Aux Philippines, Abou Sayyaf veut profiter de l'essor de l'EI

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par Rosemarie Francisco et Stuart Grudgings MANILLE, 26 septembre (Reuters) - En menaçant d'exécuter un otage allemand pour manifester une forme de solidarité à l'égard de l'Etat islamique, le groupe philippin Abou Sayyaf atteste du pouvoir d'attraction exercé en Asie par les combattants islamistes qui occupent une partie de l'Irak et de la Syrie. Des sources sécuritaires et des analystes estiment que plus d'une centaine de personnes sont parties d'Indonésie et de Malaisie, deux Etats à forte majorité musulmane, ainsi que du sud des Philippines pour rejoindre l'Etat islamique et certains d'entre eux songeraient à créer une brigade composée de combattants s'exprimant en langue malaise. Le commandant en chef des forces américaines dans la région Asie-Pacifique, l'amiral Samuel Locklear, a déclaré jeudi que près d'un millier d'Asiatiques, avaient rejoint les rangs de l'Etat islamique, sans donner de précision sur leur pays d'origine, et "ce nombre pourrait augmenter", prévient-il. Selon des analystes spécialisés dans les questions de sécurité, des milliers d'Asiatiques auraient déjà prêté allégeance à l'Etat islamique et des groupes locaux cherchent à capitaliser sur une "marque" qui gagne progressivement en visibilité en recourant massivement aux réseaux sociaux qui relaient des vidéos violentes et des appels au djihad. Les autorités locales craignent désormais l'effet d'un retour au pays de ces combattants radicalisés susceptibles d'importer un savoir-faire acquis en Irak et en Syrie. Le groupe philippin Abou Sayyaf, qui revendiquait jusqu'à présent son affiliation à Al Qaïda, a menacé de tuer l'un des deux otages allemands qu'il détient d'ici le 10 octobre si l'Allemagne ne verse pas une rançon de 5,6 millions de dollars (4,39 millions d'euros) et ne cesse pas de soutenir les frappes aériennes menées par les Etats-Unis et leurs alliés contre des positions de l'Etat islamique. ID:nL6N0RP2LH Abou Sayyaf s'est fait connaître au début des années 2000 par des enlèvements de ressortissants étrangers. Cette organisation réputée pour sa violence s'est spécialisée dans les rapts en vue d'obtenir des rançons ainsi que dans d'autres activités criminelles. Depuis une décennie cependant, l'aura du groupe s'est peu à peu estompée à mesure qu'il multipliait les échecs militaires et que diminuaient le nombre de ses soutiens. Des sources sécuritaires doutent qu'il existe aujourd'hui un lien entre Abou Sayyaf et l'Etat islamique et soupçonnent le groupe philippin de vouloir capitaliser sur les succès que rencontrent les combattants islamistes en Irak et en Syrie. "Nous pensons qu'il n'existe pas de lien direct, mais il y a sans doute des sympathisants qui cherchent à prendre le train en marche pour récolter un soutien plus large", dit Ramon Zagla, porte-parole de l'armée. "Pour nous, c'est une manière de gagner en réputation, parce qu'actuellement, Abou Sayyaf est sur le déclin." (Nicolas Delame pour le service français)

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