Aucune percée attendue sur le climat au Qatar

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AUCUNE PERCÉE ATTENDUE À LA CONFÉRENCE DE DOHA SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE
AUCUNE PERCÉE ATTENDUE À LA CONFÉRENCE DE DOHA SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

par Alister Doyle

OSLO (Reuters) - La conférence de Doha sur le changement climatique, qui s'ouvre lundi pour une durée de deux semaines, risque d'entériner la relégation des questions environnementales à l'arrière-plan des préoccupations des dirigeants de la planète.

Aucun accord pourrait n'être conclu sur une prolongation du protocole de Kyoto, qui s'éteindra le 31 décembre, quinze ans après son adoption.

Quant à l'élaboration d'un nouveau traité sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre, elle ne devrait guère progresser en raison de la priorité accordée dans toutes les régions du monde à la croissance économique et des divergences persistantes sur la répartition des efforts.

L'adoption en 1992 de la convention cadre sur le changement climatique a illustré une prise de conscience des pays industrialisés sur les effets de la pollution. En 1997, dans le cadre du protocole de Kyoto, une quarantaine de pays décidaient ensuite de réduire d'ici 2008-2012 leurs émissions de gaz à effet de serre d'au moins 5,2% en moyenne par rapport à leurs niveaux de 1990. Ce traité a aussi mis en place un marché des droits d'émission.

Quinze ans plus tard, la calotte glaciaire arctique a fondu au point d'atteindre sa superficie la plus faible jamais mesurée en septembre tandis que les Etats-Unis et la Russie sont en proie à des vagues de chaleur et de sécheresse d'une fréquence inhabituelle, selon la Banque mondiale.

Malgré le ralentissement économique mondial, la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère a aussi atteint un niveau record en 2011, selon l'Organisation météorologique mondiale.

PLUS DE CONTRAINTE À PARTIR DE JANVIER

Même si tous les pays respectaient leurs engagements actuels, la température mondiale augmenterait de plus de 3° Celsius d'ici 2100. Or, pour le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec), un réchauffement de plus de 2° entraînera une hausse du niveau des mers et des phénomènes extrêmes plus fréquents, tels qu'inondations, sécheresses ou tempêtes.

De tels bouleversements perturberont les pratiques agricoles et l'accès à l'eau potable alors que la population mondiale est en pleine expansion.

Pour le Giec, la probabilité que le changement climatique soit d'origine humaine est de plus de 90%.

"Chaque jour apporte des preuves supplémentaires que les engagements pris jusqu'à présent sont loin de ce qu'il faudrait et on ne peut pas attendre 2020 pour élever le niveau des ambitions", a déclaré Jennifer Morgan, du World Resources Institute à Washington.

Les près de 200 pays ou régions du monde participant aux discussions sur le changement climatique, qui se retrouvent du 26 novembre au 7 décembre au Qatar, ont simplement pu se mettre d'accord en 2011 à Durban sur l'objectif de conclure un nouveau traité d'ici 2015 pour une entrée en vigueur en 2020.

En attendant, si la durée de vie du protocole de Kyoto n'est pas prolongée, il n'existera dès le 1er janvier 2013 plus aucune contrainte légale de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Or la Russie, le Japon et le Canada, signataires du protocole en 1997, ont déjà prévenu qu'ils n'accepteraient pas de nouvelles réductions des émissions au-delà du 31 décembre.

Les Etats-Unis n'ont pour leur part jamais ratifié le texte de Kyoto, au motif qu'il serait néfaste à leur économie, et le président américain Barack Obama, tout en se disant "convaincu" de la réalité du changement climatique, a réaffirmé que la priorité de son second mandat serait accordée à l'économie.

ÉVOLUTIONS

Source de blocage supplémentaire, le protocole de Kyoto ne reflète plus les équilibres économiques du monde.

L'Inde et la Chine n'étaient pas concernées lorsqu'il a été envisagé en 1992 de limiter les émissions polluantes. Elles sont depuis devenues deux des principales puissances économiques du monde, au point que la Chine est désormais le premier pollueur de la planète. En cumulé, elle a même dépassé la Russie au deuxième rang des pays émetteurs de dioxyde de carbone à travers les décennies, derrière les Etats-Unis.

Certains pays développés considèrent donc que tout nouvel accord doit tenir compte de ces évolutions, ce que refusent les pays émergents, désireux de poursuivre leur développement.

"La Chine réclame encore quelques années pour continuer de croître avant de limiter ses émissions. Et cela convient aux Etats-Unis", souligne Heike Schröder, de l'université anglaise East-Anglia.

Les pays émergents souhaitent aussi obtenir à Doha la garantie de nouvelles aides financières pour les inciter à utiliser des énergies non fossiles, donc moins polluantes, après l'expiration d'un programme triennal de 10 milliards de dollars par an.

Face à ce risque de paralysie, quelques acteurs ont décidé de réduire de leur propre initiative leurs émissions de gaz à effet de serre. C'est le cas notamment de l'Union européenne, de l'Australie et de l'Ukraine mais elles ne représentent ensemble que 12 à 14% des émissions mondiales.

Avec Nina Chestney à Londres, David Fogarty à Singapour, Deborah Zabarenko à Washington, Barbara Lewis à Bruxelles et Risa Maeda à Tokyo, Bertrand Boucey pour le service français

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