Au Brésil, Dilma Rousseff se dit attachée au progrès social

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LES BRÉSILIENS MANIFESTENT EN MASSE
LES BRÉSILIENS MANIFESTENT EN MASSE

par Todd Benson et Asher Levine

SAO PAULO (Reuters) - La présidente brésilienne Dilma Rousseff s'est employée mardi à désamorcer le vaste mouvement de protestation qui secoue le pays, en reconnaissant la nécessité d'améliorer les services publics et d'avoir une meilleure gouvernance à tous les niveaux.

S'exprimant au lendemain d'une grande journée de manifestations, lors de laquelle 200.000 Brésiliens sont descendus dans les rues d'une demi-douzaine de villes, elle a assuré que le gouvernement demeurait attaché à des réformes sociales et écoutait avec attention les doléances exprimées par les manifestants.

"Le Brésil s'est réveillé plus fort aujourd'hui", a estimé Dilma Rousseff dans un discours à Brasilia, retransmis par la télévision. "L'ampleur des manifestations d'hier illustre la vigueur de notre démocratie, la puissance de la voix de la rue et la civilité de notre population".

Pour l'instant, Rousseff demeure très populaire, en particulier parmi les pauvres et la classe ouvrière, mais sa cote de popularité a commencé à décliner au cours des dernières semaines pour la première fois depuis sa prise de fonction en 2011.

Les manifestations de lundi, organisées via les réseaux sociaux, ont perturbé le fonctionnement de plusieurs grandes agglomérations parmi lesquelles Rio de Janeiro, Sao Paulo, Brasilia ou Belo Horizonte. Dans la capitale, des manifestants sont montés sur le toit du Congrès avant de pénétrer dans les locaux.

Les manifestations, qui coïncident avec la Coupe des Confédérations, répétition générale de la Coupe du monde de football que le Brésil accueillera l'année prochaine, se multiplient depuis deux semaines au Brésil en raison d'un ralentissement de l'économie et d'une forte inflation.

La forte croissance, qui était encore de 7,5% en 2010, a considérablement freiné: l'an dernier, le PIB brésilien n'a crû que de 0,9%. L'inflation frôle, elle, les 6,5%.

NOUVELLES MANIFESTATIONS EN VUE

Lundi, la principale manifestation s'est tenue à Rio de Janeiro où 100.000 personnes se sont rassemblées tandis que 65.000 étaient dénombrées à Sao Paulo, ville d'où est partie la contestation.

A l'origine, il s'agissait de protester contre une légère augmentation locale du prix des tickets de bus et de métro. Le mouvement a pris de l'ampleur et a débordé Sao Paulo, agrégeant les récriminations d'une partie de la population choquée par le budget consacré à la construction des infrastructures qui accueilleront la Coupe du monde.

La mobilisation est sans précédent depuis les manifestations contre l'ancien président Fernando Collor de Mello, accusé de corruption et destitué en 1992.

Les autorités brésiliennes espèrent que le Mondial 2014 puis les Jeux olympiques de 2016 à Rio seront l'occasion d'illustrer la place grandissante du pays, puissance émergente, sur la scène internationale.

Mais pour les manifestants, l'écart entre les milliards de dollars investis pour l'événement et l'état des services publics est criant.

Dans un rapport récent, la cour fédérale des comptes estimait que les dépenses engagées pour la Coupe du monde excédaient déjà de 15% au moins le budget initial fixé à 24 milliards de reais (un peu plus de 8 milliards d'euros).

"Pendant de nombreuses années, le gouvernement a entretenu la corruption. Les gens manifestent contre le système", a estimé Graciela Caçador, 28 ans, habitante de Sao Paulo. "Ils ont dépensé des milliards pour construire des stades et rien pour l'éducation ou la santé", a-t-elle ajouté.

Le maire de Sao Paulo, Fernando Haddad, a reçu mardi des dirigeants de la contestation pour tenter d'apaiser les tensions, mais il rechigne pour le moment à abaisser les tarifs des transports publics. Une nouvelle marche de protestation doit avoir lieu mardi matin dans le centre de la mégapole.

D'autres manifestations sont prévues ces prochains jours, accentuant la pression sur les pouvoirs publics qui s'apprêtent aussi à recevoir plus de deux millions de visiteurs le mois prochain pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ).

Ce grand rassemblement de la jeunesse catholique sera l'occasion pour le pape François, premier pape latino-américain de l'histoire, d'effectuer son premier déplacement à l'étranger.

Avec Esteban Israel et Eduardo Simões; Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français

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