Au plénum du PC chinois, la croissance avant les réformes

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PLÉNUM DU PC CHINOIS À PEKIN
PLÉNUM DU PC CHINOIS À PEKIN

par Kevin Yao

PEKIN (Reuters) - Le comité central du Parti communiste chinois (PCC) se réunit en plénum de lundi à jeudi avec pour objectif l'élaboration du 13e plan quinquennal, qui devrait, sur la période 2016-2020, privilégier pour la deuxième économie mondiale la croissance aux dépens des réformes.

Pékin aura besoin d'une croissance moyenne de l'ordre de près de 7% par an dans les cinq ans à venir pour atteindre son objectif affiché de doubler le PIB et le revenu par habitant en 2020 par rapport à leurs niveaux de 2010.

"Nous devrons nous reposer sur des mesures de stimulation pour préserver l'objectif de croissance de 7%", déclare un économiste d'un think-tank du gouvernement, qui ajoute: "Nous ne devrions pas placer la libéralisation financière en tête des réformes économiques".

Yi Gang, vice-gouverneur de la banque centrale de Chine, a déclaré samedi, lors d'un discours à une conférence à Pékin, que le pays serait à même de maintenir la croissance entre 6% et 7% dans les trois à cinq ans à venir.

Cité le même jour sur le site internet du gouvernement central, le Premier ministre Li Keqiang a affirmé que le chiffre de 7% n'avait jamais été énoncé comme objectif pour cette année.

"Nous n'avons jamais dit qu'il fallait défendre un objectif jusqu'à la mort, mais simplement que l'économie devait évoluer dans une marge raisonnable", a-t-il dit selon le résumé paraphrasé d'un discours prononcé vendredi à l'Ecole centrale du Parti, qui forme les cadres du pouvoir.

Le plongeon du marché boursier chinois et les retombées inattendues de la modeste dévaluation du yuan laissent craindre à la classe dirigeante chinoise un ralentissement brutal de la croissance susceptible de provoquer des risques systémiques et de déstabiliser l'économie.

Au troisième trimestre 2015, la croissance de la Chine est tombée sous les 7% en rythme annuel, pour la première fois depuis la crise financière mondiale. Le PIB n'a progressé que de 6,9% selon le Bureau national de la statistique, chiffre toutefois légèrement supérieur aux prévisions de 50 économistes interrogés par Reuters, qui tablaient plutôt sur 6,8%.

Le Fonds monétaire international (FMI) s'attend à une croissance de 6,8% pour cette année en Chine et à une poursuite du ralentissement, à 6,3%, en 2016.

Les exportations de la Chine se sont contractées en septembre, de 3,7% sur un an, tandis que les importations, elles, ont chuté de 20,4%, un 11e mois consécutif de baisse.

D'ores et déjà, la banque centrale chinoise a annoncé, vendredi, une baisse de ses taux d'intérêt, la sixième en 11 mois, et a de nouveau réduit le montant des liquidités que les banques doivent garder en réserves, dans le but de stimuler le crédit et l'activité économique.

"Il semble que la croissance l'emporte sur un programme de réformes, ce qui pourrait stabiliser le marché à court terme tout en augmentant les facteurs de déstabilisation à moyen terme", dit Zhou Hao, économiste chez Commerzbank à Singapour, à propos des perspectives pour le prochain plan quinquennal.

MESURES ENVIRONNEMENTALES

L'Etat devrait relancer les dépenses d'investissement dans le cadre du 13e plan, moyen privilégié en Chine pour doper l'économie, dans le cadre des efforts d'intégration régionale et du projet "Nouvelle route de la soie", lequel vise à développer l'économie nationale en développant les moyens de transport vers l'Europe.

En juin, Reuters rapportait que la Chine pourrait viser une croissance "de l'ordre de 7%" l'an pour les cinq années à venir, mais depuis lors la situation s'est détériorée sur les marchés et sur le plan économique.

L'accent que devrait mettre le plénum du comité central sur la croissance risque de soulever des questions sur la détermination qu'avaient affichée les dirigeants chinois, lors d'une réunion du PCC en 2013, à atteindre des "résultats décisifs" d'ici 2020 en matière de réformes économiques à grande échelle.

Le président Xi Jinping a réaffirmé en effet son engagement en faveur de réformes basées sur le marché, afin de redorer l'image réformiste de son gouvernement après les interventions marquées de l'Etat sur les marchés boursiers et monétaires.

Si les mesures précises qui seront sans doute prises par le plénum n'ont pas été détaillées, au-delà de l'intention de construire des infrastructures routières ou ferroviaires à travers l'Asie centrale, les analystes attendent de cette réunion du comité central qu'il présente aussi une série de mesures dans le domaine de l'environnement.

La croissance des énergies renouvelables devrait être le principe directeur de ces initiatives, ce qui serait de nature à doper la demande de cuivre et d'aluminium, notamment, car le réseau électrique devra être modernisé et relié à des projets solaires, éoliens et hydrauliques.

(Eric Faye pour le service français)

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