AVANT-PAPIER-AG d'Ubisoft : "Beaucoup de bruit pour rien?"

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    par Gwénaëlle Barzic 
    PARIS, 28 septembre (Reuters) - "Les Guillemot vs Vincent 
Bolloré". Le décor de l'assemblée générale d'Ubisoft jeudi est 
planté : cinq frères bretons déterminés à défendre l'entreprise 
qu'ils ont créée et hissée au rang de numéro trois mondial des 
jeux vidéo face à l'homme fort de Vivendi  VIV.PA  au passé de 
raider boursier.  
    Les amateurs de grand spectacle pourraient toutefois être 
frustrés. Selon deux sources au fait du dossier, Vivendi 
pourrait faire profil bas en s'abstenant de soumettre une 
résolution de dernière minute pour demander un siège au conseil. 
    Depuis près d'un an, le PDG d'Ubisoft Yves Guillemot mène 
campagne contre l'intrusion au capital du groupe de médias, 
devenu premier actionnaire de l'éditeur de jeux vidéos. 
    Vivendi, qui a déjà croqué Gameloft, une autre pépite des 
frères Guillemot, au terme d'une OPA hostile, a exclu pour 
l'instant de réserver le même traitement à l'éditeur des 
best-sellers "Assassin's Creed" et "Lapins Crétins". 
    Mais le groupe a précisé au régulateur boursier qu'il 
comptait demander à siéger au conseil d'administration, 
suscitant une levée de boucliers des Guillemot. 
    Dénonçant une tentative de prise de contrôle rampante, ils 
craignent un scénario à la Vivendi où le milliardaire s'est 
imposé en maître des lieux avec 15% du capital. 
    Pour organiser la riposte, Ubisoft a enrôlé ses salariés et 
son active communauté de gamers dans une inédite campagne sur 
les réseaux sociaux emmenée sous la bannière "weareubisoft". 
    Vidéo de soutien postée sur les réseaux sociaux, 
distribution de tee-shirt clamant "ibelYves", blog appelant à 
les salariés à mener un "Bolloraid" en achetant des actions 
Ubisoft, les initiatives se sont multipliées à l'approche de 
l'assemblée générale cruciale de ce jeudi.  
    Plus discrètement, Ubisoft a travaillé d'arrache-pied pour 
convaincre ses investisseurs du bien-fondé de sa stratégie 
d'indépendance tout en renforçant ses parts au capital. 
     
    UNE PRIME POUR FAIRE BASCULER LES INVESTISSEURS 
    A la veille de l'assemblée générale, la famille Guillemot 
détenait 13,22% des titres et 19,18% des droits de vote, 
talonnant Vivendi (22,8% du capital, 20,2% des droits de vote).  
    Face à l'activisme des Guillemot, Vivendi est resté 
silencieux, laissant passer la date butoir pour inscrire des 
résolutions à l'ordre du jour de l'assemblée générale. 
    Mais il a toujours la possibilité de proposer une résolution 
en pleine réunion, ce qui placerait les actionnaires en position 
d'arbitres. Vincent Bolloré excelle dans l'exercice à l'image du 
putsch réussi contre la direction d'Havas  HAVA.PA  en 2005. 
    "Ce sera sans doute beaucoup plus calme que ce que tout le 
monde imagine. Vivendi est dans une stratégie d'apaisement", 
estime pourtant une source au fait du dossier, selon laquelle la 
prise de participation de Vivendi s'inscrit dans une vision de 
long terme dont l'AG n'est qu'une étape. 
    La situation actuelle où Vivendi n'a aucun pouvoir 
d'influence sur la stratégie d'une société dans il est le 
premier actionnaire apparaît toutefois difficilement tenable 
dans la durée, a ajouté la même source. 
    Selon plusieurs experts du secteur, Ubisoft a pour l'instant 
le soutien d'une majorité de ses actionnaires, peu convaincus 
par le bilan de Vivendi dans les jeux vidéo (cession de 
l'américain Activision Blizzard dont la valeur a depuis flambé) 
et sa capacité à créer des synergies entre ses actifs. 
    "S'il veut vraiment prendre le contrôle d'Ubisoft, Vivendi 
devra offrir une belle prime. S'il veut éviter toute 
contre-offre, il devrait proposer entre 45 et 51 euros et donner 
les clefs de sa division jeux à Yves Guillemot", estime 
Richard-Maxime Beaudoux, analyste à Bryan Garnier. 
     
    OU UN COMPROMIS AVEC UN PARTENAIRE TIERS ? 
    Un autre analyste basé à Paris s'interroge sur les 
intentions finales de Vivendi qui devrait débourser autour de 4 
milliards pour s'offrir le solde d'Ubisoft avec le risque qu'une 
partie des talents fassent leurs valises, comme l'affirme la 
direction actuelle. 
    Un compromis pourrait au final être trouvé avec un 
investisseur tiers, volontaire pour racheter les parts de 
Vivendi qui empocherait au passage une belle plus value. 
    "Quand on regarde comment Vincent Bolloré a procédé par le 
passé chez Vallourec  VLLP.PA  et chez Bouygues  BOUY.PA , il a 
déjà fait des allers-retours avec de belles plus-values alors 
même qu'on le pensait là pour des années", souligne l'analyste. 
    Quoi que désagréable, l'irruption surprise de Vivendi a 
aussi eu des effets bénéfiques pour le champion français des 
jeux vidéos dont le cours a flambé de 60%, notent des experts. 
    Ubisoft s'est montré plus rigoureux dans le respect du 
calendrier des sorties de jeux tout en améliorant sa 
communication vis à vis de la communauté financière avec un 
objectif de marge à horizon 2019.   
    La famille Guillemot qui contrôlait de fait la société avec 
cinq sièges sur neuf au conseil pour moins de 10% du capital a 
par ailleurs consolidé sa participation tout en portant à 50% la 
part des administrateurs indépendants à son conseil. 
 
 (Avec Mathieu Rosemain, édité par Jean-Michel Bélot) 
 

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