Audition-fleuve pour Nicolas Sarkozy dans l'affaire Bettencourt

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AUDITION-FLEUVE POUR SARKOZY DANS L'AFFAIRE BETTENCOURT
AUDITION-FLEUVE POUR SARKOZY DANS L'AFFAIRE BETTENCOURT

BORDEAUX (Reuters) - Nicolas Sarkozy a subi jeudi une audition-fleuve chez un juge d'instruction à Bordeaux en vue d'une possible mise en examen dans l'enquête sur la fortune de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt, qui aurait été en partie spoliée.

Deuxième ex-chef d'Etat de la Ve République à être convoqué par la justice pénale après Jacques Chirac, il était toujours interrogé vers 18h30, plus de neuf heures après son arrivée dans un palais de justice de Bordeaux surveillé par des centaines de policiers et assiégé par la presse.

Il pourrait se voir notifier des poursuites dans le volet du dossier portant sur un présumé "abus de faiblesse" sur la nonagénaire, troisième fortune de France, aujourd'hui sous tutelle de sa famille, selon une source judiciaire.

Une sortie de l'interrogatoire avec le statut de "témoin assisté" est aussi techniquement possible si ses explications parviennent à convaincre le juge, Jean-Michel Gentil, saisi du dossier avec deux collègues, Valérie Noël et Cécile Ramonatxo.

L'ancien chef d'Etat est arrivé en voiture en compagnie de son avocat Thierry Herzog aux alentours de 09h10, sans que les photographes ou les équipes de télévision massés devant le palais de justice puissent saisir son image, ont constaté des correspondants de Reuters.

L'ex-président est entré par le parking du tribunal. Des policiers ont ouvert la voie à la voiture aux vitres teintées qui le transportait et celle qui l'accompagnait.

L'ancien président nie toute malversation. L'enquête a permis de découvrir des retraits en espèces de quatre millions d'euros sur les comptes suisses de l'héritière en 2007-2009.

DEUX RETRAITS JUGÉS SUSPECTS

Le juge d'instruction s'interroge notamment sur deux retraits de 400.000 euros au moment de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Ils pourraient avoir servi à financer la campagne de l'ancien président en 2007, avec l'implication de tiers, comme l'ex-gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, qui était membre du Premier cercle, club des donateurs fortunés de l'UMP, et l'ex-trésorier de l'UMP et ex-ministre du Budget Eric Woerth.

Troisième fortune de France et 15e au monde avec environ 17 milliards d'euros, selon des classements de Challenges et Forbes, Liliane Bettencourt est en état de démence depuis 2006 au moins selon une expertise versée au dossier. Elle a été placée sous tutelle de sa famille en 2011.

Le juge Gentil a saisi les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, des agendas qui attestent l'existence d'une visite chez les Bettencourt le 24 février 2007, au moment d'un des retraits suspects.

Nicolas Sarkozy admet l'existence de cette visite mais a expliqué dans les médias qu'il s'agissait d'un simple déplacement de courtoisie. Il estime que la validation de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel prouve qu'ils étaient exempts de reproches.

Un carnet du photographe François-Marie Banier, ancien proche de la milliardaire, prête ces mots à l'héritière en 2007 : "De Maistre m'a dit que Sarkozy avait encore demandé de l'argent. J'ai dit oui".

D'autres coïncidences de dates sont relevées, notamment des rencontres entre Eric Woerth et Patrice de Maistre. Ce dernier admet avoir organisé les retraits mais assure qu'il a remis l'argent aux Bettencourt et qu'il en ignore l'usage final.

Le juge se penche aussi sur une visite en 2008 de Liliane Bettencourt et Patrice de Maistre à l'Elysée, puis de Patrice de Maistre seul, au moment d'autres retraits de plusieurs millions.

PLUSIEURS ANNÉES DE PROCÉDURE ?

Le juge dispose de témoignages, comme celui de l'ex-comptable des Bettencourt Claire Thibout, qui parle d'un autre épisode, une remise de 150.000 euros en espèces demandée par le gestionnaire de fortune de la milliardaire, Patrice de Maistre, et qui auraient été destinés à Eric Woerth.

Le bureau de Nicolas Sarkozy et son domicile ont été perquisitionnés l'été dernier. Des proches, Philippe Courroye, l'avocat Thierry Herzog, l'ancien secrétaire général de l'Elysée Xavier Musca et son ex-conseiller pour la justice Patrick Ouart, ont été entendus comme témoins à propos d'éventuelles pressions exercées sur la justice.

Les enregistrements de conversations effectués au domicile de Liliane Bettencourt par son majordome de 2009 à 2010 ont montré que l'Elysée a été informé des avancées de l'enquête initiale du procureur de Nanterre Philippe Courroye, dessaisi en 2010.

S'il était poursuivi, la procédure durerait plusieurs années. Retiré de la politique, Nicolas Sarkozy donne des conférences mais un retour pour la présidentielle de 2017 est possible. D'autres affaires le menacent.

Longtemps intouchable en justice, le personnage du chef d'Etat français est tombé de son piédestal le 15 décembre 2011 avec la condamnation de Jacques Chirac à deux ans de prison avec sursis pour des détournements de fonds publics commis dans les années 1990, quand il était maire de Paris.

Jean-Yves Saint-Céran et Claude Canellas à Bordeaux, Thierry Lévêque à Paris, édité par Sophie Louet

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  • gepadtun le jeudi 22 nov 2012 à 19:51

    Vers un procès fleuve et une peine de réclusion fleuve ?