Au Liban, le pape plaide pour l'arrêt du conflit syrien

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BENOÎT XVI ENTAME SA VISITE AU LIBAN
BENOÎT XVI ENTAME SA VISITE AU LIBAN

par Tom Heneghan et Philip Pullella

BEYROUTH (Reuters) - A l'entame d'une délicate visite de trois jours au Liban, Benoît XVI a plaidé, vendredi, pour l'arrêt des livraisons d'armes à la Syrie comme moyen de mettre fin au conflit qui déchire ce pays depuis dix-huit mois.

Le souverain pontife, qui s'exprimait à bord de l'avion le conduisant à Beyrouth, a jugé que le "printemps arabe" devait être considéré comme "un cri pour la liberté" s'il s'exprime dans le respect de la tolérance religieuse.

"Les importations d'armes doivent cesser", a estimé le pape. "Sans l'importation d'armes, la guerre ne peut pas continuer. Au lieu d'importer des armes, ce qui est un grave péché, nous devons importer des idées de paix et de créativité", a-t-il ajouté.

Benoît XVI a jugé que les soulèvements contre les régimes autoritaires du monde arabe constituaient "une chose positive. Il y a une aspiration à plus de démocratie, plus de libertés, plus de coopération et de renouveau", a-t-il poursuivi.

Interrogé sur les craintes que les chrétiens éprouvent face aux agressions croissantes des islamistes radicaux, le pape a affirmé que "le fondamentalisme est toujours une falsification de la religion".

Benoît XVI a été accueilli à son arrivée à Beyrouth par des représentants des communautés chrétienne, sunite et druze ainsi que par les dirigeants politiques libanais.

CONTEXTE TENDU

Ce 24e voyage du souverain pontife à l'étranger, son quatrième au Proche-Orient, depuis son élection en 2005 intervient dans contexte tendu dans le monde arabe après la diffusion partielle d'une vidéo islamophobe réalisée aux Etats-Unis.

Dans la ville de Tripoli, dans le nord du pays, des affrontements entre des manifestants anti-occidentaux, qui tentaient d'investir un immeuble gouvernemental, et les forces de sécurité ont fait un mort et deux blessés. Douze membres des forces de l'ordre ont été blessés par des jets de pierres.

Plusieurs centaines de personnes ont brûlé un restaurant fast-food Kentucky Fried Chicken, scandant des slogans hostiles à la visite papale et aux Etats-Unis.

Selon un journaliste de Reuters présent sur place, des résidents locaux qui observaient l'attaque de l'établissement ont crié: "Nous ne voulons pas du pape" et "Assez d'insultes (à l'islam)".

La poursuite de la guerre civile en Syrie a eu un effet contagieux au Liban avec un accroissement des tensions entre les sunnites, qui soutiennent dans leur majorité le soulèvement contre Bachar al Assad, et les chiites qui restent globalement fidèles à la minorité alaouite (émanation du chiisme) au pouvoir à Damas.

Le Liban "apporte sûrement la preuve à tout le Moyen-Orient et au reste du monde" que les chrétiens peuvent vivre en paix avec les autres Eglises et les autres religions, a dit Benoît XVI.

"Cet équilibre, qui est présenté comme un exemple partout ailleurs, est extrêmement fragile", a-t-il reconnu.

Dans les quartiers chrétiens de Beyrouth, des portraits du pape ont été placardés dans les rues et les cloches des églises ont sonné vendredi matin.

EXODE DES CHRÉTIENS

Selon le journal Al Nahar, qui titrait "Le pape est avec nous", plus de 5.000 soldats et membres des forces de l'ordre ont été déployés pour assurer la sécurité du voyage apostolique.

Benoît XVI avait provoqué la colère du monde musulman au début de son pontificat en affirmant que l'islam était une religion violente et irrationnelle.

Le chef de l'Eglise catholique avait ensuite modéré ses paroles et des visites en Jordanie en 2009 et en Turquie en 2011 avaient aidé à apaiser les esprits.

Au cours de son voyage qui s'achève dimanche, le pape va appeler les chrétiens à ne pas quitter le Moyen-Orient qui est le berceau de la foi.

Le Vatican est particulièrement inquiet de l'exode des chrétiens vivant dans la région. Selon des estimations, ils n'y représentent plus que 5% de la population contre 20% il y a un siècle. La population actuelle de 12 millions de chrétiens pourrait diminuer de moitié d'ici 2020 si les conditions de sécurité ne s'améliorent pas et si le taux de natalité reste faible.

Ce voyage sera l'occasion pour Benoît XVI de dévoiler un document appelé "exhortation apostolique", qui se fonde sur les résultats d'un synode des évêques catholiques sur le Moyen-Orient tenu à Rome en 2010.

Cette assemblée avait abordé des thèmes comme la sécurité régionale, l'exode des chrétiens, ainsi que la nécessité d'une solution au conflit israélo-palestinien. Tous ces sujets devraient être abordés dans le document et dans les discours du pape.

Il participera à deux grands événements en plein air et rencontrera les responsables politiques libanais ainsi que les représentants de toutes les communautés musulmanes et chrétiennes du pays, qui sont nombreuses.

Les organisateurs ont reçu des "garanties raisonnables" que la visite ne serait pas perturbée.

Baptiste Bouthier, Jean-Philippe Lefief et Pierre Sérisier pour le service français

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