Aucun répit dans l'affrontement verbal entre Berlin et Ankara

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    par Maria Sheahan et Ece Toksabay 
    BERLIN/ANKARA, 8 mars (Reuters) - Le ministre turc des 
Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a accusé mercredi 
l'Allemagne de céder à un sentiment islamophobe dans sa critique 
de la Turquie. 
    Berlin de son côté dit avoir constaté une intensification 
des activités du renseignement sur le sol allemand. 
    Ces nouveaux échanges illustrent les vives tensions entre 
les deux pays depuis l'annulation de rassemblements politiques 
turcs prévus en Allemagne au moment même où le journaliste 
germano-turc Deniz Yücel, présenté par le président turc Recep 
Tayyip Erdogan comme un "agent allemand" et membre d'un groupe 
armé kurde, était incarcéré en Turquie. 
    Ankara reproche à l'Allemagne, où vit une forte communauté 
turque, de vouloir empêcher la tenue de réunions publiques où 
doivent s'exprimer ministres et responsables turcs dans le cadre 
de la campagne menée par Ankara à l'étranger en vue du 
référendum constitutionnel organisé en Turquie le 16 avril. 
    Mevlut Cavusoglu, a toutefois pu s'exprimer mardi à 
Hambourg, où il a renouvelé ses attaques contre l'Allemagne. 
  
    Son homologue allemand, Sigmar Gabriel, a dit s'être 
entretenu avec lui, tout en prévenant qu'on ne pouvait mener 
campagne en Allemagne que sous certaines conditions.  
    Un de ses porte-parole a en outre fait savoir que Berlin 
exigeait de pouvoir prendre contact avec Deniz Yücel. 
    Lors d'un rassemblement à Istanbul, Recep Tayyip Erdogan a 
jugé dimanche qu'en annulant des meetings prévus en Allemagne, 
les autorités allemandes recouraient à des pratiques "qui ne 
diffèrent en rien de celles de la période nazie".   
    Le président turc a malgré cela prévu de tenir une réunion 
politique en Allemagne avant le référendum, un déplacement que 
Mevlut Cavusoglu dit avoir évoqué avec Sigmar Gabriel. 
     
    ESPIONNAGE 
    Le Bundesamt für Verfassungsschutz (Office fédéral de 
protection de la Constitution, BFV) a par ailleurs fait part 
mercredi de ses préoccupations devant l'intensification des 
activités d'espionnage turques en Allemagne. 
    Il a souligné que les divisions politiques perceptibles en 
Turquie trouvaient un écho au sein de la communauté turque 
vivant sur le territoire allemand.  
    Hans-Georg Maassen, directeur du BfV, a notamment évoqué le 
risque d'affrontements entre l'extrême droite turque et les 
sympathisants du Parti des travailleurs du Kurdistan. 
    Sigmar Gabriel a évoqué les risques d'une importation en 
Allemagne des conflits qui déchirent la société turque. 
    "Quels que soient les divergences et les différends que nous 
puissions avoir, il n'y a pas d'alternative aux discussions 
parce que c'est la seule solution pour revenir, progressivement, 
à des relations normalisées et amicales entre l'Allemagne et la 
Turquie", a-t-il toutefois déclaré. 
    Cette main tendue ne semble pas avoir convaincu la Turquie 
d'adopter un ton plus conciliant.  
    Mevlut Cavusoglu a insisté pour qu'il n'y ait plus 
d'annulation de rassemblements et critiqué l'hostilité et le 
sentiment islamophobe qu'il dit avoir perçus en Allemagne. 
    "En Allemagne, il y a beaucoup de dirigeants politiques et 
une presse qui sont féroces et très hostiles à la Turquie et 
nous y percevons même un sentiment islamphobe. Cela, nous ne 
l'acceptons pas", a-t-il déclaré, demandant aux médias de mettre 
fin à leur propagande contre la Turquie. 
    Un sondage publié par le quotidien populaire Bild montre que 
81% des Allemands estiment que le gouvernement de la chancelière 
Angela Merkel s'est montré trop accommodant avec Ankara.  
    Or, l'Allemagne s'efforce de ménager un partenaire turc avec 
lequel l'Union européenne a négocié l'an dernier un accord par 
lequel la Turquie empêche les migrants de pénétrer en Europe a 
partir de son territoire. 
 
 (Avec la contribution d'Andrea Shalal et Michelle Martin à 
Berlin, Reuters TV et les rédactions d'Ankara et d'Istanbul, 
Nicolas Delame pour le service français, édité par Gilles 
Trequesser) 
 
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