Attentats-Les Balkans au coeur du trafic d'armes en Europe

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    * Les extrémistes préfèrent de plus en plus les armes aux 
bombes 
    * Les Kalachnikov soviétiques étaient prisées des 
malfaiteurs 
    * Elles le sont maintenant des djihadistes 
    * Contrôles resserrés après les attentats de Paris 
    * Mais peut-être pas suffisants 
 
    par Aleksandar Vasovic et Gabriela Baczynska 
    BELGRADE/BRUXELLES, 29 novembre (Reuters) - Besoin d'une 
Kalachnikov en Belgique ? Pas de problème, dit  "Nemac" le 
Serbe; quelques centaines d'euros suffiront à acheter l'arme et 
une place pour l'acheminer, planquée dans une voiture ou un 
camion en provenance des Balkans. 
    Rencontré dans un restaurant de routiers lugubre des 
alentours de Belgrade, la capitale serbe, Nemac précise qu'il ne 
fait pas lui-même de trafic d'armes. Mais, cet ancien des 
guerres de Yougoslavie explique qu'il connaît des gens qui le 
font. Ils peuvent livrer des fusils d'assaut du genre de ceux 
qui ont été utilisés dans les attentats du 13 novembre à Paris. 
    Il évoque les armes qui circulent dans les Balkans, héritage 
de l'armée yougoslave. 
    Autrefois, la principale menace djihadiste pour l'Europe, 
c'était la bombe. Puis, depuis un an environ, avec les attaques 
menées par les djihadistes français et belges revenus de Syrie 
l'attention s'est portée sur les armes et leur acheminement vers 
le coeur de l'Europe. C'est le domaine des gangsters des Balkans 
qui fournissent le grand banditisme en Europe occidentale. 
    La provenance de la totalité des armes utilisées dans les 
attentats de Paris n'est pas connue avec certitude, mais on a 
appris samedi qu'une partie, notamment des M70, provenait d'un 
lot fabriqué à Belgrade à la fin des années 80.  ID:nL8N13O007  
    Ce qui est clair en revanche, c'est que les armes se 
retrouvent de plus en plus entre les mains des extrémistes. 
    "Il y a plein de coins et recoins dans une voiture ou un 
camion où on peut cacher une arme démontée", explique Nemac, 
dont le nom de guerre signifie "l'Allemand". "Les gens les 
cachent dans le réservoir." 
     
    UN VIEIL ACCORDÉON 
    Son associé Milan présente la liste des prix pour les armes 
volées dans les arsenaux d'Albanie et des pays de 
l'ex-Yougoslavie : 700 euros pour un AK-47 (Kalachnikov) de 
fabrication yougoslave; un peu moins pour les modèles albanais 
et les versions chinoises.  
    "Les pistolets ne sont pas encore trop chers, environ 150 
euros pièce", ajoute Milan.  
    La semaine dernière, le directeur d'Europol, le Britannique 
Rob Wainwright, a expliqué au Parlement européen qu'il pourrait 
y avoir d'autres attentats utilisant des armes vendues par les 
réseaux criminels des Balkans. 
    En mai 2014, le Français Mehdi Nemmouche, 29 ans, de retour 
de Syrie, avait utilisé un AK-47 pour abattre quatre personnes 
au Musée juif de Bruxelles.  
    Des Kalachnikov ont également été utilisées dans l'attaque 
de Charlie Hebdo et contre un hypermarché cacher en janvier 
dernier. Certaines ont été acquises en Belgique comme celle du 
tireur du Thalys en août. 
    L'Union européenne a décidé de renforcer le contrôle à ses 
frontières ainsi que sa législation sur les armes, mais Nemac, 
Milan ou ce policier serbe blasé estiment que cela n'arrêtera 
pas le trafic. 
    Selon le policier serbe, les enquêteurs ne découvrent au 
mieux qu'un tiers des livraisons. Le problème, dit-il, c'est le 
faible volume des armes. Et de raconter l'histoire de cet homme 
qui avait déclaré aux douaniers à la frontière serbe avec l'UE 
qu'il était musicien et n'avait rien à déclarer qu'un vieil 
accordéon. 
    Sa voiture a été examinée. Il y avait un trou obturé avec du 
ruban adhésif. A l'intérieur, se trouvaient 20 armes de poing. 
     
    CACHÉE DANS UN SANDWICH 
    Une autre fois, une arme a été découverte dans un sac 
comprenant des couennes de porc et une autre cachée dans un 
sandwich. 
    Le problème n'est pas tant les 80 millions d'armes à feu qui 
circulent au sein de l'Union européenne. Elles sont soit 
propriété de l'Etat ou alors elles font l'objet d'un port d'arme 
très strict. Le problème, c'est essentiellement le vieux 
matériel militaire vendu au marché noir dans les Balkans. 
    "On ne sait pas où sont ces armes, qui les détient et 
comment elles sont utilisées", explique Ivan Zverzhanovski qui 
travaille à la Clearinghouse for the Control of Small Arms and 
Light Weapons, organisme de surveillance de la prolifération 
basé à Belgrade. 
    Une semaine avant les attentats de Paris, la Serbie avait 
annoncé l'arrestation, conjointement avec la France, d'une bande 
importante faisant le trafic des armes entre les deux pays. Peu 
de journaux s'en sont fait l'écho. 
    Pratiquement au même moment, la police allemande a arrêté 
une Golf conduite par un homme originaire du Monténégro, pays 
voisin de la Serbie. Huit Kalachnikov AK-47 ont été retrouvées 
dans le véhicule ainsi que des armes de poing et des explosifs. 
    Son système de navigation montrait qu'il se rendait à Paris. 
    Aucun lien direct n'a été établi vec les attentats de Paris, 
mais son cas n'est pas isolé.  ID:nL8N13E2NM  
      
    ENTRER DANS L'ESPACE SCHENGEN 
    "Si tu as 500 à 1.000 euros, tu peux obtenir une arme en une 
demi-heure", explique Bilal Benyaich, spécialiste de l'islam 
radical pour le groupe Itinera basé à Bruxelles. 
    "C'est ce qui fait que Bruxelles ressemble à une grande 
ville des Etats-Unis", ajoute-t-il. 
    "Une fois l'accord conclu, les vendeurs locaux démontent les 
armes et les livrent", explique Milan. "La principale difficulté 
est d'entrer dans l'espace Schengen, c'est-à-dire en Hongrie, 
sans se faire prendre. Une fois dans Schengen, un homme sage 
changera de véhicule deux ou trois fois." 
    "Cela veut dire qu'il te faut un réseau. Et le plus de gens 
sont impliqués, plus la probabilité d'une fuite à la police est 
grande." 
    L'UE a décidé de mettre en place un système de marquage et 
d'enregistrement pour les armes ainsi que des normes pour leur 
désactivation. Un AK-47 ayant servi dans l'attaque contre 
Charlie Hebdo avait été acheté légalement comme une arme de 
collection désactivée en Slovaquie, pays membre de l'UE.  
    Ce qui justifie l'idée de renforcer les contrôles dans les 
Balkans, même si des armes illicites viennent aussi de Libye et 
de l'est de l'Ukraine.  
    D'autres difficultés restent à résoudre. Si des armes 
peuvent être dissimulées dans des sandwiches, elles sont aussi 
de plus en plus échangées en ligne sur le "dark net" ou 
assemblées à partir de pièces acquises séparément, certaines en 
ligne, légalement. Et les progrès de la technologie sont source 
de nouveaux dangers. 
    Ainsi, des imprimantes 3D ont-elles pu être utilisées pour 
fabriquer des armes. La France a appelé à une interdiction des 
logiciels pour les fabriquer au sein de l'UE. 
 
 (Avec Andrew Chung à Paris, Benet Koleka à Tirana, Petar 
Komnenic à Podgorica, Alastair Macdonald à Bruxelles et Maja 
Zuvela à Sarajevo; Danielle Rouquié pour le service français, 
édité par Pierre Sérisier) 
 
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