Au Nigeria, le chef emblématique de Boko Haram s'oppose à l'EI

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    * L'EI a nommé un nouveau chef de Boko Haram 
    * Le dirigeant historique du groupe dénonce sa stratégie 
    * Divisions et revers militaires fragilisent les djihadistes 
 
    par Felix Onuah 
    ABUJA, 7 août (Reuters) - L'apparent rejet par le chef 
historique de Boko Haram du nouveau dirigeant du groupe désigné 
par l'organisation djihadiste Etat islamique (EI) expose au 
grand jour les divisions au sein de la mouvance islamiste 
nigériane après de nombreux revers militaires subis au cours des 
deux dernières années. 
    Abou Moussab al Barnawi, présenté par le magazine de l'EI 
comme le nouveau chef de sa branche nigériane, était considéré 
depuis des mois par les experts comme à la tête d'une faction 
dissidente de Boko Haram privilégiant les attaques contre 
l'armée plutôt que les massacres indiscriminés qui sont la 
marque de fabrique du groupe depuis qu'il est passé sous la 
coupe d'Aboubakar Shekau. 
    Selon un expert occidental, la faction d'Al Barnawi est 
implantée au nord-est de Maiduguri, la capitale de l'Etat de 
Borno, où a débuté il y a sept ans l'insurrection de Boko Haram 
visant à créer un califat islamique. 
    Cette situation géographique aux portes du désert du Sahara 
a permis à Al Barnawi de tisser des liens avec la branche 
libyenne de l'EI, organisation à laquelle Boko Haram a 
formellement prêté allégeance l'an dernier. 
    Mais la stratégie du chef désigné par l'EI ne fait 
semble-t-il pas l'unanimité au sein du groupe nigérian. 
    Dans un enregistrement audio de dix minutes diffusé mercredi 
sur les réseaux sociaux, un homme disant être Aboubakar Shekau, 
plusieurs fois annoncé mort, s'en est pris à Al Barnawi en lui 
reprochant de penser qu'il est possible pour un musulman de 
vivre au milieu de non musulmans sans prendre les armes. 
    "Je suis contre le principe selon lequel il serait possible 
de vivre dans une société aux côtés des infidèles sans exprimer 
publiquement son opposition ou sa colère", dit Aboubakar Shekau 
en s'exprimant en langue haoussa. 
    "Quiconque ferait cela ne peut pas être un vrai musulman." 
    Shekau était coutumier des vidéos dans lesquelles, le corps 
bardé de cartouchières et un fusil automatique à la main, il 
lançait ses diatribes contre le pouvoir nigérian et les pays 
occidentaux. 
    Le fait qu'il n'y en ait plus eu depuis le mois de mars a 
alimenté les spéculations sur le fait qu'il aurait été blessé, 
qu'il serait gravement malade, voire qu'il serait mort. 
     
    SUR LE RECULOIR 
    Ces spéculations devraient persister après la diffusion d'un 
simple enregistrement audio, qui laisse penser qu'il pourrait ne 
pas être en pleine possession de ses moyens ou que ses capacités 
opérationnelles sont fortement réduites depuis que ses troupes, 
traquées par l'armée nigériane, ont dû trouver refuge dans les 
profondeurs de la forêt de Sambisa, frontalière du Cameroun. 
    "Shekau et sa clique sont terrés dans la Sambisa, où ils 
subissent la pression de l'armée nigériane", dit la source 
occidentale. "Leur existence n'est pas encore remise en cause 
mais ils n'ont plus autant de liberté de mouvement qu'avant." 
    Les signes de division interne sont en tout cas une source 
d'optimisme pour le président nigérian Muhammadu Buhari, élu 
l'an dernier sur la promesse d'éradiquer la menace islamiste. 
    Boko Haram, qui signifie "l'éducation occidentale est un 
péché" en haoussa, a été mis sur le reculoir ces 18 derniers 
mois par les armées nigériane, tchadienne, camerounaise et 
nigérienne. 
    Sous le commandement de Shekau, le groupe a provoqué la mort 
de plus de 15.000 personnes, en a déplacé deux millions d'autres 
et s'est assuré une notoriété internationale en enlevant plus de 
200 lycéennes à Chibok en avril 2014. 
    Dans l'entretien publié dans le magazine de l'EI, Al Saba, 
Al Barnawi assure que Boko Haram est "encore une force avec 
laquelle il faut compter" et dit avoir reçu des renforts. 
    Sous sa direction, le groupe semble concentrer ses attaques 
contre l'armée nigériane plutôt que contre les civils, victimes 
de nombreux attentats visant des marchés, des mosquées ou des 
camps de déplacés au cours de l'année écoulée. 
    "Dans la logique de Shekau, il est permis de tuer les 
déplacés dans les camps", note Fulan Nasrullah, un expert en 
sécurité basé dans le nord du Nigeria, qui souligne que la 
faction adoubée par l'EI n'a en revanche pas validé cette 
stratégie. 
    D'après Nasrullah, l'EI a tenté de réconcilier les factions 
d'Al Barnawi et de Shekau mais face à la défiance de ce dernier, 
l'organisation djihadiste a choisi de le supplanter, quand bien 
même il dispose toujours du plus grand nombre de combattants. 
 
 (Tangi Salaün pour le service français) 
 
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