Autriche/Présidentielle-Le candidat d'extrême droite battu de peu

le , mis à jour à 23:11
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    * L'ex-dirigeant écologiste Van der Bellen l'emporte avec 
50,3% 
    * Norbert Hofer, le candidat du FPÖ, reconnaît sa défaite 
    * Soulagement au sein de l'Union européenne 
    * L'extrême droite gagnerait si des législatives avaient 
lieu 
    * Graphique extrême droite en Europe: http://tmsnrt.rs/1YSxvkK 
 
 (Actualisé avec citations, réactions, précisions) 
    par François Murphy et Michael Shields 
    VIENNE, 23 mai (Reuters) - Alexander Van der Bellen, un 
ex-dirigeant des Verts âgé de 72 ans, a été déclaré lundi élu 
président de l'Autriche, évitant à son pays de devenir le 
premier membre de l'Union européenne à élire au suffrage 
universel un chef d'Etat d'extrême droite.  
    Les résultats très serrés du dépouillement des bureaux de 
vote dimanche n'avaient pas permis de désigner un vainqueur. Il 
a fallu attendre la fin du décompte de centaines de milliers de 
votes par correspondance pour connaître l'issue du scrutin, qui 
opposait Alexander Van der Bellen, 72 ans, à Norbert Hofer, 45 
ans, le candidat du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), 
eurosceptique et islamophobe. 
    Le ministère de l'Intérieur a finalement annoncé 
qu'Alexander Van der Bellen l'avait emporté avec 50,3% des voix 
contre 49,7% à Norbert Hofer. Alexander van der Bellen l'a 
emporté de 31.000 voix, sur près de 4,5 millions de suffrages 
exprimés. 
    Le nouveau président a dit qu'il souhaitait réunir les deux 
parties d'une Autriche que le résultat du second tour de la 
présidentielle a fait apparaître comme pratiquement coupée en 
deux. 
    "Nous sommes pareils", a déclaré Alexander Van der Bellen. 
"Il y a deux moitiés qui constituent l'Autriche. L'une est aussi 
importante que l'autre". 
    Norbert Hofer a reconnu sa défaite sur sa page Facebook, 
remerciant ses partisans et se félicitant de son score.  
    "Bien sûr, je suis triste aujourd'hui. J'aurais aimé veiller 
sur notre magnifique pays en étant votre président", a-t-il 
écrit. 
         
    "SOULAGEMENT", DIT VALLS 
    Au premier tour de l'élection, le 24 avril, il était arrivé 
largement en tête avec 35% des voix contre 21% pour Alexander 
Van der Bellen tandis que les candidats du SPÖ 
(social-démocrate) et de l'ÖVP (conservateurs chrétiens), les 
deux partis qui dominaient la vie politique autrichienne depuis 
la fin de la Seconde Guerre mondiale, avaient été éliminés.     
    Le SPÖ et l'ÖVP n'avaient pas donné de consigne de vote pour 
le second tour.  
    Le directeur de campagne de Norbert Hofer, Herbert Kickl a 
déclaré à l'ORF, la radio-télévision publique autrichienne, que 
"la confiance attribuée à Norbert Hofer à 50% est une 
performance énorme" et a estimé que le Parti de la liberté était 
"très, très bien placé" pour les élections législatives quand 
celles-ci auraient lieu. 
    Les prochaines élections législatives sont programmées en 
2018. Les sondages suggèrent que le FPÖ les remporterait si 
elles étaient organisées aujourd'hui. 
    "Ce n'est que le début", a déclaré le président du FPÖ 
Heinz-Christian Strache sur sa page Facebook. 
    La défaite de celui qui était donné favori pendant la 
campagne électorale, dominée par le dossier de l'accueil des 
réfugiés et des migrants, évite un revers embarrassant aux 
dirigeants européens, de plus en plus menacés par la montée en 
puissance des partis nationalistes, eurosceptiques et 
anti-immigration.  
    "Soulagement de voir les Autrichiens rejeter le populisme et 
l'extrémisme. Chacun doit en tirer les leçons en Europe", a 
déclaré sur Twitter le Premier ministre français, Manuel Valls.  
     
    CHANGEMENTS RADICAUX 
    Au Front national français, donné en tête des intentions de 
vote pour l'élection présidentielle de l'an prochain, son 
vice-président Florian Philippot a parlé de "courte défaite 
numérique mais vraie victoire politique" en Autriche, ajoutant 
que "la dynamique populaire est du côté des idées nationales".  
    Norbert Hofer, qui se décrit lui-même comme plutôt de droite 
que d'extrême droite, a appelé pendant la campagne les électeurs 
à ne pas se laisser abuser par les arguments selon lesquels il 
serait un président dangereux.  
    Ces derniers temps, le FPÖ a centré ses critiques sur les 
migrants musulmans et a semblé vouloir séduire les électeurs de 
confession juive avec par exemple une visite de Heinz-Christian 
Strache au mémorial Yad Vashem de la Shoah à Jérusalem. 
    "Malheureusement, le mécontentement envers les partis 
traditionnels modérés est un ballon d'oxygène pour ceux comme 
Hofer et le Parti de la liberté, et nous pouvons voir des signes 
de ces tendances dans toute l'Europe", a déclaré le président du 
Congrès juif européen Moshe Kantor à propos du résultat du 
scrutin autrichien.     
    Les résultats sans précédent du premier tour ont provoqué 
ces dernières semaines des changements radicaux à Vienne. Le 
chancelier social-démocrate Werner Faymann, à la tête d'une 
grande coalition de gouvernement avec l'ÖVP, a démissionné et a 
été remplacé par Christian Kern, ancien patron des chemins de 
fer. 
    Werner Faymann avait notamment été critiqué dans son camp 
pour avoir durci les règles d'accueil des migrants et celles du 
droit d'asile pour les réfugiés. Les demandes d'asile ont bondi 
l'an dernier en Autriche, dépassant 90.000 pour 8,5 millions 
d'habitants. 
    Le chef de l'Etat autrichien joue traditionnellement un rôle 
protocolaire mais ses pouvoirs lui permettent de nommer le 
chancelier et de révoquer le gouvernement; il assume en outre le 
pouvoir de chef des armées. 
 
 (Marc Angrand et Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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