AVANT-PAPIER-Elections en Espagne, vers la fin du bipartisme ?

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 (Répétition sans changement de la dépêche transmise vendredi) 
    par Julien Toyer et Angus Berwick 
    MADRID/VALENCE, 19 décembre (Reuters) - Les élections 
législatives de dimanche en Espagne s'annoncent comme les plus 
ouvertes depuis quarante ans, les grandes formations 
traditionnelles, le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste 
(PSOE), devant faire face à la montée de deux nouveaux venus, 
Podemos et Ciudadanos. 
    Ce scrutin devrait marquer la fin du bipartisme qui s'est 
établi au fil des consultations depuis la mort de Francisco 
Franco en 1975 et le retour à la démocratie. 
    L'émergence de nouvelles forces politiques complique la 
formation de gouvernements stables et durables mais traduit le 
désir d'une partie de l'électorat -- c'est également le cas dans 
d'autres pays européens comme la France et le Portugal -- 
d'abandonner le schéma classique des alternances entre droite et 
gauche, au profit de partis considérés comme populistes. 
    Les sondages donnent en tête le Parti populaire (PP, droite) 
du président du gouvernement Mariano Rajoy, sans qu'il obtienne 
toutefois la majorité absolue. 
    Mercredi, Mariano Rajoy a évoqué une possible alliance avec 
d'autres formations pour assurer la stabilité politique pendant 
les quatre années de la prochaine législature mais les 
principaux partis de l'opposition excluent de participer à une 
coalition avec le PP. 
    En cas d'impasse, les analystes craignent que les 
incertitudes politiques n'entravent le programme de réformes 
économiques qui a permis de sortir le pays de la récession et de 
faire baisser le chômage qui reste toujours à un niveau 
préoccupant, à 21% de la population active.   
    Reste que de nombreux Espagnols voient dans ces élections 
une occasion de bousculer un système politique qu'ils jugent 
corrompu et inefficace. 
    "Le PP et les socialistes sont à bout de souffle. Ils ont 
fait des tas de promesses qu'ils n'ont pas tenues et j'espère 
que Podemos apportera enfin le changement", confie Cristian 
Ciudad, un poissonnier de 22 ans qui travaille sur le marché de 
Valence, dans le sud-est du pays. 
    Beaucoup de ses amis, dit-ils, voteront comme lui pour 
Podemos ("Nous pouvons"), parti de gauche anti-austérité qui 
pourraient selon eux apporter du travail aux jeunes. 
    "Pas de travail, pas d'argent. Pas d'argent, pas de maison, 
et rien de tout ce qu'il faut pour vivre", dit Cristian Ciudad. 
     
    20% D'INDÉCIS 
    Vingt pour cent des électeurs n'ont toujours pas décidé pour 
qui ils allaient voter mais ce serait vraiment une énorme 
surprise si les conservateurs du PP n'étaient pas en tête 
dimanche. 
    Les socialistes du PSOE devraient arriver en deuxième 
position, devant Podemos et un autre nouveau parti, Ciudadanos 
("Citoyens"), une formation libérale, qui se disputent la 
troisième place dans l'espoir de devenir des "faiseurs de roi". 
    Le chef de file du PSOE, Pedro Sanchez, et le numéro un de 
Ciudadanos, Albert Rivera, ont rejeté toute idée de coalition 
avec le PP. 
    "Ce serait une déception pour les millions d'électeurs de 
Ciudadanos si nous entrions dans un gouvernement ou dans une 
coalition avec des partis qui représentent les moeurs politiques 
du passé", a déclaré Albert Rivera dans une interview télévisée 
lundi dernier. 
    "Il est possible d'être dans l'opposition et de soutenir 
l'investiture d'un autre parti mais je ne le ferai pas", a-t-il 
ajouté. 
    Pourtant, au niveau local, Ciudadanos soutient des 
gouvernements de gauche ou de droite dans cinq régions. 
    Un gouvernement socialiste avec l'appui de Podemos est 
également possible mais le dirigeant du nouveau mouvement, Pablo 
Iglesias, exige d'importantes concessions pour envisager cette 
option. 
    "Les nouveaux partis pourraient considérer simplement le 
scrutin de dimanche comme un premier tour et en attendre un 
second qui leur permettrait, espèrent-ils, de devenir 
dominants", explique le politologue Antoni Gutierrez Rubi, de la 
société de conseil Ideograma. 
    Pour lui, ce serait une mauvaise chose qui compliquerait la 
marche des réformes et pourrait même entraîner de nouvelles 
élections. 
 
 (Avec Inmaculada Sanz; Guy Kerivel pour le service français) 
 
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