Audition à hauts risques pour Nicolas Sarkozy

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AUDITION DE NICOLAS SARKOZY DANS L'AFFAIRE BETTENCOURT
AUDITION DE NICOLAS SARKOZY DANS L'AFFAIRE BETTENCOURT

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy devrait être entendu jeudi par la justice française, avec la perspective d'une possible mise en examen dans l'enquête sur la fortune de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt.

Le parquet de Bordeaux, l'entourage du président battu par François Hollande en mai dernier et son avocat Thierry Herzog, sollicité par Reuters en marge d'un autre procès à Paris, n'ont fait aucun commentaire sur cette convocation.

Selon une source judiciaire, cet interrogatoire, qui pourrait se prolonger jusqu'à vendredi, est bien prévu et prévoit l'assistance d'un avocat.

Cela signifie que Nicolas Sarkozy, deuxième ex-chef d'Etat de la Ve République à être interrogé par la justice pénale après Jacques Chirac, le sera soit en qualité de "témoin assisté", soit mis en examen. Si le premier fondement est choisi, il peut tourner à la mise en examen en fin d'interrogatoire.

L'ancien président sera de mercredi à jeudi à Londres, où il donnera une conférence, a-t-on déclaré dans son entourage, ce qui n'exclut pas un passage par Bordeaux.

Le dossier relatif à la fortune Bettencourt, ouvert en 2007 avec une plainte de sa fille Françoise Meyers, a amené des soupçons de retraits en espèces sur la fortune de l'héritière pour la campagne de l'ancien président en 2007, ainsi que des soupçons d'abus de faiblesse.

Ce volet "d'abus de faiblesse" est le fondement de l'interrogatoire de Nicolas Sarkozy, qui a toujours démenti les allégations contre lui, dit-on de source judiciaire.

FINANCEMENT ILLÉGAL ?

Troisième fortune de France et 15e au monde avec environ 17 milliards d'euros, selon des classements de Challenges et Forbes, Liliane Bettencourt est en état de démence depuis 2006 au moins selon une expertise versée au dossier. Elle a été placée sous tutelle de sa famille en 2011.

Après l'apparition d'enregistrements clandestins de conversations de l'héritière, et leur remise à la justice, le procureur de Nanterre (Hauts-de-Seine) Philippe Courroye, un proche de Nicolas Sarkozy, a d'abord enquêté avant d'être dessaisi en 2010 au profit de trois juges bordelais, dont Jean-Michel Gentil. Accusé de partialité, Philippe Courroye a été depuis muté de force à Paris.

Le juge Jean-Michel Gentil a saisi les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, des agendas qui attestent l'existence d'une visite chez les Bettencourt en février 2007.

Un carnet du photographe François-Marie Banier, ancien proche de la milliardaire, lui prête ces mots en 2007 : "De Maistre m'a dit que Sarkozy avait encore demandé de l'argent".

Le bureau de Nicolas Sarkozy et son domicile ont été perquisitionnés l'été dernier. Des proches, Philippe Courroye, l'avocat Thierry Herzog, l'ancien secrétaire général de l'Elysée Xavier Musca et son ex-conseiller pour la justice Patrick Ouart, ont été entendus comme témoins à propos d'éventuelles pressions qui auraient été exercés sur la justice.

Mis en examen, l'ancien trésorier de la campagne 2007, l'ex-ministre Eric Woerth, a nié les accusations de l'ex-comptable des Bettencourt, qui parle d'une remise de 150.000 euros en espèces demandée par le gestionnaire de fortune de la milliardaire, Patrice de Maistre.

D'AUTRES AFFAIRES

Patrice de Maistre, mis en examen pour "abus de faiblesse, abus de biens sociaux et escroquerie aggravée" et détenu durant plusieurs mois, a admis avoir reçu dans son bureau de l'argent retiré en espèces en Suisse sur les comptes Bettencourt, quatre millions d'euros en 2007-2009, mais assure l'avoir remis aux Bettencourt et ignorer ce qu'ils en ont fait.

Le juge d'instruction s'interroge notamment sur deux retraits de 400.000 euros chacun au moment de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Les enregistrements de conversations effectués au domicile de Liliane Bettencourt par son majordome de 2009 à 2010 ont montré que l'Elysée a été informé des avancées de l'enquête du procureur Courroye, lié par son statut à l'exécutif.

S'il était poursuivi, Nicolas Sarkozy entrerait dans un processus susceptible mécaniquement de durer plusieurs années.

D'autres affaires le menacent. Dans le volet financier du dossier relatif à l'attentat anti-français de Karachi au Pakistan en 2002, visant une supposée corruption lors de la campagne présidentielle de 1995, Nicolas Sarkozy peut être entendu comme témoin mais toute poursuite relèverait de la Cour de justice de la République.

Par ailleurs, une procédure visant les sondages d'opinion commandés par l'Elysée sous sa présidence est toujours en cours. .

Longtemps intouchable en justice, le personnage du chef d'Etat français est tombé de son piédestal le 15 décembre 2011 avec la condamnation de Jacques Chirac à deux ans de prison avec sursis pour des détournements de fonds publics commis dans les années 1990, quand il était maire de Paris.

Edité par Yves Clarisse

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  • Georg47 le jeudi 22 nov 2012 à 09:14

    Bourso, faut vous tenir informés de l'acualité. Le problème des sondages et classé sans suite depuis 48 heures