Au Royaume-Uni, les élections les plus indécises depuis 40 ans

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AU ROYAUME-UNI, LES ÉLECTIONS LES PLUS INDÉCISES DEPUIS 40 ANS
AU ROYAUME-UNI, LES ÉLECTIONS LES PLUS INDÉCISES DEPUIS 40 ANS

par William James

LONDRES (Reuters) - Les élections législatives de jeudi au Royaume-Uni s'annoncent comme les plus indécises depuis plus de quarante ans, aucune des deux grandes formations, le Parti conservateur et le Parti travailliste, ne paraissant en mesure de s'assurer une majorité à la Chambre des communes.

Cette incertitude pèse lourdement sur les grands dossiers débattus pendant la campagne: la politique économique, avec les difficiles et impopulaires mesures budgétaires à prendre, l'avenir de la Grande-Bretagne au sein de l'Union européenne et celui de l'Ecosse au sein du Royaume-Uni.

Les sondages donnent le Labour d'Ed Miliband et les conservateurs du Premier ministre David Cameron au coude-à-coude.

"Il n'y aura pas de vainqueur. David Cameron et Ed Miliband peuvent bien répéter à l'envi qu'ils vont l'emporter, c'est faux et ils le savent", a déclaré à la BBC Nick Clegg, dirigeant du Parti libéral-démocrate qui fait partie depuis les élections de 2010 de la coalition gouvernementale avec les "Tories".

Si Cameron est réélu, il a promis d'organiser en 2017 un référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne au sein de l'UE.

La progression constante du Parti nationaliste écossais (SNP), qui a pourtant perdu le référendum d'autodétermination l'an dernier, ajoute encore aux incertitudes -- quelle sera à l'avenir la place de l'Ecosse au sein du Royaume-Uni ?

Selon les sondages, le SNP semble bien parti pour s'imposer dans des circonscriptions jusqu'ici largement acquises au Labour.

LA QUESTION EUROPÉENNE

Quant au Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), anti-européen, il peut aujourd'hui attirer les électeurs traditionnels du Parti conservateur qui jugent David Cameron trop timoré face à la "bureaucratie de Bruxelles".

Le Labour et le Parti conservateur ne devraient pas remporter chacun plus de 300 sièges sur les 650 de la Chambre des communes. Le SNP pourrait avoir une cinquantaine d'élus, les libéraux-démocrates entre 20 et 30 et l'UKIP moins de dix.

Le dirigeant de l'UKIP, Nigel Farage, a dénoncé lors de la campagne la "faillite" du système électoral qui favorise les deux grands partis (dans le scrutin majoritaire à un tour en vigueur, le candidat arrivé en tête dans une circonscription est élu). Cette opinion est largement répandue au sein des petites formations qui réclament une réforme pour être mieux représentées.

Avec le Parlement sans majorité qui s'annonce, les tractations en vue de former une coalition de gouvernement devraient être plus longues que celles qui ont suivi le scrutin de 2010. Cinq jours avaient alors suffi à sceller une alliance entre les conservateurs et les libéraux-démocrates.

Etant donné les profondes divergences entre le Labour et les Tories, une "grande coalition" entre les deux grands partis semble exclue.

Pour les travaillistes, la meilleure chance de revenir au pouvoir serait un accord avec le SNP, qui devrait émerger comme le troisième parti du pays, mais les deux formations ont -- pour l'instant -- exclu de former une coalition officielle.

Les conservateurs, eux, devraient se tourner une nouvelle fois vers Nick Clegg et ses libéraux-démocrates, solution viable seulement si les deux partis peuvent s'assurer une majorité au Parlement.

Nick Clegg, par ailleurs, n'est pas hostile à l'idée un accord avec le Labour.

QUEL SCÉNARIO ?

Si comme prévu aucun parti n'obtient la majorité, David Cameron restera à Downing Street jusqu'à la formation du nouveau gouvernement.

Théoriquement, aucune date-limite n'est fixée pour que les négociations aboutissent mais dans les faits celles-ci devront être bouclées avant le 27 mai, quand la reine Elizabeth doit présenter au Parlement de Westminster le programme du nouveau gouvernement.

Le parti qui remporte le plus de sièges n'est pas automatiquement appelé à tenter de former le gouvernement.

Si les conservateurs arrivent en tête, ils peuvent toujours tenter de former un gouvernement minoritaire, en cherchant l'appui des élus des petits partis au coup par coup lors des différents votes à la Chambre. Dans ce cas, le premier test sera le vote qui suivra le discours de la reine.

Si le Parti conservateur perd ce vote, David Cameron n'est pas tenu de démissionner mais le Labour pourrait alors demander un vote de défiance, à la majorité simple. Si les Tories sont désavoués, les travaillistes auront 14 jours pour tenter de former un gouvernement. En cas d'échec, de nouvelles élections législatives doivent être organisées.

Mathématiquement, la majorité à la Chambre est de 326 sièges mais les élus du Sinn Féin, les nationalistes catholiques d'Irlande du Nord, refusent de venir siéger à Londres. En 2010, le Sinn Féin avaient obtenu cinq sièges, ce qui fait que la majorité absolue à Westminster était en conséquence ramenée à 323 sièges.

(Guy Kerivel pour le service français)

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