Au Brésil, la boue et la fureur

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Village de Paracatu de Baixo au Brésil.
Village de Paracatu de Baixo au Brésil.

Un an après la catastrophe humaine et écologique provoquée par la rupture de deux barrages dans l’Etat du Minas Gerais, la toute-puissance des groupes miniers est remise en cause.

Cela faisait bien longtemps que plus personne ne l’appelait par son nom. Petit corps sec de 71 ans, José do Nascimento de Jesus était, il y a un an encore, mieux connu comme « Zezinho do Bento ». L’âme de Bento Rodrigues, ce village de 600 habitants dans l’Etat du Minas Gerais, au Brésil, emporté le 5 novembre 2015 par un torrent de boue provoqué par la rupture du barrage retenant les déchets miniers de l’entreprise Samarco – alliance de deux géants du secteur, le brésilien Vale et l’anglo-australien BHP Billiton. Une catastrophe écologique qui a dévasté toute la vallée du rio Doce et tué dix-neuf personnes, dont deux enfants de Bento Rodrigues.

José habitait avec sa femme, Maria Irene de Deus, près de la chapelle, à quelques jets de pierre d’un manguier centenaire et à moins de deux kilomètres du barrage. Lors de la mise en service de l’infrastructure, en 2008, « Zezinho », en tant que président de l’association des habitants et porte-parole du village, avait discuté avec Samarco : « Ils nous disaient qu’il n’y avait aucun danger. » De la vallée, les activités de la mine étaient invisibles : on n’y pensait pas, menant la petite vie tranquille de la campagne.

Un an après la tragédie, il ne reste rien de cette vie-là. Rien que les murs salis de l’église du XVIIIe siècle, un monument historique que les archéologues ont nettoyé à la petite cuillère et au pinceau. Rien que le souvenir d’un après-midi de novembre pétrifié. Et ce graffiti sur les décombres d’une maison : « Sama...

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