Australie : Le dilemme de Ledesma

le
0
Australie : Le dilemme de Ledesma
Australie : Le dilemme de Ledesma

Dimanche, l'Australie affrontera l'Argentine en demi-finales de la Coupe du monde. Un match très particulier pour Mario Ledesma, 84 sélections et quatre Coupes du monde avec l'Argentine, aujourd'hui entraîneur de la mêlée... australienne.

Huit ans et 11 jours plus tard, l’Argentine va disputer de nouveau une demi-finale de Coupe du monde, après celle perdue face à l’Afrique du Sud en 2007. Dimanche, l’Argentine aura donc l’occasion d’atteindre pour la première fois de son histoire la finale de la compétition. Il faudra pour cela battre l’Australie, une équipe totalement ressuscitée depuis moins d’un an, qui s’est notamment permis de remporter le Rugby Championship (ex-Four Nations) devant les All Blacks cette année. Grâce au travail du sélectionneur Michael Cheika, mais aussi à l'entraîneur adjoint Mario Ledesma, forcément tiraillé à l’approche de l’événement, lui l’ancien joueur emblématique des Pumas. Une rencontre tellement particulière que l’encadrement des Wallabies l’a tenu éloigné des micros pendant toute la semaine.

« C'est forcément un gros match pour lui, et ça lui arrive de verser une larme dans les vestiaires ou quand l'équipe est rassemblée, histoire de rigoler, confie le sélectionneur australien Michael Cheika. Je me rappelle de notre déplacement à Mendoza pour notre match contre l’Argentine dans le Rugby Championship. On était en train de monter les escaliers avant le coup d’envoi pour rejoindre notre place et je lui ai demandé s’il allait chanter l’hymne de son pays. Il ne savait pas s’il avait le droit. Je lui ai dit : '' Bien sûr, c’est ton héritage '', et je ne veux pas qu'il le trahisse. Mais je sais aussi qu’il aime cette équipe (l’Australie), qu’il aime travailler avec elle et qu’il fera tout ce qu’il peut cette semaine pour s’assurer qu’elle ait toutes les armes nécessaires. »

« Scrum doctor »

Très longtemps raillés pour leur tenue en mêlée fermée et leur manque de puissance dans le cinq de devant, les Australiens impressionnent au contraire cette année par leur niveau dans cet exercice. Il n’en fallait pas plus pour que le rugby professionnel adoube Mario Ledesma, au point d’être surnommé le « scrum doctor » (« docteur de la mêlée ») par les journalistes britanniques. « Ils n’ont pas encore tout montré dans cette compétition, mais on les connaît et on sait que leur mêlée va être très solide, se méfie Julian Montoya, talonneur de l’équipe d’Argentine. C’est un point sur lequel ils progressent beaucoup. Auparavant, l’Australie n’était pas à l’aise en mêlée mais les choses ont changé. Ce sera très équilibré. On aura intérêt à les faire jouer un maximum en mêlée pour les user. Je ne connais pas Ledesma, mais je sais qu’ils ont beaucoup progressé en mêlée grâce à lui. »

Coéquipiers comme adversaires, ils sont tous unanimes pour louer, outre ses qualités techniques, les qualités humaines de l’ancien joueur du Stade Français et de Montpellier. « Il a une grosse influence sur notre cinq de devant, mais aussi sur moi à titre personnel, analyse Scott Fardy, troisième de l’équipe australienne. Il est passionné par ce qu’il fait. Il s’est bien intégré au groupe et les joueurs ont énormément de respect pour lui. Il y a aussi beaucoup de chambrage entre lui et nous. Nous, on n’arrête pas de se moquer de son accent. » Même constat du côté du deuxième ligne australien, Kane Douglas. « Il garde les pieds sur terre et il dit les choses comme elles sont, apprécie-t-il. C’est le fonctionnement qui me convient. Si vous faites une erreur, il n’hésitera pas à vous le dire. Il est très émotif, il met tout son cœur dans ce qu'il veut accomplir et dans ce qu’on fait. C’est super de l’avoir avec nous. » Quel que soit l’issue du match dimanche, Mario Ledesma pourra néanmoins sourire. Soit l’Argentine atteindra pour la première fois de l’histoire la finale de la Coupe du monde, soit il vivra pour la première fois de sa carrière une finale de Coupe du monde. Même si, plus que tout, il aurait aimé éviter de vivre ce duel Australie-Argentine : « Je prie tous les jours pour qu’on ne se croise pas », déclarait-il avant le Mondial à un journal argentin.

Basile DESPREZ

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant