Au front syrien, les combattantes kurdes font figure d'exception

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Les cheveux découverts, elle lance des ordres à des combattants kurdes à la mine patibulaire qui la dépassent de plusieurs têtes: la commandante Engizek détonne aumilieu des rangs quasi-exclusivement masculins de la rébellion syrienne.

Cette petite femme frêle dirige des dizaines de combattants kurdes dans le quartier de Cheikh Maqsoud aux mains des rebelles dans le nord d'Alep, la capitale économique syrienne entrée dans la guerre il y a neuf mois.

"Les femmes peuvent tirer au fusil automatique, à la kalachnikov et même dans un char, aussi bien que les hommes", dit Engizek, 28 ans, vêtue d'un pantalon et d'une veste beige, les cheveux strictement attachés.

"Les femmes sont partie intégrante de notre révolution", affirme-t-elle à l'AFP dans une rue déserte de Cheikh Maqsoud au milieu de bâtiments détruits par des explosions ou criblés d'impacts de balles, alors que résonnent les tirs des snipers.

La brigade d'Engizek compte 20% de femmes et dépend des comités de protection du peuple kurde (YPG), bras armé du Parti de l'union démocratique (PYD), branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, rebelles kurdes en Turquie).

A Cheikh Maqsoud, les comités se sont récemment alliés aux rebelles dans leur combat contre le régime de Bachar al-Assad.

Contrairement aux Arabes, les femmes kurdes ont une longue tradition de combat. Les combattantes du PKK ont connu une notoriété mondiale dans les années 1990, notamment en menant des opérations suicide.

Engizek, qui n'a qu'un seul patronyme, affirme que les combattants du YPG, hommes et femmes, suivent le même entraînement strict, montent ensemble au front et se partagent également les corvées domestiques.

Pour Moumtaz, 18 ans, rejoindre la rébellion il y a un an a été une "expérience libératrice".

Seule combattante parmi ses quatre frères et soeurs, elle dit s'être transformée en une nuit. La petite étudiante est devenue une guerrière quand elle a rejoint un camp d'entraînement du YPG dans sa ville d'Afrine, bastion kurde au nord d'Alep.

"Prendre les armes a été une décision personnelle", dit cette jeune fille, le front ceint d'un bandana.

Derrière elle, ses camarades, femmes et hommes, fument, discutent et mangent un morceau ensemble. S'ils se retrouvent au front et lors des pauses, ils vivent séparément et toute relation est formellement interdite.

Mais la présence de ces combattantes dans la société conservatrice syrienne suscite l'étonnement et souvent même le rejet.

"Ce ne sont pas des femmes, ce sont des hommes. Une vraie femme est plus féminine", lance ainsi un combattant rebelle qui se dit opposé à la présence de femmes au front car cela peut "distraire les combattants".

Dans son école, soutenue par Liwa al-Tawhid, une des plus importantes brigades d'Alep au sein de laquelle combat son mari, Nour al-Haq partage le même avis.

"Les femmes n'ont aucune raison de prendre les armes, il y a tellement d'hommes qui le font", dit-elle.

Les Syriennes, quelles que soient leur ethnie ou leur classe sociale, ont participé à la révolution à leur manière: elles manifestent ou apportent nourriture et munitions aux combattants.

Engizek et ses compagnons d'armes balaient ces arguments: "arriérés".

"Ce pays ne sera libre qu'une fois que les femmes le seront", affirme Lokman Abousalem, combattant de 41 ans, qui affirme que ses camarades n'ont aucune objection à être dirigés par une femme.

Pour Engizek, l'ascension de groupes islamistes radicaux peut être une menace pour le droit des femmes. Elle craint notamment le Front jihadiste Al-Nosra qui a récemment fait allégeance à Al-Qaïda.

"Nous ne voulons pas collaborer avec ceux qui n'acceptent pas les droits des femmes", dit-elle.

"En tant que mouvement, nous ne pouvons pas accepter cela. En tant que femme, je ne peux pas accepter cela".

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