Au salon Emmaüs, bonnes affaires et bonne action

le
0
Salon Emmaus (AFP PHOTO / BERTRAND GUAY)
Salon Emmaus (AFP PHOTO / BERTRAND GUAY)

(AFP) - Dans les allées, on fouine à la recherche de l'objet rare, de la pièce qui manque à son intérieur: le salon Emmaüs à Paris est un rendez-vous incontournable des chineurs, mais aussi une tribune pour l'association et son message de solidarité envers exclus et migrants.

"C'est le paradis et l'enfer ! Il y a plein de choses, mais plein de monde", sourit Aline Romain, orthophoniste de 26 ans.

Sous son bras, une vieille carte géographique Vidal-Lablache. "J'en cherchais une pour la mettre dans mon salon, j'aime bien le vintage", explique-t-elle. Comme beaucoup, elle est venue une heure avant l'ouverture dimanche pour ne pas rater les bonnes affaires.

Vintage ou récup', on trouve de tout sur ces 22.000 m2: vêtements, vaisselle, lampes, jouets, livres, disques, mais aussi des poufs à base de tambours de machine à laver, des globes terrestres transformés en lampe avec une chaussure comme socle ou un original "piano pique-nique" jaune qui mélange dans un même meuble clavier, gazinière, lecteur de 45 tours et des rangements !

"J'ai même acheté ce caddie", montre une femme de ménage d'origine africaine qui veut rester anonyme. Elle y a entassé la nappe et les serviettes. Elle devait y ajouter ses emplettes glanées au fil de cette rare journée de shopping.

"J'attends ce jour toute l'année. Je viens pour les petits prix parce que je n'ai pas les moyens", explique cette mère de deux enfants de 55 ans qui "gagne le Smic". Elle a amené son pique-nique et passera la journée avec une amie avec en poche une enveloppe de "150-200" euros.

Aurélie Lefort a, elle, acheté un vélo qu'elle fait customiser. "Je l'ai acheté 150 euros, il est presque neuf", souligne cette avocate de 26 ans: "Les prix ne sont pas très différents des sites (d'occasion) comme leboncoin.fr, mais on sait qu'ici les vélos sont révisés. Et surtout, ça aide des gens. C'est +le plus+ d'Emmaüs".

- Ménard et le gouvernement interpellés -

Les centaines de milliers d'euros récoltés (490.000 euros en 2014) servent à financer les actions d'Emmaüs International. Avec 25.000 visiteurs chaque année, c'est aussi une formidable tribune pour l'association fondée par l'abbé Pierre en 1954.

"C'est une vitrine solidaire qui montre qu'un autre modèle est possible, explique son président, Thierry Kuhn. Aujourd'hui, on parle d'économie solidaire, de développement durable, Emmaüs le fait depuis 60 ans: faire de l'activité économique un outil au service de la solidarité".

"Nous sommes un des derniers bastions de résistance à la tentation du repli sur soi, à un individualisme qui n'est pas le fruit du hasard mais est porté par la politique et le système en place", estime-t-il.

Au-dessus de l'ambiance bon enfant des allées pendent des affiches au ton plus grave d'un homme noir montrant sa carte d'identité, issues d'une campagne d'Emmaüs sur l'"accueil inconditionnel de tous" visant le fichage dont est soupçonné le maire de Béziers, Robert Ménard.

"Ce salon s'est construit avec des gens très différents. On a dans nos communautés des migrants, des personnes sans papiers à qui on met l'étiquette d'illégaux (...) C'est ce qu'on a voulu répondre au maire de Béziers et à d'autres qui surfent sur la peur."

A la maire de Paris Anne Hidalgo (PS) et à Claude Bartolone, tête de liste PS aux régionales, venus inaugurer le Salon, il a aussi répété la nécessité de créer des "maisons d'accueil des migrants", rendue criante par l'errance de centaines d'entre eux dans Paris.

"On a senti beaucoup d'ouverture de Mme Hidalgo et M. Bartolone. On attend l'ouverture du coté du gouvernement qui, pour l'instant, bloque", explique-t-il.

Dans l'entourage du ministre de l'Intérieur, on affirme que le gouvernement réfléchit à "un plan global visant à améliorer le sort des demandeurs d'asile et à lutter contre l'immigration irrégulière" avec des annonces "prochainement".

Pour M. Kuhn, il faut surtout "mettre tout le monde autour de la table pour réfléchir à nos politiques migratoires qui sont uniquement sécuritaires, pas dans notre tradition d'accueil".

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant