Au Brésil, Marina Silva marque des points aussi sur les marchés

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LES INVESTISSEURS SÉDUITS PAR UNE ÉVENTUELLE VICTOIRE DE MARINA SILVA À LA PRÉSIDENTIELLE BRÉSILIENNE
LES INVESTISSEURS SÉDUITS PAR UNE ÉVENTUELLE VICTOIRE DE MARINA SILVA À LA PRÉSIDENTIELLE BRÉSILIENNE

par Walter Brandimarte

RIO DE JANEIRO (Reuters) - La perspective d'une victoire de la candidate écologiste Marina Silva à la présidentielle brésilienne du 5 octobre commence à séduire une partie des investisseurs, avant tout parce qu'elle leur éviterait quatre ans de plus de présidence de Dilma Rousseff.

Les politiques menées par cette dernière au cours de son premier mandat sont si impopulaires dans les milieux financiers qu'une petite phrase y circule selon laquelle "Marina est une roulette russe mais Dilma est un revolver complètement chargé".

La formule illustre la défiance que conservent nombre d'investisseurs envers Marina Silva, réputée pour sa versatilité politique, son manque d'expérience du pouvoir et son attachement à l'écologie y compris aux dépens de la croissance.

Mais la hausse récente de la Bourse brésilienne, qui a accompagné celle des intentions de vote en sa faveur, suggère que, pour l'instant au moins, les marchés sont prêts à beaucoup lui pardonner.

L'indice Bovespa des valeurs brésiliennes a gagné 10% ces deux dernières semaines, et 1,89% sur la seule séance de mercredi au lendemain d'un débat télévisé entre les deux candidates au terme duquel Marina Silva a été donnée gagnante.

Les sondages publiés mardi soir et mercredi matin montrent que la candidate du Parti socialiste brésilien (PSB), désignée la semaine dernière après le décès d'Eduardo Campos dans un accident d'avion, l'emporterait nettement sur la présidente sortante en cas au second tour le 26 octobre.

Cette femme au physique frêle, connue pour sa foi évangéliste mais populaire auprès de la jeunesse urbaine éduquée, est déjà comparée à certains dirigeants étrangers qui ont su profiter du désir de changement d'une partie importante de l'électorat.

Ian Solot, responsable de la stratégie d'investissement de Brown Brothers Harriman à Londres, trace ainsi un parallèle avec l'Indien Narendra Modi, vainqueur cette année d'un scrutin majeur dans un autre grand pays émergent en proie au ralentissement économique.

"ROULETTE RUSSE"

"Non seulement nous pensons qu'il est très probable qu'elle remporte les élections (...) mais nous pensons aussi qu'un gouvernement Silva serait une très bonne chose pour le Brésil, à la fois pour les marchés et pour le pays dans son ensemble", dit-il.

La campagne présidentielle est encore loin d'être jouée. Dilma Rousseff peut notamment compter sur un temps d'antenne plus important à la télévision, son parti étant mieux représenté au Parlement, et sur un soutien toujours solide des électeurs du nord-est du pays, une région pauvre dans laquelle ses programmes sociaux sont très populaires.

A l'inverse, c'est à Sao Paulo, la capitale financière, que son impopularité est la plus marquée, les investisseurs lui reprochant les lourdes pertes subies depuis son arrivée au pouvoir en 2011. Depuis, la croissance du Brésil a été inférieure à 2% par an en moyenne et le real s'est déprécié de 26% tandis que l'indice Bovespa cédait 12%.

Des trois grands candidats en lice, c'est toujours le centriste Aecio Neves qui conserve les faveurs de la majeure partie des investisseurs, car ils le considèrent comme le meilleur garant de la stabilité économique et d'un retour des investissements étrangers.

Marina Silva, elle, s'emploie à se forger une image réformiste et "pro-marché". Parmi les experts qui l'entourent figure ainsi l'économiste Eduardo Giannetti da Fonseca et la sociologue Neca Setubal, l'une des héritières d'Itau Unibanco, première banque privée du pays.

"Le fait que Silva amène avec elle des conseillers de ce calibre (...) rassure beaucoup les marchés", explique Marcelo Salomon, spécialiste des marchés émergents chez Barclays à New York.

INTERVENTIONNISME

Pour se démarquer de Dilma Rousseff, la candidate écologiste peut notamment prendre ses distances avec l'une constantes de la présidente sortante: son interventionnisme récurrent dans l'économie.

Dilma Rousseff a successivement augmenté et réduit les impôts ces dernières années tout en adoptant des mesures qui se sont traduites par de très lourdes pertes pour certaines grandes entreprises, comme le géant pétrolier Petrobras.

Silva "fait passer le message selon lequel elle serait la présidente du pays, pas son économiste en chef", résume Eric Fine, gérant obligataire spécialisé dans les pays émergents chez Vaneck.

Eduardo Giannetti da Fonseca explique que Marina Silva, si elle était élue, mènerait une politique privilégiant la discipline budgétaire, des objectifs d'inflation et un taux de change flottant, le "trépied" sur lequel s'appuyait en son temps Fernando Henrique Cardoso, le président issu du PSDB d'Aecio Neves.

Ces similarités avec le programme centriste sont telles que le PSDB pourrait bien soutenir la candidate écologiste au second tour face à Dilma Rousseff, a dit une source à Reuters.

Tous les investisseurs ne signent toutefois pas un chèque en blanc à Marina Silva, certains estimant que son arrivée au pouvoir pourrait s'apparenter à un saut dans l'inconnu, de surcroît dans un contexte économique peu favorable conjuguant croissance faible, inflation élevée et déficit courant massif.

"Je ne crois pas que les marchés pensent qu'elle serait pire que Dilma. Mais à cause des problèmes économiques du Brésil, la situation pourrait nécessiter quelqu'un de plus expérimenté", dit Eric Fine.

(avec Brian Winter et Bruno Federowski à Sao Paulo,; Marc Angrand pour le service français)

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