Au moins 10.000 morts après le passage du typhon aux Philippines

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LE TYPHON HAIYAN AURAIT FAIT AU MOINS 10.000 MORTS AUX PHILIPPINES
LE TYPHON HAIYAN AURAIT FAIT AU MOINS 10.000 MORTS AUX PHILIPPINES

par Manuel Mogato

TACLOBAN, Philippines (Reuters) - Le typhon Haiyan, l'un des plus puissants jamais enregistrés, a fait au moins 10.000 morts dans le centre des Philippines, a déclaré dimanche un responsable de la police, tandis que des villages, noyés sous les vagues, étaient rayés de la carte.

Le cyclone a détruit 70 à 80% des zones qu'il a balayées vendredi et samedi dans la province de Leyte, indique le commissaire Elmer Soria. Les secours ont du mal à atteindre les villages ravagés le long de la côte. Les habitants hébétés sont à la recherche de leurs proches disparus ou en quête de vivres.

"Les gens qui marchent, on dirait des zombies à la recherche de nourriture", raconte Jenny Chu, étudiante en médecine à Leyte. "On se croirait dans un film."

Selon les ONG humanitaires, les services de secours sont déjà débordés aux Philippines car le pays a subi un séisme meurtrier, de magnitude 7,2, le 15 octobre dans la province de Bohol (centre), et aussi en raison du nombre important de déplacés par le conflit avec les rebelles musulmans dans la province méridionale de Zamboanga.

Le Programme alimentaire mondial (Pam) a annoncé l'envoi par avion de 40 tonnes de biscuits énergétiques, assez pour nourrir 120.000 personnes pour une journée, ainsi que des fournitures d'urgence et des équipements de télécommunications.

La Commission européenne a fait savoir qu'elle débloquait trois millions d'euros pour venir en aide aux victimes de la catastrophe. L'ambassade des Etats-Unis à Manille a annoncé un don de 100.000 dollars sous forme d'aide médicale et de livraisons d'eau. De son côté, l'Australie donne 15,5 millions de pesos (359.000 dollars US) sous forme de fournitures.

La plupart des morts semblent avoir été causées par la montée des eaux charriant des débris décrite par plusieurs personnes comme ressemblant à un tsunami, avec des maisons rasées et des milliers de personnes noyées.

Des vents atteignant 313 km/h, avec des pointes à 378 km/h, ont été enregistrés et la montée des eaux a englouti des localités situées jusqu'à un kilomètre à l'intérieur des terres.

"Nous avons eu une réunion la nuit dernière avec le gouverneur et les autres responsables. Le gouverneur a dit que selon les estimations, 10.000 personnes sont mortes", a déclaré le commissaire Soria. "Les dégâts sont énormes."

ÉVACUATIONS MASSIVES AU VIETNAM

Trois cents personnes sont mortes dans la province de Samar, voisine de celle de Leyte, et 2.000 autres sont portées disparues. Dans un précédent bilan, les autorités évoquaient plus de 1.200 morts, dont mille dans la seule province de Leyte. Ni l'agence nationale des secours ni le gouvernement n'ont confirmé le nouveau décompte.

Plus de 480.000 personnes ont été déplacées et 4,5 millions "touchées" d'une manière ou d'une autre par le typhon dans 36 provinces, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (BCAH).

Le typhon, qui a traversé d'est en ouest l'archipel philippin, s'est nettement atténué en approchant dimanche les côtes du Vietnam, où des évacuations massives ont été ordonnées.

Les autorités ont fait état de la mort de six personnes et évoqué plusieurs dizaines de blessés par les vents violents qui se sont abattus sur le centre du pays à l'approche du cyclone.

Selon le site du gouvernement, 883.000 personnes dans onze provinces du centre du Vietnam ont été déplacées vers des zones plus sûres. Bien que plus faible, le typhon devrait provoquer pluies torrentielles, inondations et des glissements de terrain en remontant en direction de la mer de Chine méridionale.

Aux Philippines, située dans la province de Leyte, à 580 km au sud-est de Manille, la ville de Tacloban (220.000 habitants), a subi les plus gros dégâts.

Le président Benigno Aquino a indiqué que 300 soldats et policiers avaient été déployés pour rétablir l'ordre et il envisageait de décréter la loi martiale ou l'état d'urgence à Tacloban, où des scènes de pillage ont été signalées dans plusieurs magasins.

Le typhon a laissé dans son sillage des zones inondées où flottent des cadavres, des routes encombrées par les chutes d'arbres ou de pylônes, des maisons détruites.

Une ressortissante australienne d'origine philippine, Mila Ward, était sur l'île de Leyte, pour rendre visite à sa famille, lorsque le cyclone a balayé la région. Elle dit avoir vu des centaines de corps dans les rues "recouverts de draps, de couvertures, de plastique. C'étaient des femmes et des enfants".

"ON DIRAIT LA FIN DU MONDE"

"Vu d'un hélicoptère, on voit l'étendue de la dévastation. A partir du rivage et jusqu'à un kilomètre à l'intérieur des terres, il n'y a plus une structure debout. C'était comme un tsunami", a déclaré le ministre de l'Intérieur Manuel Roxas. "Je ne sais pas comment décrire ce que j'ai vu. C'est terrifiant."

Des camions chargés de vivres et de tentes ont été pris d'assaut sur un pont à Leyte, raconte le président de la Croix-Rouge des Philippines Richard Gordon.

Tecson John Lim, un responsable de la municipalité de Tacloban, déclare que la ville n'a récupéré que 300 à 400 corps mais juge plausible le bilan de 10.000 morts. "Les morts sont dans les rues, dans leurs maisons, ils sont sous les gravats, ils sont partout", a-t-il dit.

Les dégâts s'étendent bien au delà de Tacloban. La quasi-totalité des Visayas serait touchée. C'est une des trois grandes régions de l'archipel philippin comprenant d'importantes îles et notamment Leyte, Cebu et Samar.

Baco, ville de 35.000 habitants dans la province du Mindoro Oriental, est à 80% sous l'eau, signalent les Nations unies. Les autorités n'ont pas encore pu rétablir les communications avec Guiuan, ville de 40.000 âmes qui fut la première touchée.

De nombreux touristes se retrouvent coincés. Nancy Chan, venue de Chine en voyage d'affaires à Tacloban, raconte que l'eau de mer est montée jusqu'au deuxième niveau de son hôtel. Elle dit avoir marché trois heures dans la boue et les débris pour atteindre l'aéroport et pouvoir être évacuée par l'armée.

"On dirait la fin du monde", a-t-elle témoigné.

L'aéroport de Tacloban a été pratiquement détruit par la montée des eaux qui ont envahi les lieux, détruisant les vitres de la tour de contrôle, rasant le terminal et renversant les véhicules garés à proximité.

Jean-Stéphane Brosse, Danielle Rouquié et Eric Faye pour le service français

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