Aung San Suu Kyi célèbre le triomphe du peuple birman

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LA LND DIT AVOIR REMPORTÉ 44 DES 45 SIÈGES EN JEU EN BIRMANIE
LA LND DIT AVOIR REMPORTÉ 44 DES 45 SIÈGES EN JEU EN BIRMANIE

par Aung Hla Tun

RANGOUN (Reuters) - La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi a nettement remporté les élections législatives partielles organisées dimanche en Birmanie.

La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 espère que ce scrutin, certes symbolique mais historique par son caractère pluraliste, marquera le début d'une nouvelle ère.

Dans un communiqué lu à la télévision nationale, la commission électorale a annoncé que la LND s'était imposée dans 40 des 45 circonscriptions en jeu.

Le parti d'opposition, qui avait revendiqué un peu plus tôt la victoire dans les 44 circonscriptions où il avait présenté des candidats, comptera 35 élus à la chambre basse du parlement, trois au Sénat et deux dans les assemblées régionales. Au total, le nombre de représentants dans ces assemblées, dont un quart sont nommés par l'armée, s'élève à 1.158.

A 66 ans, Aung San Suu Kyi va faire son entrée au Parlement.

"Ce n'est pas tant notre triomphe que celui du peuple, qui a décidé qu'il devait s'impliquer dans le processus politique de ce pays", a-t-elle déclaré aux partisans de la LND rassemblés devant le siège du parti à Rangoun.

"Nous espérons qu'il s'agit du début d'une nouvelle ère, dans laquelle le peuple jouera un rôle plus grand dans les affaires politiques de notre pays. Nous espérons que tous les partis qui ont pris part à ces élections accepteront de coopérer avec nous pour créer un environnement réellement démocratique dans notre nation", a ajouté Aung San Suu Kyi.

La LND aurait même remporté quatre sièges dans la nouvelle capitale, Naypyitaw, dont la majeure partie des habitants sont des fonctionnaires, des militaires et leurs familles.

MODIFIER LA CONSTITUTION

Le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP), créé par l'ancienne junte militaire, n'a fait aucune déclaration pour le moment. L'USDP avait raflé les trois quarts des sièges lors des élections législatives de novembre 2010, boycottées par la LND et qualifiées de mascarade par l'Occident.

Pour Nyan Win, directeur de campagne de la LND, la "priorité numéro un" d'Aung San Suu Kyi en tant que députée sera d'oeuvrer à une modification de la Constitution, adoptée à la suite d'un référendum en 2008 jugé par l'opposition fortement truqué.

Elle permet au chef de l'Etat de transmettre ses pouvoirs au chef des forces armées dans des situations d'exception qui restent, au demeurant, mal définies.

Dans un discours prononcé moins d'une semaine avant la tenue de ces législatives partielles, le chef des forces armées, le général Min Aung Hlaing, s'est engagé à protéger la Constitution, qui garantit, à ses yeux, le "rôle politique dirigeant" de l'armée.

La semaine dernière, lors des préparatifs de ces législatives, Aung San Suu Kyi s'était plainte d'"irrégularités", même si aucune, à ses yeux, n'a paru suffisamment grave pour contester le déroulement du scrutin et remettre en cause la participation de la LND.

Un petit nombre d'observateurs, de pays occidentaux ou de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), avaient été invités à assister au scrutin de dimanche mais ils n'ont eu que quelques jours pour s'y préparer. Ils se sont eux-mêmes présentés comme des "visiteurs" plutôt que comme observateurs.

"Quelles que soient les irrégularités que nous avons constatées, elles ne semblaient pas découler de mauvaises intentions. Elles relevaient plutôt d'un manque d'expérience ou de connaissance", a déclaré une déléguée de l'UE, Malgorzata Wasilewska, ajoutant que des irrégularités pourraient encore se produire durant les opérations de dépouillement.

L'ASEAN SE FÉLICITE

Le scrutin "s'est déroulé de façon libre, équitable et transparente", estime pour sa part l'Asean dans un communiqué. L'organisation invite en outre les pays occidentaux à lever les sanctions infligées à la Birmanie.

Le président Thein Sein, général qui faisait partie de la junte, a surpris la communauté internationale en engageant des réformes les plus hardies depuis l'arrivée au pouvoir des militaires à la faveur d'un coup d'Etat en 1962.

Aung San Suu Kyi a vu son assignation à résidence prendre fin en novembre 2010, six jours après des législatives fortement critiquées par l'opposition mais qui ont précédé l'avènement d'un gouvernement civil en mars 2011, au terme de 49 années de régime militaire.

Les autorités ont remis en liberté des centaines de détenus politiques, engagé des négociations de paix avec les guérillas de plusieurs communautés ethniques, assoupli la censure sur les médias et autorisé des syndicats.

En retour, Hillary Clinton a effectué en novembre dernier la première visite en Birmanie d'un secrétaire d'Etat américain depuis 1955. La chef de la diplomatie américaine a salué dimanche avec prudence le déroulement de l'élection, estimant qu'il est encore trop tôt pour juger de la portée des progrès démocratiques réalisés ces derniers mois.

Avec Andrew R.C. Marshall; Eric Faye, Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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