Au coeur de Fukushima, le robot ne tient pas mieux que l'homme

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    par Aaron Sheldrick et Minami Funakoshi 
    TOKYO, 10 mars (Reuters) - Cinq ans après la catastrophe du 
11 mars 2011, les robots chargés de localiser certains matériaux 
radioactifs à l'intérieur des réacteurs de la centrale de 
Fukushima sont "morts", le "mur de glace" mis en place sous 
terre autour du site pour empêcher la contamination de l'eau du 
sous-sol n'est pas encore entré en service.  
    Et les autorités ne savent toujours pas comment se 
débarrasser de l'eau fortement radioactive stockée dans un 
nombre toujours plus grand de réservoirs aux abords du site. 
    Ce jour-là, l'un des pires séismes de l'histoire avait 
déclenché un tsunami dont les vagues de dix mètres de hauteur 
avaient déferlé sur la centrale nucléaire, près du littoral du 
nord-est du Japon, provoquant la fusion de plusieurs réacteurs. 
La catastrophe fit près de 19.000 morts et disparus et 160.000 
habitants ont perdu leurs maisons et leurs moyens d'existence. 
    Aujourd'hui, la radioactivité est si élevée, dans certaines 
parties de la centrale, qu'il est impossible de s'y aventurer 
pour retirer les masses déformées et extrêmement dangereuses des 
barres de combustible qui ont fondu. 
    L'opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power (Tepco) 
 9501.T , a tout de même progressé, réussissant à retirer 
plusieurs centaines de barres de combustible usagé de l'un des 
bâtiments endommagés. La technologie nécessaire pour localiser 
les barres de combustible fondues dans les trois autres 
réacteurs n'existe cependant pas encore. 
    "Il est extrêmement difficile d'accéder à l'intérieur de la 
centrale nucléaire", explique dans une interview Naohiro Masuda, 
directeur des opérations de démantèlement chez Tepco. "Le 
principal obstacle, ce sont les radiations." 
    Les barres de combustible ont fondu et perforé les cuves qui 
les contenaient, si bien que nul ne sait aujourd'hui avec 
exactitude où elles se trouvent. Cette partie de la centrale est 
si dangereuse pour l'homme que Tepco a mis au point des robots à 
même de nager sous l'eau et de contourner des obstacles dans des 
tunnels endommagés et des canalisations, au fond des bâtiments, 
à la recherche des barres de combustible fondues. 
    Cependant, dès que ces robots s'approchent trop près des 
réacteurs, la radioactivité détruit leurs câbles et les rend 
inutilisables, ce qui retarde le déroulement des opérations, 
déclare Naohiro Masuda. 
    Or, chaque robot doit être fabriqué sur mesure pour chaque 
bâtiment. "Il faut deux ans pour mettre au point un robot", 
note-t-il. 
     
    BEAUCOUP MOINS DE FUITES 
    Tepco, qui en 2011 fut vivement critiqué pour sa gestion de 
la catastrophe, estime que la situation à la centrale accidentée 
s'est fortement améliorée. Le niveau de radioactivité, en de 
nombreux endroits du site, est désormais aussi bas qu'à Tokyo, à 
environ 250 km de là. 
    Plus de 8.000 ouvriers se relaient constamment, ont déclaré 
des responsables lors d'une récente visite du site. L'activité 
ne cesse jamais, car ils évacuent des débris, installent de 
nouveaux réservoirs de stockage d'eau, posent des canalisations 
et préparent le démantèlement de certaines parties de la 
centrale. 
    Une bonne partie de leur travail consiste à injecter 
régulièrement un flux d'eau à l'intérieur des réacteurs 
endommagés et hautement radioactifs, afin de les refroidir. 
Ensuite, cette eau irradiée doit être évacuée de la centrale et 
stockée dans les réservoirs, qui ont proliféré aux abords du 
site. 
    Pour Akira Ono, qui gère le site, l'un des plus grands 
défis, aujourd'hui, est de trouver quoi faire du million de 
tonnes d'eau radioactive présente dans les réservoirs disséminés 
sur le secteur. 
    Selon Ono, Tepco a accompli 10% du travail de nettoyage du 
site, mais le démantèlement complet de la centrale risque de 
prendre 30 à 40 ans. A en croire les experts, tant que 
l'entreprise n'aura pas localisé les barres de combustible 
fondu, elle ne pourra pas évaluer l'état d'avancement réel des 
travaux et leur coût final. 
    Actuellement, Tepco met en place le plus important "mur de 
glace" au monde destiné à empêcher l'eau des nappes souterraines 
de s'écouler à l'intérieur des bâtiments des réacteurs et d'être 
ainsi contaminée. 
    La construction proprement dite, dont l'idée a été lancée en 
2013 et a été vigoureusement encouragée par le gouvernement, a 
été achevée en février, après des mois de retard et des 
interrogations sur son efficacité réelle. Ce mur n'est cependant 
pas encore en service car Tepco doit d'ici la fin de l'année 
injecter à l'intérieur un liquide gélifiant pour entamer le 
processus de glaciation. 
    Pour Arnie Gunderson, ancien ingénieur nucléaire, il est 
crucial d'empêcher l'eau souterraine d'atteindre la centrale. 
    "Les réacteurs continuent de répandre de la radioactivité 
dans les eaux souterraines et ainsi dans l'océan Pacifique", a 
déclaré Gunderson. 
    Signe d'optimisme, les fuites radioactives vers le Pacifique 
ont cessé depuis la construction du mur souterrain, assure 
Masuda, qui n'exclut pas toutefois le risque de voir encore de 
petites quantités de radiations atteindre l'océan. 
    "Je ne parle pas de risque zéro, mais du fait de ce mur, le 
volume qui fuit a considérablement diminué", dit-il.  
 
 (Eric Faye pour le service français) 
 

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