Au Mali, l'armée française traque les islamistes puits par puits

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par Joe Penney Nord de Tombouctou, Mali, 21 novembre (Reuters) - Si l'armée française et ses alliés veulent parvenir à éradiquer la présence d'Al Qaïda dans le désert du nord du Mali, il leur faut empêcher les combattants islamistes de s'emparer des seuls trophées que cette mer de sable peut offrir: ses puits. C'est précisément à cette fin qu'une colonne de soldats français, burkinabés et maliens a pris la direction d'un village au nord de Tombouctou où les éleveurs viennent abreuver leurs chameaux et leurs chèvres. Leur objectif est avant tout de trouver des traces du passage de militants islamistes, qui ont tout autant besoin d'eau que les habitants de la région et qui sont susceptibles de vouloir convertir les villageois à leur idéologie. Pour éliminer les djihadistes, l'objectif de l'opération Barkhane, la France recourt à un arsenal de drones, d'avions de chasse et d'hélicoptères, mais la clé du succès réside avant tout dans sa capacité à gagner la confiance des habitants en allant au contact de la population. "Si la Minusma (la force maintien de la paix au Mali mandatée par l'Onu) et la France s'en vont, nous retournerons en Mauritanie", prévient Mohamed Ould Aboubacar, 67 ans, revenu le mois dernier dans son village en provenance d'un camp de réfugiés. Lors de leur passage dans cette localité, que Reuters n'identifiera pas pour des raison de sécurité, les militaires français ont d'abord interrogé le chef du village sur sa santé et l'état du puits avant de lui demander s'il avait vu passer des inconnus ou des étrangers. Cette fois-là, le chef du village leur a répondu n'avoir vu que des éleveurs de chameaux assoiffés. La France a lancé son opération au Mali en janvier 2013 pour éliminer les combattants qui avaient pris le contrôle du nord du pays, dispersant les rebelles qui ont ensuite trouvé refuge dans la région de Kidal ou de l'autre côté des frontières avec l'Algérie et la Libye. Mais elle a désormais un problème: contenir la poussée des combattants islamistes requiert un engagement sur le long terme et l'armée malienne n'est pas encore prête à prendre le relais. "Les institutions existent au Mali. Elles ont simplement besoin d'être mises en route", déclare le colonel Jean-Michel Luccitti, commandant en chef des forces françaises au Mali. Le Mali a de son côté ouvert jeudi des discussions à Alger avec des rebelles, Touaregs pour la plupart, dans l'espoir de mettre fin à des décennies d'insurrection dans le nord du pays. En cas de succès, les forces maliennes qui combattent ces insurgés pourraient être redéployées, apportant un soutien bienvenu dans la lutte contre les combattants d'Al Qaïda, a expliqué l'officier français. (Joe Penney; Nicolas Delame pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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