Au Kenya, François dénonce les inégalités et la radicalisation

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 (Actualisé après discours dans un stade) 
    par Philip Pullella et George Obulutsa 
    NAIROBI, 27 novembre (Reuters) - Le pape François, au 
troisième jour de sa visite en Afrique, a dénoncé vendredi les 
"blessures" de la pauvreté et mis en garde la jeunesse kényane 
contre les idéologies "fanatiques". 
    Arrivé mercredi au Kenya, première étape d'un voyage de cinq 
jours en Afrique qui le conduira également en Ouganda puis en 
Centrafrique, le chef de l'Eglise catholique est allé au contact 
de la jeunesse au stade Kasarani de Nairobi, la capitale. 
    S'écartant comme à l'accoutumée du texte écrit de son 
discours, il a plaidé pour le dialogue entre les religions et 
souligné que nul ne pouvait invoquer le nom de Dieu pour 
justifier la violence. 
    Le Kenya, dont l'armée est engagée en Somalie contre les 
islamistes Chabaab, a été le théâtre d'attaques et d'attentats, 
comme la tuerie sur le campus universitaire de Garissa, en 
avril, où 148 personnes, des chrétiens pour la plupart, ont été 
assassinées par un commando des miliciens islamistes somaliens. 
    "L'esprit du mal nous entraîne vers une absence d'unité, 
vers le tribalisme, la corruption et les drogues. Il nous 
entraîne vers la destruction par fanatisme", a lancé le pape 
François. 
    "Dieu est bien plus fort que toutes les campagnes de 
recrutement", a-t-il poursuivi, appelant son auditoire à veiller 
à ceux que le "danger social" pousse vers la radicalité et à ne 
pas les laisser seuls, mais au contraire à les intégrer dans des 
groupes et, pourquoi pas, les inviter à "venir au stade et 
regarder du football".  
    "Ne les laissez pas livrés à eux-mêmes", les a-t-il 
exhortés. 
     
    LES "BLESSURES" DE L'EXCLUSION URBAINE 
    François s'était rendu auparavant à Kangemi, un bidonville 
de Nairobi aux ruelles défoncées, aux égouts à ciel ouvert et 
aux cabanes de tôle, situées à quelques centaines de mètres à 
peine d'élégants complexes résidentiels.  
    Kangemi et les zones de ce type, a-t-il dit, sont des 
"blessures infligées" à la population "par des minorités qui 
concentrent le pouvoir et la richesse". 
    S'adressant aux habitants et à des employés d'associations 
caritatives dans l'église Saint-Joseph-le-Travailleur, le pape a 
dénoncé "l'épouvantable injustice de l'exclusion urbaine". 
    "Ce sont des blessures provoquées par des minorités qui 
concentrent le pouvoir et la richesse, qui gaspillent 
égoïstement pendant qu'une majorité croissante est obligée de 
fuir vers les périphéries abandonnées, sales et délabrées", 
a-t-il dit.  
    Le souverain pontife, qui fait de la lutte contre la 
pauvreté et les inégalités sociales un des axes majeurs de son 
pontificat, a encore critiqué "les promoteurs privés anonymes 
qui accaparent des terrains et cherchent même à s'approprier les 
cours de récréation de vos écoles".  
    Il a estimé que le manque de ressources de base était un 
défi essentiel pour l'humanité. "Notre monde a une grande dette 
sociale envers les pauvres qui n'ont pas accès l'eau potable", 
a-t-il déclaré. "Aucun prétexte bureaucratique" ne peut 
justifier de priver une famille d'eau potable selon lui. 
    Le pape a ajouté que l'Afrique n'était pas seule à devoir 
affronter un "nouveau colonialisme", un thème qu'il a déjà 
développé à l'occasion de précédents voyages à l'étranger en 
dénonçant notamment les tenants des programmes d'austérité qui 
frappent prioritairement les populations modestes.  
    Le chef de l'Eglise catholique, qui effectue son premier 
voyage en Afrique depuis son élection en mars 2013, quittera 
dans la journée le Kenya pour l'Ouganda, avant de se rendre 
dimanche en République centrafricaine.  
 
 (Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 
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