Attentisme en Russie, espoirs en Pologne dans l'aéronautique

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PAS D'EFFETS DE LA CRISE UKRAINIENNE SUR LE SECTEUR AÉRONAUTIQUE
PAS D'EFFETS DE LA CRISE UKRAINIENNE SUR LE SECTEUR AÉRONAUTIQUE

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Les industriels occidentaux de l'aéronautique ne ressentent pas encore d'effet dramatique de la crise ukrainienne sur leurs contrats en Russie, tandis que les groupes de défense sont en ordre de bataille pour répondre aux besoins en équipements manifestés par la Pologne.

Mais dans ces secteurs soumis à la diplomatie, les relations commerciales des Occidentaux avec la Russie ses ex-pays satellites en ébullition sont aussi volatiles que l'évolution de la situation à la frontière russo-ukrainienne où Moscou a déployé 40.000 soldats après avoir annexé la Crimée.

Dans l'aviation d'affaires, indicateur avancé du secteur aéronautique, de premiers accrocs ont été constatés avec des clients russes, tandis que les industriels français de la défense engagés dans des négociations en Pologne pâtissent de la relative discrétion de Paris depuis le début de la crise.

"Cela se tend, la Pologne reproche à la France son insuffisante réaction pour défendre l'Ukraine", dit-on chez l'un d'entre eux, qui a souhaité rester anonyme.

Concentrée sur d'autres conflits et alignée sur les Etats-Unis, la diplomatie française a manqué d'initiative dans la crise ukrainienne, commettant des erreurs d'appréciation dans l'attitude à adopter face à Moscou, ont dit des analystes à Reuters.

Plusieurs groupes français ont le doigt sur la gâchette pour aider la Pologne à améliorer ses équipements, parfois encore issus de l'ère soviétique.

Thales s'est ainsi allié à MBDA (consortium Airbus Group, BAE Systems et Finmeccanica) et à un groupe de défense public polonais pour décrocher un contrat de missiles évalué à plusieurs milliards d'euros que Varsovie pourrait attribuer dès juin.

Le constructeur naval militaire DCNS discute de son côté de la livraison à la Pologne de deux à quatre sous-marins pour un montant total de deux à trois milliards d'euros depuis 2012, ainsi que sur une modernisation des chantiers navals polonais.

Quant à Airbus Helicopters, il est en lice dans un appel d'offres polonais pour un contrat de 70 hélicoptères lourds d'environ trois milliards d'euros, dont le résultat est attendu avant la fin 2014.

Mais contrairement à DCNS, qui a signé avec la Russie un contrat d'un peu moins de 1,1 milliard d'euros pour deux navires de type Mistral livrables en octobre 2014 et octobre 2015, Airbus Helicopters n'a pas accès au marché militaire russe.

Dans le secteur civil, dont il est le numéro un mondial, l'ex-Eurocopter n'a en revanche pas constaté d'impact notable sur son activité en Russie où il revendique environ 40% d'un marché de 50 à 60 appareils par an, a dit son président exécutif Guillaume Faury lors du salon d'aérospatiale ILA à Berlin.

COUP D'ARRÊT EN RUSSIE POUR BOEING BUSINESS JETS

Pour Boeing Business Jets, branche d'avions d'affaires du constructeur américain, l'impact, en revanche, est déjà bel et bien palpable.

"Le marché russe était devenu très actif il y a environ un an, mais la situation actuelle a porté un coup d'arrêt à la plupart de nos discussions" avec des clients potentiels, a déclaré son président Steve Taylor à Reuters lors du salon Ebace qui s'est déroulé cette semaine à Genève.

L'attentisme de la Russie s'est propagé à l'Europe, a-t-il également constaté.

"Avec tous les défis en Europe de l'Est et Russie, les clients ne vont pas conclure d'achat tant qu'ils n'auront pas une idée plus claire de la situation", a ajouté Steve Taylor, un constat partagé par Marco Tulio Pellegrini, président de la branche de jets du brésilien Embraer.

Les industriels redoutent l'impact des tensions entre Moscou et Kiev, tant sur l'état de leurs contrats et négociations que sur leurs approvisionnements en matières premières, comme le titane, métal léger utilisé dans les avions ou les fusées.

"La crise russo-ukrainienne fait peser très clairement un risque sur nos activités", a déclaré François Auque, président exécutif du pôle spatial d'Airbus Defense & Space, lors d'une conférence de presse. "Ce serait un impact potentiellement significatif si la situation devait durer".

Airbus Defense & Space, Thales Alenia Space et leurs concurrents américains, comme Boeing ou Lockheed Martin, pourraient pâtir de la décision des Etats-Unis de ne plus accorder de licences d'exportations vers la Russie à tout satellite comportant des composants américains.

L'avionneur Airbus, qui achète au russe VSMPO plus de la moitié de son titane, a, lui, d'ores et déjà mis en place un groupe de travail afin de garantir ses approvisionnements destinés à son long-courrier A350, qui doit être mis en service fin 2014.

(Avec Victoria Bryan, édité par Jean-Michel Bélot)

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  • lorant21 le vendredi 23 mai 2014 à 16:36

    Le lendemain d el'adhesion à l'UE et après avoir reçu les subventions, la Polgne achetait des avions.. américains.

  • ZvR le vendredi 23 mai 2014 à 15:45

    leur côté les polonais auraient du demander l'adhésion aux us et pas à l'UE. Ca aurait clarifié les choses.

  • ZvR le vendredi 23 mai 2014 à 15:44

    Bah oui, c'est un grand classique. Comme les aides à la Gréce il y a quelques années subordonnées à des achats d'équipement militaire en france et en allemagne. On voit le résultat quelques années après. Au final le contribuable d'europe de l'ouest paiera la note.

  • M638341 le vendredi 23 mai 2014 à 15:35

    La Pologne, plus gros bénéficiaire des subsides européens se devrait au nom de la reconnaissance du ventre s'abstenir d'acheter des avions de chasse américain ... mais il est vrais que se sont ces mêmes américains qui ont poussé à l'intégration des polonais dans l'UE....