Attaque chimique et pilonnage auraient fait 1.300 tués à Damas

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ARMES CHIMIQUES ET BOMBARDEMENTS AURAIENT FAIT 1300 TUÉS À DAMAS
ARMES CHIMIQUES ET BOMBARDEMENTS AURAIENT FAIT 1300 TUÉS À DAMAS

par Khaled Yacoub Oweis et Dominic Evans

AMMAN (Reuters) - L'opposition syrienne a accusé le régime syrien d'avoir lancé tôt mercredi une attaque au gaz neurotoxique accompagnée de bombardements qui, selon George Sabra, l'une des figures de l'insurrection, a fait 1.300 morts.

Si l'information était confirmée, il s'agirait de l'attaque au gaz chimique la plus meurtrière au monde depuis celle d'Halabja, en 1988, pendant la guerre Iran-Irak. Cette attaque avait fait des milliers de morts parmi la population kurde de cette ville.

"Ce n'est pas aujourd'hui la première fois que le régime recourt aux armes chimiques", a dit George Sabra au cours d'une conférence de presse à Istanbul. "Mais cette attaque marque un tournant majeur dans les opérations du régime(...). Cette fois-ci, il s'agit d'annihilation plutôt que de terreur".

La télévision officielle syrienne et l'état-major de l'armée ont aussitôt rejeté les allégations de l'opposition. Le ministre de l'Information, Omran Zoabi, a parlé d'affirmations illogiques et montées de toutes pièces.

Cette attaque présumée intervient alors que, depuis dimanche, une mission d'une vingtaine d'inspecteurs des Nations unies se trouve à Damas pour enquêter sur les accusations d'utilisation d'armes chimiques ces derniers mois dans le conflit syrien. Cette mission, dirigée par le scientifique suédois Ake Sellstrom, a été habilitée par le régime syrien, après négociations, à se rendre en tout et pour tout sur trois sites.

Le mandat de la mission onusienne ne prévoit pas de déterminer qui a employé d'éventuelles armes chimiques et, a dit Ake Sellstrom, elle peut enquêter sur les dernières accusations en date, à condition qu'un pays en fasse officiellement la demande à l'Onu.

La France et la Grande-Bretagne ont décidé mercredi après-midi de demander officiellement une enquête de l'Onu sur l'usage présumé d'armes chimiques près de Damas, a déclaré un diplomate en poste à l'Onu, sous le sceau de l'anonymat.

"Ce que la France demande, c'est que la mission qui est sur place enquête immédiatement", avait dit un peu plus tôt à Bruxelles Laurent Fabius, chef de la diplomatie française.

Ankara a également demandé aux inspecteurs de tirer l'affaire au clair, estimant que, si les affirmations de l'opposition étaient avérées, il s'agirait là de "sauvagerie, de crime contre l'humanité".

L'Union européenne a elle aussi appelé de ses voeux une enquête "immédiate et approfondie" sur l'attaque présumée.

L'Arabie saoudite, qui soutient l'insurrection syrienne, a réclamé la tenue d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité à New York, consacrée à cette attaque présumée aux armes chimiques. Auparavant, le Royaume-Uni avait fait savoir qu'il évoquerait au Conseil de sécurité les allégations de l'opposition.

"Il est temps que le Conseil de sécurité assume ses responsabilités et surmonte les divergences entre ses membres, et qu'il retrouve la confiance de la communauté internationale au moyen d'une résolution claire et dissuasive qui mettra un terme à cette crise humanitaire", a dit le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al Faiçal.

Nabil Elarabi, secrétaire général de la Ligue arabe, a également demandé qu'une enquête soit immédiatement menée par les inspecteurs de l'Onu sur place.

MOSCOU PARLE DE PROVOCATION DE L'OPPOSITION

"Ce sera, a dit Ahmed Djarba, chef de la Coalition nationale syrienne (CNS, opposition), l'occasion pour les inspecteurs de l'Onu de se rendre compte par eux-mêmes de ce massacre et de constater que ce régime est criminel".

Grand allié du régime de Damas, Moscou a, sans surprise, fait entendre un son de cloche différent, parlant d'une possible provocation des insurgés.

"Tout cela ne peut que laisser penser qu'une fois de plus, nous avons affaire à une provocation conçue à l'avance. Cela est étayé par le fait que l'acte criminel a été commis près de Damas au moment même où une mission d'experts de l'Onu avait entamé ses travaux d'investigation sur un possible recours à des armes chimiques", a dit le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexandre Loukachevitch.

Selon des militants de l'opposition, des roquettes contenant des agents chimiques se sont abattues sur les banlieues damascènes d'Aïn Tarma, de Zamalka et de Djobar mercredi avant l'aube. Une organisation d'opposition, le Bureau des médias de Damas, a fait état de 150 corps sans vie dénombrés à Hammouriya, 100 autres à Kfar Batna, 67 à Sakba, 61 à Douma, 76 à Mouadamiya et 40 à Irbib, toutes ces villes étant des faubourgs de la capitale.

"De nombreuses victimes sont des femmes et des enfants", a déclaré Bayan Baker, une infirmière d'un centre médical de Douma, à une dizaine de kilomètres de Damas.

"Ils sont arrivés avec les pupilles dilatées, des membres glacés et de la mousse dans leur bouche", a-t-elle ajouté. Les médecins ont dit que ce sont des symptômes typiques de victimes de gaz neurotoxique".

Une vidéo qui aurait été tourné à Kafr Batna montre une salle où reposent plus de 90 corps, dont nombre d'enfants, de femmes et de personnes âgées.

"L'assaut a eu lieu à environ trois heures du matin (00h00 GMT)", a annoncé Khaled Omar, du conseil local de l'opposition à Aïn Tarma, qui dit avoir vu au moins 80 corps dans deux centres médicaux. "La plupart des tués étaient à leurs domiciles."

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), des dizaines de personnes, dont des enfants, ont en outre été tués au cours d'un bombardement qui a visé la banlieue de Mouadamiya, au sud-ouest de Damas.

L'organisation basée à Londres, qui dispose d'un important réseau d'informateurs sur place, a rapporté que le bombardement était le plus violent dans cette zone depuis le début du conflit, en 2011.

Julien Dury et Eric Faye pour le service français

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  • fgino le mercredi 21 aout 2013 à 19:44

    alors pépere hollande il fait rien avec ses rafales ??

  • TAURUS55 le mercredi 21 aout 2013 à 18:08

    Plutôt que d'aboyer après la Syrie et l'Egypte, on serait bien inspirés d'appliquer leurs méthodes à nos banlieues.

  • m1234592 le mercredi 21 aout 2013 à 16:23

    l'"opposition" syrienne a encore moins de crédibilité qu'Assad c'est dire! Je les crois capable d'avoir empoisonné leurs propres troupes volontairement et/ou par erreur. D'autre part ils n'ont aucun mal à trouver des "martyrs". En ce qui concerne la France le petit roquet et l'antiquaire chauve feraient mieux de fermer leur gu.ule sur la Syrie comme sur l'Egypte. Pas plus crédibles à l'étranger qu'en France!