"Augustine", l'hystérie et les ambiguïtés du Pr Charcot

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Affiche 'Augustine' All rights reserved
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(AFP) - Avec Augustine, en salles mercredi, Alice Vinocour signe une première oeuvre intense sur les ambiguïtés du professeur Charcot, qui s'efforça de démontrer scientifiquement que les hystériques n'étaient pas des "sorcières", tout en les exhibant comme de vulgaires cobayes.

Ce long métrage de 101 minutes parfaitement maîtrisé, qui sort en salles mercredi, mêle la réalité à la fiction.

Il évoque les travaux de Jean-Martin Charcot, interprété avec justesse par Vincent Lindon, sur une maladie alors mystérieuse (les théories de Freud, qui fut élève de Charcot, étaient encore en devenir), tout en explorant les supposés rapports, y compris sexuels, entre le professeur et l'une de ses malades, Augustine.

Augustine a vraiment existé. Elle fut le cobaye favori de Charcot, celle que le titulaire de la première chaire mondiale de neurologie, à l'hôpital de la Salpétrière, exhibait, sous hypnose, devant ses pairs pour leur expliquer les origines des maladies du système nerveux.

Paris, hiver 1885. L'atmosphère est sombre et le restera durant toute la durée du film, contribuant à renforcer sa densité. Une servante de 19 ans, Augustine, s'apprête à servir les entrées d'un dîner bourgeois.

Soudain, la jeune fille, à qui la chanteuse Soko, parfaite dans son rôle, prête des traits de sauvageonne inculte mais intelligente - s'effondre, emportant avec elle nappe, assiettes, couverts et crustacés. Son corps se tord sans qu'elle puisse le maîtriser. Augustine est en pleine crise d'hystérie.

Transportée à la Salpétrière, la jeune fille deviendra le sujet (ou plutôt l'objet) d'étude favori du maître.

Car on est bien en présence d'un "maître" et de son obligée, sans cesse auscultée, déshabillée, rhabillée, montrée nue devant d'éminents docteurs et leur suite. On venait assister aux hypnoses du professeur Charcot un peu comme aujourd'hui, "les spectateurs viennent se rincer l'oeil dans un peep-show", affirme Vinocour, dans une interview publiée dans le dossier de presse de son film.

Féministe

La réalisatrice, auteur de plusieurs courts-métrages, affirme s'être "beaucoup documentée" pour coller à la réalité. Ainsi, le "compresseur d'ovaires", inventé par Charcot et censé arrêter la crise, a été reproduit à l'identique, "jusqu'au pompon rouge qui l'orne", précise-t-elle.

Les figurantes du film sont de vraies malades tout juste sorties de l'hôpital et leurs témoignages face à la caméra sont de vraies histoires, racontées en costumes d'époque.

"J'en ai assez de vos expériences. Vivement que je parte d'ici (...) Je vous déteste", lance une Augustine rebelle au professeur Charcot. "Et où est-ce que tu irais ?", répond sur un ton méprisant l'illustre docteur à la jeune fille, nue devant lui. Comme la vraie Augustine, celle du film finira par s'enfuir.

Pour démontrer les ambiguïtés de Charcot, admiré par les malades elles-mêmes que la société d'alors qualifiait de "sorcières", la cinéaste imagine que la jeune femme finira par prendre un ascendant sur le docteur, en le séduisant. Elle recrée à sa manière les rapports entre le docteur et sa femme Constance (Chiara Mastroianni, parfaite en grande bourgeoise racée).

A travers ces clivages sociaux, le film a aussi une dimension politique. L'hystérie (qui peut également toucher les hommes, comme Charcot le démontrera), est "une révolte" contre l'ordre établi. "Les malades de Charcot étaient des femmes de conditions sociales très basse, sans droits, parfois violées. L'hystérie est une réponse à cette violence sous forme de rébellion. C'était comme la première manifestation féministe", affirme la cinéaste.

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