Au moins 24 morts dans les violences politiques en Egypte

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VIOLENCES POLITIQUES EN ÉGYPTE
VIOLENCES POLITIQUES EN ÉGYPTE

par Mike Collett-White et Alastair Macdonald

LE CAIRE (Reuters) - Au moins 24 personnes ont été tuées vendredi en Egypte, où les islamistes manifestaient leur colère contre l'éviction du président Mohamed Morsi, victime de ce qu'ils considèrent comme un "coup d'Etat militaire".

Deux jours après le renversement du premier président démocratiquement élu de l'histoire du pays, les libéraux du Front de salut national (FSN) avaient également appelé leurs militants à descendre dans les rues pour "protéger la révolution du 30 juin".

Les affrontements les plus meurtriers se sont produits à Alexandrie, la deuxième ville du pays, où douze personnes ont été tuées et 200 autres blessées, selon le chef des services d'urgence de la ville.

Au Caire, cinq personnes ont été tuées tandis que des affrontements ont opposé des centaines de partisans et d'adversaires de Morsi à la tombée de la nuit dans le centre de la capitale.

Ces violents incidents, au soir de la journée de mobilisation du camp islamiste, se sont poursuivis pendant plusieurs heures.

En tout début de soirée, des manifestants islamistes s'étaient rassemblés près du siège de la radiotélévision publique, sur les rives du Nil, à moins d'un kilomètre de la place Tahrir, épicentre de la mobilisation des anti-Morsi.

De brèves échauffourées ont éclaté sur le pont du 6-Octobre entre des groupes de manifestants très mobiles.

Le calme est revenu en fin de soirée lorsque l'armée a déployé des blindés et des véhicules de transport de troupes en fin de soirée.

Dans l'après-midi, trois manifestants islamistes avaient été tués par balle devant la caserne de la Garde républicaine où est détenu Mohamed Morsi depuis sa destitution par l'armée, mercredi soir. L'armée a pour sa part affirmé que les soldats n'avaient tiré que des balles à blanc et des grenades lacrymogènes pour maîtriser la foule.

Dans le nord du Sinaï, cinq policiers ont été tués par balles dans des incidents distincts à El Arish, sans que l'on sache avec précision si ces attaques, qui avaient débuté la veille au soir, sont liées à la situation politique qui prévaut depuis la destitution de Morsi par l'armée.

Le Sinaï, où opèrent des groupes djihadistes en connexion avec Al Qaïda ainsi que des réseaux de contrebande avec la bande de Gaza voisine, est en proie à une instabilité récurrente et le pouvoir égyptien a dû mal à rétablir son autorité depuis le renversement d'Hosni Moubarak, en février 2011.

LE CALENDRIER DE LA "FEUILLE DE ROUTE" RESTE FLOU

Des dizaines de milliers de partisans des Frères musulmans se sont rassemblés vendredi aux abords d'une mosquée de la banlieue du Caire pour entendre Mohamed Badie, le guide suprême des Frères musulmans dont la rumeur avait couru qu'il était lui aussi aux arrêts.

Badie s'est dit prêt à un accord avec l'armée à condition que Morsi soit au préalable rétabli dans ses fonctions de président. "Nos poitrines sont plus fortes que leurs balles", a-t-il dit tout en appelant à "achever la révolution", alors qu'un hélicoptère militaire survolait le rassemblement.

Des manifestations ont également rassemblé des milliers de personnes à Alexandrie, Assiout, Suez, El Arish et des affrontements ont éclaté avec l'armée à Suez et Ismaïlia, sur le canal de Suez, selon des témoins et des sources de sécurité.

En destituant mercredi le chef de l'Etat, un peu plus d'un an après sa prise de fonction, l'armée a annoncé la mise en place prochain d'un gouvernement provisoire soutenu par les groupes libéraux avant la tenue de nouvelles élections.

Mais plus de quarante-huit heures après l'intervention des militaires, le calendrier de la transition demeure flou.

Dans une interview accordée à Reuters, Hamdine Sabahi, figure de la gauche égyptienne arrivé en troisième position du premier tour de la présidentielle, l'an dernier, a estimé que la future Constitution pourrait être prête d'ici six mois.

Un nouveau Premier ministre pourrait être nommé ce samedi. Il pourrait s'agir de Mohamed ElBaradeï, désigné par le Front de salut national comme son interlocuteur principal.

RÉPRESSION CONTRE LES ISLAMISTES

Dans l'intervalle, la Chambre haute du parlement, le Conseil de la Choura, a été dissoute vendredi et un nouveau chef des services de renseignement, Mohamed Ahmed Farid, a été nommé.

Et la répression qui s'est abattue dès la destitution de Morsi sur le camp islamiste s'est poursuivie.

Après le prédicateur salafiste Hazem Salah Abou Ismaïl, accusé d'incitation à la violence, c'est un des plus hauts responsables des Frères musulmans, Khaïrat al Chater, qui était arrêté à son tour, a-t-on appris dans la nuit de vendredi à samedi auprès de son parti et de sources sécuritaires.

Homme d'affaires, considéré comme le principal architecte de la stratégie politique de la confrérie, Chater avait brigué l'an dernier la présidence. L'invalidation de sa candidature avait poussé les Frères à présenter la candidature de Morsi.

Pour le porte-parole de la confrérie islamiste Gehad El-Haddad, "c'est le retour du vieil Etat policier de Moubarak avec tous les ingrédients et le cauchemar que nous vivions avant la révolution du 25 janvier (2011)". "C'est comme si nous avions enfoncé la touche retour en arrière", insiste-t-il.

La justice a cependant ordonné vendredi la libération de Saad el Katatni, le chef du Parti liberté et justice (PLJ), émanation politique des Frères, et de Rachad al Bayoumi, l'un de ses adjoints, arrêtés la veille, dans l'attente des résultats de l'enquête pour incitation à la violence qui les vise.

Avec Asma Alsharif, Mike Collett-White, Alexander Dziadosz, Maggie Fick, Alastair Macdonald, Sarah McFarlane, Shadia Nasralla, Tom Perry, Yasmine Saleh, Paul Taylor et Patrick Werr au Caire et Abdelrahman Youssef à Alexandrie; Guy Kerivel, Hélène Duvigneau et Henri-Pierre André pour le service français

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