Attaques repoussées à Kinshasa, en RDC, des dizaines de morts

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VIOLENCES À KINSHASA
VIOLENCES À KINSHASA

par Bienvenu Bakumanya

KINSHASA (Reuters) - Les forces armées de République démocratique du Congo (RDC) ont repoussé lundi des attaques lancées contre l'aéroport, une caserne et le siège de la télévision publique de la capitale Kinshasa, attaques qui, selon les autorités, semblent avoir été l'oeuvre de partisans du chef religieux Paul Joseph Mukungubila.

Devant le siège de la télévision publique, un journaliste de Reuters a pu voir de nombreux cadavres gisant sur la chaussée détrempée.

D'après la télévision, les forces de sécurité ont tué 46 assaillants tandis que des responsables gouvernementaux disent qu'une vingtaine d'autres ont été arrêtés.

"Nous avons la situation totalement en main", a déclaré à Reuters le porte-parole du gouvernement et ministre de l'Information, Lambert Mende, en ajoutant qu'aucun soldat ni aucun civil n'a été blessé dans les affrontements.

Des responsables congolais rapportent que l'assaut a été mené par des jeunes habillés en civil, inexpérimentés et équipés d'armements obsolètes. Selon ces mêmes responsables, il s'agissait vraisemblablement davantage d'un accès de colère que d'une véritable tentative de prise du pouvoir.

Des experts de la RDC à Kinshasa pensent que ces attaques sont peut-être liées à la récente décision du président Joseph Kabila de remplacer le chef de la police nationale, John Numbi, puissante personnalité politique originaire du Katanga, par Charles Bisengimana, un Tutsi.

Peu après les combats de Kinshasa, une fusillade a éclaté entre des militaires et des partisans de Mukungubila dans la province du Katanga, à plus de 2.400 km au sud-est de la capitale, non loin de la frontière avec la Zambie.

Les tirs ont éclaté alors que des soldats attaquaient l'église de Mukungubila dans la capitale du Katanga, Lubumbashi, où le calme est vite revenu. Des armes et des munitions ont été découvertes dans l'église, a-t-on appris de sources proches des services de sécurité.

A Kinshasa, les hommes en armes ont brièvement pris le contrôle du siège de l'audiovisuel public, prenant en otages plusieurs journalistes. Des témoins ont fait état aussi de tirs dans le camp militaire de Tshatshi, près du ministère de la Défense, mais aussi à l'aéroport de Ndjili dans les faubourgs de Kinshasa.

"PROPHÈTE DE L'ÉTERNEL"

Avant l'arrêt des transmissions de la télévision publique, des hommes en armes ont hurlé un message politique orienté contre Joseph Kabila, arrivé au pouvoir en 2001 après l'assassinat de son père Laurent-Désiré.

"Gideon Mukungubila est venu pour vous libérer de l'esclavage des Rwandais", déclaraient-ils dans leur message.

Gideon est le surnom utilisé par les partisans de Mukungubila, qui se fait appeler aussi le "prophète de l'Eternel".

Il a été candidat à l'élection présidentielle en 2006, lors de laquelle Joseph Kabila a remporté un nouveau mandat. Le "prophète de l'Eternel", connu pour son hostilité envers l'accord de paix signé ce mois-ci avec les rebelles tutsis du M23 dans l'est de la RDC, accuse le gouvernement congolais d'avoir cédé devant les intérêts des Tutsis et les pressions du Rwanda voisin.

Dans le centre de Kinshasa, les rues se sont vidées et les commerçants ont fermé boutique lorsque les attaques ont semé la panique dans la ville.

Dans la province de Maniema, dans l'est de la RDC, des rebelles Mai Mai se sont brièvement emparés de l'aéroport de la ville de Kindu avant d'en être délogés par les forces gouvernementales et celles de la mission de l'Onu, la Monusco. On ignore si cet incident est lié aux événements à Kinshasa et Lubumbashi.

Julien Dury, Eric Faye et Bertrand Boucey pour le service français

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