- et a 
concentré ses attaques sur un allié encombrant d'Alain Juppé, le 
centriste François Bayrou, figure honnie par une partie de la 
droite pour avoir voté François Hollande en 2012. 
    L'ancien président, qui s'engage à ne faire qu'un seul 
mandat présidentiel comme le maire de Bordeaux, entend incarner 
"l'alternance forte" contre "l'alternance molle". 
     
    VOTE REFUGE 
    Certes affaibli mais toujours favori, Alain Juppé est accusé 
par ses deux principaux adversaires de préparer une alternance 
"à l'eau tiède" avec des réformes d'une "extrême prudence" et 
des "accommodements raisonnables", bref de préfigurer un 
"Hollande-bis", selon les sarkozystes. 
    "Je ne suis pas un Bisounours ni un naïf", a répliqué dans 
Les Echos le maire de Bordeaux, qui s'est efforcé avec 
difficulté de rester au-dessus de la mêlée. 
    Il a promis jeudi soir, à l'issue du dernier débat, d'"agir 
vite" pour des "réformes radicales" afin de de réconcilier "la 
France qui est en forme" et "celle qui peine". 
    François Fillon, qui se revendique sans ciller d'une ligne 
radicale thatchérienne, aura creusé son sillon dès 2013, 
suscitant un intérêt poli au fil d'un tour de France loin des 
médias où il aura inlassablement défendu son "programme de 
rupture", stagnant autour de 10% d'intentions de vote. 
    Les sondages dont il s'est toujours défié l'ont soudainement 
promu au rang de vainqueur potentiel, confortant sa stratégie au 
long cours, faite de "sérieux" et de "droiture" selon ses mots. 
    "Alain Juppé était jusqu'à présent le réceptacle de 
l'anti-sarkozysme, désormais c'est François Fillon qui devient 
le vote refuge des électeurs de droite", note Frédéric Dabi 
(Ifop). 
    Cette dynamique nouvelle dont bénéficie le héraut d'une 
droite provinciale, libérale sur le terrain économique, 
conservatrice sur les sujets de société, "peut créer les 
conditions d'une surprise", confirme Yves-Marie Cann (Elabe). 
    Vissé sur le créneau du "renouveau", l'ancien ministre Bruno 
Le Maire, 47 ans, trublion de l'élection à la présidence de 
l'UMP en 2014, a chuté brutalement du rôle envié de "troisième 
homme" après trois débats télévisés ratés. 
    C'est Nathalie Kosciusko-Morizet, seule femme candidate, qui 
a relevé le pari de la modernité sur un ton frondeur, avançant 
des mesures iconoclastes face à "la revanche" (Sarkozy), "la 
nostalgie" (Juppé) et "la déprime" (Fillon). 
    Jean-François Copé, revenu du purgatoire judiciaire de 
l'affaire Bygmalion mais condamné à des scores confidentiels au 
côté de l'inconnu Jean-Frédéric Poisson, président du Parti 
chrétien démocrate, a défendu son projet de "droite décomplexée" 
tout en multipliant les attaques contre Nicolas Sarkozy, devenu 
l'ennemi numéro un. Le député-maire de Meaux a laissé entendre 
qu'il soutiendrait Alain Juppé si celui-ci se qualifiait. 
 
 (avec Simon Carraud, édité par Yves Clarisse) 
 
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