Attentats anti-chiites à Bagdad, près de 60 morts

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ATTENTATS ANTI-CHIITES EN IRAK
ATTENTATS ANTI-CHIITES EN IRAK

par Patrick Markey et Kareem Raheem

BAGDAD (Reuters) - L'explosion de plusieurs voitures piégées et des attentats suicides ont fait près de 60 morts dans des quartiers chiites de Bagdad et d'autres régions d'Irak mardi, jour du dixième anniversaire de l'attaque américaine qui a renversé Saddam Hussein.

Des responsables hospitaliers ont fait état de 160 blessés.

Une voiture piégée a explosé près d'un marché très fréquenté de la capitale, trois ont visé le quartier de Sadr City, une autre a explosé non loin de la "zone verte" fortifiée abritant des enceintes diplomatiques occidentales. Un kamikaze a également actionné ses explosifs dans un restaurant de Mossoul (nord), visant un responsable de la police.

"J'étais en train de conduire mon taxi et brusquement ma voiture a été secouée. Il y avait de la fumée partout. J'ai vu deux cadavres sur le sol. Les gens criaient et couraient dans tous les sens", a raconté Al Radi, pris dans l'une des explosions à Sadr City.

Un kamikaze au volant d'un camion a en outre précipité son véhicule contre un commissariat dans une localité chiite située dans la banlieue sud de Bagdad, a-t-on appris de sources policières et hospitalières.

Cette vague d'attentats n'a pas été revendiquée.

Des rebelles sunnites liés à Al Qaïda multiplient depuis le début de l'année les attaques contre la communauté chiite, majoritaire en Irak, où les tensions confessionnelles persistent après avoir été exacerbées par l'intervention militaire des Etats-Unis en 2003.

Contesté par la minorité sunnite qui se juge désormais marginalisée, le gouvernement du chiite Nouri al Maliki a annoncé mardi le report pour une période pouvant aller jusqu'à six mois des élections régionales dans les provinces d'Anbar et de Ninive, où le scrutin était prévu le 20 avril.

RÉBELLION PERSISTANTE

La situation en matière de sécurité ne permet pas le déroulement du scrutin, a jugé le gouvernement.

L'intervention militaire il y a dix ans des Etats-Unis, appuyés par quelques alliés, a rapidement entraîné la chute de Saddam Hussein, issu de la minorité sunnite.

Malgré des accords de partage du pouvoir entre chiites, sunnites et Kurdes, l'Irak a ensuite basculé dans un cycle de violences confessionnelles qui a fait des dizaines de milliers de morts, en particulier dans la période 2006-2007.

Dix ans après l'intervention américaine, le pays reste fragilisé par une rébellion sunnite persistante et de fortes tensions politiques entre les différentes communautés.

La branche irakienne d'Al Qaïda, l'Etat islamique d'Irak, a annoncé son intention de reprendre le contrôle de territoires perdus face aux Américains, dont les troupes combattantes ont quitté le pays fin 2011. Elle a lancé une série d'attaques audacieuses depuis quelques mois, la dernière en date ayant visé jeudi le ministère de la Justice en plein coeur de Bagdad.

La stabilisation de l'Irak est rendue plus difficile par la fragilité du contexte régional. En Syrie voisine, le président Bachar al Assad, issu de la minorité alaouite, une branche du chiisme, est confronté depuis mars 2011 à un soulèvement devenu un conflit armé dans lequel les combattants rebelles sont essentiellement issus de la majorité sunnite du pays.

Des extrémistes sunnites, pour certains liés à Al Qaïda, participent aussi à l'insurrection contre Bachar al Assad.

Avec Ahmed Rasheed à Bagdad et Ali al-Rubaie à Hilla; Pierre Sérisier, Bertrand Boucey et Guy Kerivel pour le service français

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