Audition à hauts risques pour Dominique Strauss-Kahn à Lille

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AUDITION À HAUTS RISQUES POUR DOMINIQUE STRAUSS-KAHN
AUDITION À HAUTS RISQUES POUR DOMINIQUE STRAUSS-KAHN

LILLE (Reuters) - L'ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn est convoqué mardi pour un interrogatoire dans une affaire de proxénétisme instruite à Lille où il risque un placement en garde à vue, voire une mise en examen.

Il est attendu en début de matinée dans une caserne de gendarmerie. La police peut le garder 48 heures en cas de garde à vue et l'interrogatoire peut déboucher sur une présentation à des juges d'instruction, dit-on de sources proches du dossier.

Cette audition pourrait troubler la campagne présidentielle, dont Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l'Economie (1997-1999) et directeur général du FMI (2007-2011) fut le favori avant son arrestation à New York en mai dernier pour une présumée agression sexuelle sur une femme de chambre. Il a bénéficié d'un abandon de poursuites en septembre.

Le Parti socialiste et son candidat, François Hollande, ont cependant pris leurs distances avec lui, notamment quand il a été à nouveau interrogé par la police à son retour à Paris sur la supposée agression sexuelle de la journaliste Tristane Banon en 2003. Le parquet de Paris a jugé les faits établis mais classé l'affaire sans suite pour cause de prescription.

Retiré de la vie publique, Dominique Strauss-Kahn a engagé des poursuites judiciaires contre plusieurs médias et contre Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, qui avait estimé que le comportement prêté à "DSK" était à la frontière "entre délinquance et vie privée" et pénalement répréhensible.

La convocation de police intervient alors que le président Nicolas Sarkozy vient de se déclarer candidat et doit se déplacer à Lille jeudi, échéance théorique d'une éventuelle garde à vue de Dominique Strauss-Kahn.

VOYAGES DE PROSTITUÉES AUX ÉTATS-UNIS

Huit personnes sont poursuivies dans ce dossier de Lille, parti d'une affaire de proxénétisme en Belgique où un Français surnommé "Dodo la saumure" a été arrêté. Les juges ont mis au jour un réseau mettant à disposition des prostituées pour les clients de l'hôtel Carlton et diverses personnalités locales.

Proche de Dominique Strauss-Kahn, le commissaire divisionnaire lillois Jean-Christophe Lagarde, poursuivi pour proxénétisme aggravé en bande organisée et recel d'abus de biens sociaux, est soupçonné d'avoir organisé des déplacements de prostituées à Paris et aux Etats- Unis pour Dominique Strauss-Kahn en 2010 et au printemps 2011, quand il dirigeait le FMI.

David Roquet, employé d'une filiale du groupe de BTP Eiffage et autre organisateur présumé de ces voyages qui a présenté les dépenses de prostituées en notes de frais pour remboursement, a été mis en examen et incarcéré plusieurs mois.

Il met en cause Eiffage qui, selon lui, connaissait ces pratiques. La société nie et s'est constituée partie civile. Elle dit avoir mis au jour 50.000 euros de dépenses.

L'un des voyages s'est déroulé juste avant l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn en mai. Participant à ce voyage, le patron de la direction départementale de la Sécurité publique du Nord, Jean-Claude Menault, n'a pas été mis en examen mais il a été limogé par le ministère.

Un autre ami de Dominique Strauss-Kahn, Fabrice Paszkowski, gérant d'une société de matériel médical et militant PS, est aussi mis en examen pour ces faits.

Selon des médias citant l'entourage de Dominique Strauss-Kahn, ce dernier admettrait l'existence des rencontres mais nierait avoir eu connaissance du métier des jeunes femmes et a fortiori que leurs services avaient été rémunérés par ses amis.

Ses avocats Richard Malka, Henri Leclerc et Frédérique Beaulieu, contactés par Reuters depuis dimanche, n'ont pas répondu ou se refusent à tout commentaire. Ils n'ont publié qu'un seul communiqué, en octobre, parlant "d'insinuations et extrapolations hasardeuses".

S'ils sont constitués, les faits contre "DSK" sont susceptibles d'être qualifiés en recel d'abus de biens sociaux, c'est-à-dire le fait de recevoir en connaissance de cause des "cadeaux" illégaux d'entrepreneurs.

La mise en cause pour proxénétisme -le fait d'organiser et de tirer profit de la prostitution- paraît plus hypothétique, le simple fait d'être un client n'étant en droit français pas un délit ou une complicité de proxénétisme.

Pierre Savary, avec Thierry Lévêque à Paris, édité par Gilles Trequesser

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