Au moins 30 morts dans un double attentat à Ankara

le , mis à jour à 13:15
0

(Actualisé avec précisions, réactions § 3-6-8-11-12-13) par Ece Toksabay et Orhan Coskun ANKARA, 10 octobre (Reuters) - Un double attentat à la bombe a fait 30 morts et 126 blessés samedi dans le centre d'Ankara, devant la gare de la capitale turque où se rassemblaient des centaines de manifestants pacifistes, selon un premier bilan communiqué par le ministère de l'Intérieur. Un journaliste de Reuters arrivé sur les lieux a dénombré au moins vingt corps allongés au sol, recouverts de drapeaux et de bannières. La double explosion n'a pas été revendiquée. Les autorités, qui ont dénoncé une "attaque terroriste", tentent de déterminer si elle est l'oeuvre de kamikazes. Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a réuni les membres de son conseil de sécurité intérieure à 12h00 (09h00 GMT), ont annoncé les services du chef du gouvernement. D'après des témoins, les deux explosions se sont produites à quelques secondes d'intervalle peu après 10h00 (07h00 GMT) alors que les participants à une "marche pour la paix" commençaient à se rassembler pour dénoncer la reprise des violences dans le sud-est du pays à l'appel de syndicats et d'associations de la société civile. La Turquie, à l'approche des élections législatives du 1er novembre où le parti AKP du président Recep Tayyip Erdogan espère retrouver sa majorité absolue perdue aux élections de juin, connaît depuis l'été un nouveau cycle d'affrontements entre les forces de sécurité et les séparatistes du Parti des travailleurs des Kurdistan (PKK) qui ont fait depuis plusieurs centaines de morts. "ATTAQUE IMPLACABLE ET BARBARE" Parmi la foule errant en état de sidération devant la gare, de nombreux manifestants portaient les drapeaux du Parti démocratique des peuples (HDP), formation aux racines prokurdes. Son dirigeant, Selahattin Demirtas, a déclaré que l'attaque d'Ankara s'inscrivait dans la continuité des attaques commises contre un rassemblement électoral de son parti à Diyarbakir, où deux personnes avaient été tuées et une centaine d'autres blessées à l'avant-veille des élections du 7 juin, et à Suruç, dans le sud de la Turquie, près de la frontière syrienne, où un attentat suicide imputé à l'organisation djihadiste Etat islamique (EI) a fait 32 morts le 20 juillet dernier. "Nous sommes face à un massacre très lourd. Une attaque féroce et barbare a été menée. C'est un prolongement ressemblant exactement à ce qui s'est passé à Diyarbakir et à Suruç", a-t-il dit à la télévision. La Turquie, Etat membre de l'Otan, vit en alerte renforcée depuis que Recep Tayyip Erdogan, après l'attentat de Suruç, a déclenché une "guerre synchronisée contre le terrorisme" contre l'EI en Syrie et contre des bases arrière du PKK dans le nord de l'Irak. Erdogan a annulé tous ses engagements de la journée, de même que Selahattin Demirtas et Kemal Kiliçdaroglu, le chef de file du principal parti de l'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP). "Nous sommes prêts à nous rassembler et à travailler dans la sincérité pour en finir avec le terrorisme", a dit ce dernier. Dans un communiqué, le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjorn Jagland, a dénoncé "une attaque implacable et barbare contre des manifestants pacifiques". "La liberté de rassemblement et la liberté d'expression sont des piliers fondamentaux de la démocratie", ajoute-t-il. (Henri-Pierre André pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant