Aung San Suu Kyi élue députée au parlement birman

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AUNG SAN SUU KYI, DÉPUTÉE AU PARLEMENT BIRMAN
AUNG SAN SUU KYI, DÉPUTÉE AU PARLEMENT BIRMAN

par Aung Hla Tun et Andrew R.C. Marshall

RANGOUN (Reuters) - Aung San Suu Kyi, icône de l'opposition birmane, a remporté dimanche un siège de députée à la chambre basse du parlement, a annoncé son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

Cette première historique pourrait convaincre les Occidentaux d'assouplir leurs sanctions à l'égard du régime, devenu civil il y a un an après un demi-siècle de dictature militaire.

La lauréate du prix Nobel de la paix 1991, qui a passé quinze années en détention depuis 1989 avant d'être libérée en novembre 2010, briguait un siège dans la circonscription de Kawhmu, au sud de Rangoun, où elle a battu deux autres candidats, selon la LND.

"Daw Aung San Suu Kyi a gagné", a déclaré un responsable du principal parti d'opposition birman en employant le titre honorifique de l'opposante, sous les applaudissements d'une foule de plusieurs centaines de partisans.

La LND dit l'avoir emporté dans 19 des 45 circonscriptions en jeu. La commission électorale n'a quant à elle donné aucun résultat. Ils pourraient être annoncés d'ici une semaine.

Les Etats-Unis et l'Union européenne ont laissé entendre que les sanctions économiques imposées voici des années contre la Birmanie en raison des violations des droits de l'homme pourraient être levées si le scrutin était libre et honnête.

Hillary Clinton a affiché un soutien prudent au processus électoral. "Il est encore trop tôt pour connaître la portée des progrès réalisés ces derniers mois, et savoir s'ils se poursuivront. Il n'y a aucune garantie sur ce qui se prépare pour le peuple de Birmanie", a-t-elle ajouté.

Le gouvernement civil arrivé aux affaires voici un an a surpris la communauté internationale par la rapidité avec laquelle il a engagé des réformes politiques et économiques, notamment en libérant plusieurs centaines de prisonniers politiques ou en assouplissant la censure.

"TATA SUU"

Les opérations de vote ont débuté à 06h00 locales (23h30 GMT samedi). Dès l'aube, des électeurs se sont rassemblés dans le calme devant les écoles, les centres religieux ou communautaires transformés en bureaux de vote.

Dans la circonscription de Kawhmu, certains électeurs ne cachaient pas leur enthousiasme après avoir voté pour Aung San Suu Kyi, "tata Suu", comme ils la surnomment affectueusement.

"Toute ma famille a voté pour elle (Suu Kyi) et je suis sûr que tous mes proches vont faire de même", déclarait Naw Ohn Kyi, un fermier de Warthinkha.

"J'ai demandé aux gens autour de moi, presque tout le monde a voté pour tata Suu", se félicitait Ko Myint Aung, un commerçant de 27 ans.

L'élection d'Aung San Suu Kyi, charismatique et très populaire dans son pays, serait importante pour crédibiliser un scrutin qui reste avant tout symbolique, le parti créé par les militaires anciennement au pouvoir (Parti de la solidarité et du développement de l'Union, USDP) ayant raflé les trois quarts des sièges du parlement aux législatives de novembre 2010 alors boycottées par la LND.

"Nous sommes heureux de constater que tout se déroule dans le calme et nous espérons que toute la journée se passera tranquillement", a déclaré à mi-chemin du vote le député européen Ivo Belet, présent en qualité d'observateur.

"Nous procéderons ultérieurement à une évaluation, sur la base de toutes les observations effectuées dans les bureaux de vote", a-t-il ajouté.

Le gouvernement birman a invité un petit nombre d'observateurs électoraux, dont cinq de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), mais ils n'ont guère eu de temps pour effectuer des préparatifs en Birmanie.

ESPOIRS

Deux jours avant le vote, Aung San Suu Kyi a dénoncé des pressions "au-delà de l'acceptable", accusant ses adversaires de vandaliser ses affiches de campagne, de manipuler les listes électorales ou de commettre de "nombreux actes d'intimidation".

Reste que sa victoire, si elle se confirme, pourrait changer la donne à la chambre basse du parlement, qui compte 440 sièges.

Ces élections partielles servaient à renouveler 37 sièges de la chambre basse, six sièges du Sénat et deux sièges des assemblées régionales. Dix-sept partis y prenaient part et la LND présentait des candidats dans 44 des 45 circonscriptions.

Aung San Suu Kyi a déclaré que ses principales priorités seraient de faire régner l'état de droit, de mettre fin aux insurrections ethniques et d'amender la Constitution de 2008 qui grave dans le marbre le poids politique prééminent de l'armée.

Certains Birmans se demandent si les élus conservateurs oseront s'opposer ouvertement à la "Dame de Rangoun" dans la perspective de nouvelles élections en 2015. Beaucoup de députés pourraient vouloir s'afficher à ses côtés pour profiter de sa popularité.

Dans les rangs des militants démocrates, certains voient cependant d'un mauvais oeil la décision d'Aung San Suu Kyi de collaborer avec le pouvoir, estimant que l'opposante travaille trop étroitement avec les anciens généraux qui ont persécuté durant des années les opposants.

Eric Faye, Benjamin Massot et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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