Attentat à Damas, la Turquie renforce sa frontière

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Attentat à Damas, la Turquie renforce sa frontière
Attentat à Damas, la Turquie renforce sa frontière

par Erika Solomon et Khaled Yacoub Oweis

BEYROUTH/ISKENDERUN, Turquie (Reuters) - Des rebelles syriens ont frappé jeudi au coeur de Damas, selon la télévision officielle et la Turquie a déployé des troupes à sa frontière sud-est, accentuant la pression sur le président Bachar al Assad à deux jours d'une importante réunion internationale à Genève sur la transition en Syrie.

Une forte explosion s'est produite sur le parking du palais de justice de la capitale, mettant le feu à une vingtaine de voitures, rapporte un correspondant de Reuters présent à Damas.

En pleine escalade des violences à travers le pays, la télévision d'Etat a parlé d'une attaque "terroriste" et l'agence de presse officielle Sana a fourni un bilan de trois blessés.

La capitale, bastion du président Assad, avait été épargnée jusqu'à ces derniers jours par les actions des insurgés, mais les rebelles y ont attaqué mercredi le siège d'une chaîne de télévision privée, faisant trois morts. En avril, le siège de la banque centrale avait été visé par des tirs de grenades RPG.

Dans le sud-est de la Turquie, des convois militaires ont fait mouvement vers la frontière syrienne, six jours après la destruction d'un avion de combat turc par la Syrie en Méditerranée. Dénonçant un acte hostile, la Turquie avait prévenu qu'elle renforcerait sa sécurité dans la région tout en excluant un conflit armé avec Damas.

Et le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé mardi une modification des règles d'engagement de l'armée turque sur les 900 km de frontière qu'elle partage avec Damas. Tout élément militaire approchant la Turquie et qui serait jugé menaçant sera traité comme une cible militaire, a-t-il averti.

Erdogan n'a pas détaillé ces conditions d'engagement, mais elles pourraient concerner les forces syriennes qui pourchassent les insurgés au-delà de la frontière, ou les hélicoptères et avions syriens qui patrouillent dans le secteur.

"RÉPONSE PRAGMATIQUE"

Un convoi d'une trentaine de véhicules comportant des camions équipés de batteries de missiles antiaériens a quitté la ville côtière d'Iskenderun pour rejoindre la frontière.

Un journaliste de Reuters, qui se trouvait près d'Antioche, a vu le convoi traverser la région vallonnée et plusieurs localités escorté par la police.

Un autre convoi d'une douzaine de véhicules a quitté la base de Gaziantep, proche de la frontière, pour se rendre dans la province de Kilis, qui abrite un vaste camp de réfugiés syriens.

David Hartwell, spécialiste du Proche-Orient au groupe d'informations spécialisées dans la défense IHS Jane's, a qualifié le déploiement turc de "réponse pragmatique et raisonnable". "Damas a été prévenu une fois, il n'y aura pas de deuxième avertissement", estime-t-il.

La Turquie, qui appelle Bachar al Assad à quitter le pouvoir après seize mois d'un soulèvement réprimé dans le sang, accueille environ 33.000 réfugiés syriens à sa frontière sud-est, ainsi que des éléments de l'Armée syrienne libre (ASL) qui regroupe des insurgés armés.

Dans la province d'Hatay, où se déroule l'essentiel du redéploiement de l'armée turque, des membres de l'ASL ne croient pas que ces mouvements sont le prélude à une intervention transfrontalière.

"Les Turcs savent que toute action militaire de grande ampleur aurait besoin d'un feu vert international", a déclaré un commandant de l'ASL, s'exprimant sous condition d'anonymat.

Ankara a déjà évoqué la possibilité d'ouvrir un couloir humanitaire en Syrie si le flux de réfugiés devenait ingérable ou si la violence débordait sur son territoire, mais uniquement avec l'aval des Nations unies.

GOUVERNEMENT D'UNION

La Turquie participera à la réunion des chefs de la diplomatie convoquée par le médiateur Kofi Annan samedi à Genève pour avancer sur le dossier de la transition politique.

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie), le Koweït, l'Irak, le Qatar et l'Union européenne auront aussi leur représentant.

Selon des sources diplomatiques aux Nations unies, l'idée d'un gouvernement d'union nationale, désormais soutenue par Moscou, considéré comme un acteur clé dans la crise en raison de ses liens étroits avec Damas, sera débattue.

Un diplomate a indiqué que "le gouvernement d'union nationale devrait exclure ceux dont la présence nuirait à la crédibilité de la transition", allusion transparente à Assad.

Lors d'une conférence de presse, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a toutefois averti jeudi que la réunion ne saurait décider du sort de Bachar al Assad.

"Nous ne soutenons pas et ne pouvons soutenir toute ingérence ou toute recette imposée de l'extérieur. Cela s'applique au sort de Bachar al Assad. Son sort devra être décidé par les Syriens, par le peuple syrien lui-même", a déclaré Lavrov.

Un responsable du Conseil national syrien a répété que l'opposition rejetterait le plan de transition s'il n'appelle pas explicitement au départ du chef de l'Etat.

Sur le terrain, certains rebelles syriens avouent se concentrer sur la lutte armée et se désintéresser désormais totalement des efforts diplomatiques déployés par la communauté internationale.

Avec Jonathon Burch et Jon Hemming à Ankara; Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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