AVANT-PAPIER-A Berlin, Merkel se prépare à un nouveau revers électoral

le
0
    * La CDU s'attend à un net recul dimanche au Sénat de Berlin 
    * Comme dans le Mecklembourg, l'AfD a fait campagne contre 
la politique migratoire de Merkel 
    * Les tensions pourraient s'accentuer au sein du bloc 
CDU-CSU 
 
    par Madeline Chambers 
    BERLIN, 15 septembre (Reuters) - Quinze jours après la 
débâcle de son parti dans son fief du nord-est de l'Allemagne, 
Angela Merkel s'apprête à enregistrer un nouveau revers dimanche 
lors des élections au parlement local de Berlin qui pourrait 
rejeter la CDU dans l'opposition. 
    Dans la capitale comme dans le land du 
Mecklembourg-Poméranie occidentale où elle est élue depuis 1990, 
sa décision d'ouvrir les frontières allemandes à des centaines 
de milliers de réfugiés a dominé la campagne, favorisant le 
parti antimigrants Alternative für Deutschland (AfD). 
    Les derniers sondages auprès des électeurs berlinois donnent 
l'Union chrétienne démocrate (CDU) de la chancelière en chute 
marquée, avec un score compris entre 17 et 19% des intentions de 
vote contre 23,4% aux précédentes élections, en 2011.  
    Mesurée autour de 14-15%, l'AfD, créée en 2013, ferait une 
entrée fracassante au Sénat de Berlin et serait ainsi 
représentée dans les institutions régionales de dix des 16 
Länder que compte l'Allemagne fédérale. 
    A Berlin comme ailleurs, son chef de file local, Georg 
Pazderski, a mené campagne sur le thème des migrants. "Je suis 
favorable à ce qu'on donne une formation à ces gens, pas à ce 
qu'on les intègre. Nous devons les préparer à leur retour", 
a-t-il dit. 
    Les sociaux-démocrates du SPD, qui gouvernent la ville-Etat 
dans le cadre d'une grande coalition avec la CDU, devraient 
rester la première force politique locale avec un score 
oscillant selon les instituts entre 21 et 24% des voix (contre 
28,3% il y a cinq ans).  
    Le bourgmestre-gouverneur sortant, Michael Müller, pourrait 
être à même de former une coalition d'un nouveau genre, avec les 
Verts écologistes (qui se maintiendraient autour de leur score 
de 2011, à 17,6%) et le parti de la gauche radicale Die Linke, 
projeté jusqu'à cinq points au-dessus de ses 11,7% de 2011. 
    Cette coalition locale "rot-rot-grüne" (rouge-rouge-vert) 
rejetterait la CDU de Merkel dans l'opposition. 
     
    "LES DÉTRACTEURS DE MERKEL SE FERONT PLUS AUDIBLES" 
    A un an des prochaines élections législatives fédérales, la 
chancelière connaît l'enjeu de ce scrutin local alors que le 
recul de la CDU le 4 septembre dernier dans le 
Mecklembourg-Poméranie occidentale, où elle a été devancée pour 
la première fois par l'AfD dans une élection régionale, a 
conduit une partie de la droite allemande à s'interroger sur la 
responsabilité personnelle de Merkel.   
    Commentant l'issue du scrutin dans le Mecklembourg, Horst 
Seehofer, le président de l'Union chrétienne sociale (CSU), 
alliée bavaroise de la CDU, lui a ainsi reproché de ne pas avoir 
répondu aux inquiétudes des Allemands. "Les électeurs en ont 
assez des 'politiques de Berlin'", a-t-il affirmé. 
    En déplacement électoral mercredi dans le quartier de 
Lichterwelde, dans l'ouest de la capitale, la chancelière 
fédérale a défendu sa politique en invoquant la tradition 
d'ouverture de Berlin. 
    "Berlin, toute son histoire, le succès de ce qui était alors 
Berlin-Ouest: son ouverture l'a bien servie et doit être 
préservée", a-t-elle dit. 
    Chahutée par une trentaine de manifestants, elle a souligné 
une nouvelle fois que venir en aide aux réfugiés de guerre était 
une responsabilité humanitaire. 
    Depuis la chute du mur, il y a 27 ans, Berlin n'est plus ce 
poste avancé sur la ligne de front de la Guerre froide mais 
s'est transformée en une capitale tendance, attirant artistes, 
touristes et entrepreneurs de la "Net économie" et connaissant 
une croissance supérieure à la moyenne nationale, même si son 
poids dans le PIB allemand demeure marginal (4%). 
    De nombreux électeurs locaux de la CDU y sont inquiets de 
l'arrivée d'un million de réfugiés l'an dernier dans le pays, 
dont 80.000 à Berlin (qui compte 3,5 millions d'habitants). Ils 
s'interrogent sur le coût de leur prise en charge, sur leurs 
capacités d'intégration et, à la lumière des agressions 
sexuelles du nouvel an à Cologne et des attentats de juillet, 
sur les conséquences en matière de sécurité. 
    Pour Carsten Koschmieder, politologue à l'Université libre 
de Berlin, un nouveau revers dimanche à Berlin aurait pour 
conséquence d'accentuer les divisions entre la CDU et la CSU. 
"Les détracteurs de Merkel se feront plus audibles tandis que 
ses partisans au sein de la CDU accuseront Horst Seehofer de 
recourir à un discours dévastateur", dit-il. 
 
 (avec Hans-Edzard Busemann; Henri-Pierre André pour le service 
français, édité par Tangi Salaün) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant

Partenaires Taux