[Autres Sports] B.Laporte : " Les valeurs du sport ne s'appliquent plus "

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[Autres Sports] B.Laporte : " Les valeurs du sport ne s'appliquent plus "
[Autres Sports] B.Laporte : " Les valeurs du sport ne s'appliquent plus "
Invité exceptionnel d'Alexandre Delpérier, lundi dans l'Access365, le manager du RC Toulon a fait le point sur les performances du XV de France, sur la situation de son club, sur son envie de présidence de la FFR... Il s'est surtout longuement exprimé à propos des joueurs étrangers en sélection nationale. FRANCE - ECOSSE

Bernard Laporte, un mot sur la prestation du XV de France face à l'Ecosse, samedi pour la première journée du Tournoi des VI Nations (15-8 sans avoir marqué d'essai) ?
Ce n'était pas un grand match, c'est sûr. Mais je suis toujours très indulgent avec l'équipe de France. Je connais la complexité du poste puisque j'ai été sélectionneur pendant huit ans. Ce qui est déplaisant, c'est qu'on ne peut pas se rassurer du contenu. Les joueurs les premiers ne peuvent pas se satisfaire de leur prestation, même si, en France, on aime bien dire qu'il faut laisser le temps au temps. On est comme ça les Français, on a du mal à rentrer toute suite dans la compétition. Mais là, on s'attend à mieux, c'est évident. Ce qui m'a déplu, c'est le manque d'intensité. On sait que l'Ecosse manque souvent de puissance, que si tu ne les presses pas tu t'ennuies parce qu'ils ont de très bons joueurs. Certains de mes joueurs sont méconnaissables, très bons en club et moins présents en sélection, mais soyons indulgents. C'était le premier match, un gros match contre l'Irlande nous attend. Il faut que l'équipe de France aille plus haut, plus loin, qu'elle ait plus d'énergie, d'enthousiasme, de rage, car ce match va être autrement plus physique.

Peut-on encore considérer que le XV de France est une « top équipe » de VI Nations ? Ne va-t-il pas y avoir un changement de regard sur notre sélection ?
Oui, peut-être, mais peu importe le regard des autres. On fait moins peur, mais tout le monde sait qu'on est capable de sortir un match comme personne n'en est capable. Même si ça ne suffit pas si on veut aller très loin. Il faut plus de rigueur et de performance dans tous les secteurs du jeu. Il faut monter d'un cran.

Que pensez-vous de la communication de Philippe Saint-André après une prestation insipide ?
Il veut se défendre, mais il n'a pas à se défendre. Il est là pour dire si on a fait un bon match ou pas. Faire des mauvais matchs c'est arrivé à tout le monde, ce n'est pas une tare. Philippe a tendance à chercher à se défendre mais on s'en fout de ça. L'équipe de France, on l'aime, on n'est pas contents car elle n'a pas fait un bon match mais il n'y a pas de raison que ça n'aille pas mieux par la suite.

Comment expliquer qu'on puisse titulariser Mathieu Bastareaud alors qu'il se définissait comme un zombie il y a moins de deux mois ?
Il est comme ça Mathieu, avec des cycles d'euphorie et de tristesse. C'est un garçon que j'aime beaucoup, il est attachant, il a parfois des coups de blues et ensuite le sourire. Il ne laisse pas indifférent, il est atypique et ça peut être le meilleur joueur du monde, je le dis tous les jours. Mais il faut qu'il ait conscience de ce qu'il sait faire et qu'il joue en conséquence. On essaye de lui parler, le staff sportif, médical ou moi, on essaye de l'encadrer, de l'encourager. Les joueurs aussi, ils ne sont pas dupes, ils se rendent compte quand il ne va pas bien et essayent de le remettre dans le droit chemin. C'est quelqu'un qui le mérite et ce que je me dis souvent, c'est qu'heureusement qu'il est là pour nous.

Comprenez-vous la mise à l'écart d'un centre comme Maxime Mermoz qui réalise une saison magnifique au RCT ?
Je pense qu'il méritait d'être dans les 30, de l'extérieur. Après je ne vis pas avec eux (ndlr : le XV de France), je ne peux pas juger, ça ne me regarde pas. Mais quand on a Fofana et Bastareaud dans le groupe, c'est quand même respectable, on ne peut pas crier au scandale de ne pas voir Maxime !

Qu'avez-vous pensé de la prestation en demi-teinte de Rory Kockott face à l'Ecosse ?
En demi-teinte... oui. Mais j'ai du mal à parler de lui après ce qu'il nous a fait à Toulon. Je n'ai rien contre lui, mais j'ai du mal à parler de lui. C'est un grand joueur, mais il s'est servi de nous pour faire grimper les enchères (ndlr : il avait donné son accord à Toulon avant de signer une prolongation de contrat avec Castres). Et je pense que quand on fait ça, on n'est peut-être pas un grand homme. Je ne parlerai plus de lui, ce qu'il a fait est inadmissible, ce n'est pas très professionnel. Je n'ai rien contre lui, mais quand on n'est pas un grand homme, je me dis qu'on ne peut pas être un grand joueur.

CANDIDATURE A LA PRESIDENCE DE LA FFR

On va parler de vos ambitions à la présidence de la FFR... Pouvez-vous nous confirmer que vous briguez toujours ce poste pour 2016, à l'issue de votre contrat avec Toulon ?
Je dirais simplement que j'y pense. Comme il y a un an. Mais je n'aime pas mener deux combats à la fois ; aujourd'hui je suis dans un rôle, dans une mission avec Toulon, donc je n'ai pas envie de mener ces deux rôles en parallèle. Est-ce que l'envie sera toujours là au moment venu, j'espère, on verra. Mais c'est vrai que les gens me parlent beaucoup et apprécieraient un renouveau.

Imaginez-vous une élection avec plusieurs candidats ?
Pourquoi pas ! Cinq ou six candidats, ce serait une bonne chose. Si les gens en ont l'envie, ce serait bien d'avoir plusieurs projets. Ce serait démocratique, comme ça doit l'être.

Pensez-vous que la succession de Pierre Camou se joue déjà en coulisse ?
Certainement, mais c'est de bonne guerre, ça n'empêche pas d'autres candidats de se lancer dans l'aventure et de proposer des choses. Pour savoir si tu peux gagner ou si c'est joué d'avance, il faut d'abord s'engager. A la Fédération, il y a des gens qui sont là depuis ad vitam aeternam (sic) alors que le sport, c'est le contraire. C'est faire son mandat puis partir et laisser la place aux autres. J'ai voulu changer les choses quand j'étais secrétaire d'Etat aux Sports, mais c'est difficile de changer une Fédération. Il y a plein de choses qui ne vont pas, même au niveau des institutions internationales, et ce dans tous les sports, pas que le rugby.

Est-il possible de changer le système quand on en est issu ?
Oui, mais par contre on ne se fait pas que des amis (rires). Si on y va pour être réélu, mieux vaut ne pas y aller ! Je ne suis pas allé dans le détail de mes idées, mais je pense que beaucoup y adhèrent. Je ne dis pas que ceux qui sont en place sont mauvais, j'ai juste envie d'apporter des idées, de déclencher un débat.

Serge Blanco aura l'appui du président actuel, Pierre Camou, bénéficiez-vous aussi de soutiens dans cette campagne ?
Il faut s'engager avec des gens qui veulent vous suivre, c'est évident. Mais pour le moment j'ai une mission qui me prend 100% de mon temps, donc je balance des idées en vrac sans vraiment mener une vraie campagne. Si je me décide à me lancer là-dedans, là il me faudra de l'énergie, du soutien... et être convaincu que ce n'est pas pipé d'avance. Avant de retrouver les terrains en m'engageant avec Toulon, Nicolas Sarkozy m'avait parlé de la présidence (de la FFR). Il m'avait dit de m'engager dans les institutions pour apporter mon expérience et mon envie.

Pensez-vous que votre président, Mourad Boudjellal, qui égratigne souvent les dirigeants actuels du rugby français, vous fasse un peu de mauvaise publicité ?
Boudjellal, il doit être comme moi et comme beaucoup de personnes : il peut être soit aimé, soit haï. Mais on voit ce qu'il a fait de Toulon, avec son enthousiasme, son intelligence. Il s'est exposé, on lui a reproché de beaucoup parler sans n'avoir jamais rien gagné, mais au final il ne parle pas beaucoup plus maintenant qu'il a gagné. C'est un président avec qui on peut dialoguer. Pour moi, c'est un plaisir de travailler avec lui. Je n'ai jamais eu peur, lors de mon premier entretien j'ai eu le feeling que j'allais m'entendre avec lui. C'est quelqu'un d'intelligent, qui a réussi dans les affaires, qui a réussi dans le rugby... Ce n'est pas le cas de tout le monde.

La priorité de Serge Blanco et de la FFR actuellement est de construire un stade pour le XV de France en 2020. Un stade à Ri- Orangis (à 30km au sud de Paris) de 82 000 places, qui coûterait 600 millions d'euros. Êtes-vous pour ou contre la construction de ce stade ?
J'étais contre dans la mesure où je pense qu'il y avait la possibilité de faire quelque chose avec la concession du Stade de France va s'arrêter en 2018, avec la Fédération de football aussi, peut-être. Un stade à 600 millions d'euros, c'est engager une Fédération dans un endettement conséquent, il ne faut pas se tromper. Les trois derniers matchs de l'équipe de France en novembre dernier, on n'a pas rempli les stades, il faut faire attention. Moi ça me fait un peu peur...

Quels avantages et désavantages pourrait en tirer la FFR ?
Les avantages c'est l'aspect financier évidemment, mais une fois que tout est payé ! Pendant combien de temps on rembourse 600 millions ? Et puis il faut de l'entretien, ça coûte cher. Il faut être prudent. Après, si tu as une grande équipe avec son stade, l'idée n'est pas idiote.

Le nerf de la guerre entre la FFR et la LNR. C'est le calendrier du Top 14 et la mise à disposition des internationaux pour le XV de France. L'objectif, ce serait d'éviter un maximum les doublons (deux cette saison). Est-ce que la situation actuelle vous semble satisfaisante ?
Non, elle n'est pas satisfaisante, pour le monde professionnel ce n'est pas possible les doublons : en termes de visibilité, mais aussi pour les partenaires. Ce n'est pas professionnel de leur dire que pendant deux ou trois matchs, l'équipe ne sera pas au complet. Mais le problème, c'est que vu l'importance et la quantité de matchs à réaliser, on ne peut pas faire autrement.

Le fait de moins utiliser les internationaux français pousse les clubs à recruter des étrangers... Cela ne contribue-t-il pas à l'affaiblissement du XV de France ?
Pourquoi ça n'affaiblit pas l'équipe d'Angleterre alors ? Ils sont exactement dans la même configuration que nous. Mais c'est sûr que ce n'est pas la situation idéale, comparé aux nations du Sud qui jouent 25 matchs par saison, matchs internationaux compris. Ou l'Irlande, ou l'Ecosse, où les internationaux sont à disposition des équipes nationales et quand arrivent les échéances ils jouent essentiellement la Coupe d'Europe. La Celtic Cup, ils la jouent moins, ils la jouent pour se mettre en forme.

Êtes-vous pour un Top 12, ou un championnat réduit ? N'y a-t-il pas un risque de voir baisser l'attractivité, le niveau de jeu ?
Quand vous allez voir des concerts, vous voulez en voir deux très bons dans l'année ou plusieurs, toutes les semaines, mais moins bons ? Moi, je vais en voir deux. Je préfère la qualité à la quantité.

LES ETRANGERS DU XV DE FRANCE

Que pensez-vous des étrangers appelés en sélection française ?
La mise à disposition des joueurs étrangers pour le XV de France j'y suis favorable. Je l'étais quand j'étais sélectionneur, je l'ai fait, je ne vais pas dire le contraire aujourd'hui, ce serait trop facile.

Philippe Saint-André a appelé de nombreux joueurs étrangers au sein du XV de France. Rory Kockott, Scott Spedding, Uini Atonio, Bernard Le Roux... Êtes-vous pour voir autant de joueurs étrangers porter le maillot du XV de France ?
Ils appliquent le règlement, ils ne font pas de faute. Mais sincèrement, j'ai du mal avec une équipe de France avec six, sept ou huit joueurs qui n'ont pas été formés en France. Mais c'est le règlement qu'il faut remettre en cause. Moi, quand j'en ai eu besoin, j'en ai pris quelques uns, mais ils se sont inscrits dans la durée. On les a gardé 8, 10, 12 ans. Ce qui me dérange, c'est que demain je vais recruter un joueur qui veut venir jouer en Top 14 pour pouvoir jouer avec l'équipe de France. Je trouve ça décevant. Le sport, ce sont des valeurs. Quand tu nais aux Fidji, tu joues pour les Fidji. Quand tu nais au Luxembourg, tu joues pour le Luxembourg. Point. Ça me semble tellement logique et simple. Ça reflète au moins le véritable sport dans le pays. Il peut y avoir des cas d'exception, bien sûr, si le gamin arrive avant l'âge de 10 ou 15 ans, il peut choisir le pays pour lequel il veut jouer. Mais ce sont des clauses qui s'écrivent. C'est le côté pervers de l'utilisation du règlement qui me déplait. Si demain il n'y a plus de joueurs en Ecosse, le XV écossais se retrouve avec 15 Néo-Zélandais ? Mais quel intérêt ? Moi je ne regarde pas. A ce moment là, si les dirigeants ne veulent pas prendre leurs responsabilités et changer le règlement, autant faire une Coupe du monde des clubs et supprimer les sélections nationales. Ce qui se passe en handball avec le Qatar va arriver dans tous les sports. Les valeurs du sport ne s'appliquent plus. On est vraiment dans le sport business. Une équipe nationale, ce n'est pas ça. La meilleure gagne ; on a une bonne génération, on gagne, puis on perd... Le monde professionnel est différent : il y a des contrats, des enjeux... C'est différent ! Il y a des clubs aujourd'hui qui vont signer des contrats avec des Fédérations en se disant qu'un gamin arrivé à 18 ans dans son club de formation sera JIFF (Joueur issu des filières de formation) au bout de trois ans et ne sera plus considéré comme étranger dans son club. Demain, on aura quoi ? Que des ailiers fidjiens, que des centres néo-zélandais et on n'aura plus de place pour les Français ? Ce règlement nous pénalise, on se fait mal nous-mêmes. Je suis désolé, si un Fidjien vient au centre de formation de Toulon à 17 ans, sa formation est quasiment finie. C'est de l'hypocrisie de dire qu'il est issu de la formation française. Pour moi, ce gamin ne pourra jamais jouer pour la sélection française et être considéré comme Français dans le club. Ce serait trop simple !

Avez-vous vraiment peur que le rugby dévie dans cette politique d'intégration d'étrangers et ressemble au hand ? En tant que président de la FFR, pourrez-vous demander l'établissement de règles strictes auprès de World Rugby ?
C'est une évidence que ce qui est arrivé en hand va arriver dans tous les sports. A partir du moment où ce n'est pas interdit, où est le problème ? Personne ne triche ! C'est aux institutions de mettre les garde-fous qu'il faut. La mondialisation dans le monde professionnel, je suis d'accord, mais la mondialisation dans les Fédérations, je dis non. Sauf exception, encore une fois. Il faut mettre des clauses.


TOULON

Un petit mot sur la première moitié de saison du RCT...
On est mieux que l'an dernier à la même époque. En coupe d'Europe, on est au même niveau avec un quart à domicile, comme l'année dernière. En championnat, on est mieux en termes de classement, mais je pense qu'on joue mieux aussi. Ce qui me fait surtout plaisir, c'est que par rapport à l'année dernière, on a perdu trois hommes importants à des postes stratégiques et, malgré ça, on voit de beaux matchs. Il y a des choses agréables, il y a un bon esprit. L'an passé, en décembre et janvier, on ne jouait pas bien, j'avais eu des difficultés avec les joueurs, je ne sentais plus d'envie, plus de moteur... Et finalement tout le monde s'est recentré et reconditionné pour repartir fin janvier.

Le RCT visait deux demis d'ouverture français : Jules Plisson (Stade Français) et Jonathan Wisniewski (Grenoble). Mais les deux ont préféré prolonger avec leur club...
On aurait aimé les accueillir, mais ils ont fait leur choix et je les respecte. Jules a été formé au Stade Français, c'est son club. Il a regardé un peu ailleurs mais il a fait le choix de rester, c'est tout à fait à son honneur. Jonathan, lui, avait peur de ne pas assez jouer de par son âge, c'est respectable aussi.

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