Attentat à Diyarbakir après un coup de filet contre le parti pro-kurdes HDP

le , mis à jour à 12:20
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    * Au moins huit morts et une centaine de blessés dans 
l'explosion d'une voiture piégée 
    * L'attaque fait suite à l'arrestation de députés du parti 
d'opposition HDP, dont ses deux co-présidents 
    * Demirtas dénonce un "théâtre judiciaire" ordonné par 
Erdogan 
 
 (Actualisé avec réaction du gouvernement allemand, § 16) 
    par Ece Toksabay et Ayla Jean Yackley 
    ANKARA, 4 novembre (Reuters) - L'explosion d'une voiture 
piégée a fait huit morts et une centaine de blessés vendredi 
matin à Diyarbakir, la grande ville kurde du sud-est de la 
Turquie, quelques heures après l'arrestation de douze 
parlementaires du Parti démocratique des peuples (HDP, 
pro-kurde), dont ses deux co-présidents, Selahattin Demirtas et 
Figen Yuksekdag. 
    Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, qui a communiqué 
ce nouveau bilan, a précisé qu'un séparatiste du Parti des 
travailleurs du Kurdistan (PKK) était au nombre des tués. 
    L'attaque a été imputée au Parti des travailleurs du 
Kurdistan (PKK), classé organisation terroriste par le 
gouvernement turc mais aussi par les Etats-Unis et l'Union 
européenne. 
    L'explosion s'est produite dans le quartier de Baglar, près 
d'un commissariat de police où sont gardés à vue plusieurs des 
élus du HDP arrêtés la veille dans le cadre d'une enquête 
antiterroriste, a-t-on appris de sources proches de la sécurité. 
    Au total, douze députés du Parti démocratique des peuples 
(HDP, pro-kurde) ont été arrêtés, suscitant la préoccupation de 
l'Union européenne déjà inquiète de l'évolution de la société 
turque depuis le coup d'Etat manqué du 15 juillet dernier.  
    Les autorités turques, qui leur reprochent d'avoir refusé de 
témoigner dans des dossiers liés à "la propagande terroriste", 
assurent que la loi a été respectée. 
    "Les parlementaires qui ont été arrêtés ont ignoré la loi", 
a expliqué le ministre de la Justice, Bekir Bozdag, cité par 
l'agence de presse Anatolie. "Ils ont reçu une invitation mais 
ne se sont pas manifestés. Quelle autre solution avions-nous ? 
Les faire venir de force." 
    Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag, qui co-président le 
parti, ont été arrêtés à leur domicile, à Diyarbakir, pour le 
premier et à Ankara pour la seconde. 
    Lors d'une conférence de presse, le porte-parole du HDP a 
dénoncé une "opération politique" dont l'objectif, a ajouté 
Ayhan Bilgen, est de provoquer une "guerre civile" et 
d'éradiquer un parti qui a réuni plus de cinq millions de voix 
lors des deux élections législatives de l'année dernière. 
    Selahattin Demirtas, candidat à l'élection présidentielle 
remportée en 2014 par Recep Tayyip Erdogan, a déclaré pour sa 
part qu'il était prêt à répondre de ses actes "devant une 
justice équitable et impartiale". 
    "Mais je refuse d'être un acteur d'un théâtre judiciaire 
juste parce qu'Erdogan, dont le propre passé politique est 
suspect, l'a ordonné", ajoute-t-il sur Twitter.  
     
    MOGHERINI FAIT PART DE SA "PRÉOCCUPATION EXTRÊME" 
    La police a également mené des perquisitions dans les locaux 
du HDP à Ankara. Des images diffusées par la télévision montrent 
des responsables du parti apostrophant la police et un 
journaliste de Reuters a constaté que des véhicules de police 
bouclaient les alentours du bâtiment. 
    "Le HDP appelle la communauté internationale à réagir contre 
le coup d'Etat que mène le régime d'Erdogan", a déclaré le HDP 
sur son compte Twitter. 
    Sur le même site de microblogging, Federica Mogherini, la 
Haute Représentante de l'UE pour la politique extérieure et de 
sécurité commune, s'est dite "extrêmement préoccupée par 
l'arrestation de Demirtas et des autres élus du HDP" et a ajouté 
être en contact avec les autorités, appelant à une réunion des 
ambassadeurs de l'UE en poste à Ankara. 
    "C'est une très mauvaise nouvelle pour la Turquie. Encore 
une fois", a déploré pour sa part la Néerlandaise Kati Piri, 
rapporteur du Parlement européen sur la Turquie. 
    A Berlin, le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter 
Steinmeier, a demandé que le chargé d'affaires turc soit 
convoqué. "Les arrestations de responsables et d'élus du HDP 
kurde constituent aux yeux du ministre une nouvelle 
intensification dramatique de la situation", rapportent ses 
services dans un communiqué. 
    Selon de nombreux Turcs, l'accès aux réseaux sociaux tels 
que Twitter, Facebook ou au système de messagerie WhatsApp, a 
été perturbé à la suite de ces arrestations. Turkey Blocks, une 
organisation spécialisée dans la surveillance d'internet, a 
confirmé que l'accès à Twitter et à la messagerie WhatsApp avait 
été bloqué dans le pays.  
    Ankara accuse de longue date les membres du HDP d'être liés 
au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), ce que réfute la 
formation d'opposition. 
    Avec 59 sièges, le HDP est la troisième force politique au 
Parlement turc. Depuis juin, les députés ne sont plus protégés 
par l'immunité parlementaire     
    La Turquie vit sous le régime de l'état d'urgence depuis la 
tentative de coup d'Etat de l'été dernier. Plus de 110.000 
fonctionnaires, policiers, soldats, juges, journalistes et 
autres ont été arrêtés. Ils sont soupçonnés de liens avec le 
réseau de Fethullah Gülen, prédicateur exilé aux Etats-Unis 
qu'Ankara présente comme l'instigateur du putsch avorté. 
    Les pouvoirs élargis liés à l'état d'urgence ont également 
conduit à des arrestations de responsables politiques de 
l'opposition pro-kurde et à la fermeture de nombreux organes de 
presses, dont tous les grands médias kurdes.     
 
 (avec Humeyra Pamuk et David Dolan à Istanbul; Nicolas Delame 
et Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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