Athlétisme: Teddy Tamgho l'impulsif a pris la bonne impulsion

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L'IMPULSIF TEDDY TAMGHO AU SOMMET
L'IMPULSIF TEDDY TAMGHO AU SOMMET

par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - Champion du monde junior en 2008, champion du monde en salle en 2010, Teddy Tamgho était arrivé comme une comète dans le monde de l'athlétisme, promis à un avenir radieux qui a pris forme dimanche avec un premier titre mondial à Moscou.

La blessure à la cheville droite qui l'avait privé des Mondiaux en 2011 puis des Jeux olympique de Londres, l'année dernière, et ses problèmes extra-sportifs - bagarre avec une athlète en octobre 2011 qui lui a valu une amende au tribunal - ont semblé loin lorsqu'il s'est envolé à 18,04 mètres.

Enfin arrivé au sommet après avoir cravaché pour retrouver son niveau, Tamgho, dont les pas s'accompagnent toujours d'un air de rap, ne sera pas surpris d'être le troisième homme de l'histoire à avoir dépassé les 18 mètres.

De ses débuts sur la piste, l'athlète de 24 ans, natif de Sevran, en Seine-Saint-Denis, aime à dire : "En 2003, quand j'ai découvert l'athlétisme, ce sport m'a sauvé de la délinquance."

"Depuis que j'aime le triple, je n'ai pas de limite au-delà des 18 mètres. Je n'ai peur de personne, sauf de Dieu", disait encore à l'occasion d'un entretien à Reuters ce jeune homme très croyant issu de la tribu camerounaise des Bamilékés.

Fan des Lions indomptables, l'équipe de football du Cameroun, et du Paris Saint-Germain, Teddy Tamgho est aussi un puits de science sur l'histoire post-coloniale de l'Afrique noire.

Enfant, il attendait avec impatience la sortie de l'école pour retrouver son père, attentif à l'heure des devoirs.

"Il me faisait découvrir des tonnes de trucs que je n'apprenais pas à l'école. Alors, comme j'étais impatient d'apprendre, je raffolais de ces instants. J'aime apprendre", explique-t-il.

Il connaît tout aussi bien l'histoire de sa discipline et le profil de ses illustres aînés: les élans de Philips Idowu, champion du monde 2009, la technique de Jonathan Edwards, le recordman du monde, l'école cubaine emmenée par Aliecer Urrutia ou les envols de Kenny Harrison.

Il a visionné leurs essais en boucle, a mémorisé leurs reprises d'appui, leurs bonds et leurs records.

SUCETTE ET COCARDS

Pourtant, Teddy Tamgho s'est passionné assez tard pour l'athlétisme. Il avait démarré sa jeune carrière sportive par des sports de combat.

Malgré cinq ans de judo et trois ans de boxe - "pour suivre les pas de mon papa qui en faisait en amateur" -, il ne réussit pas à se canaliser. "J'aurais été emballé de faire un sport co' comme le foot mais mon impulsivité faisait que ça partait vite en sucette." Alors il songe au free-fight. Puis renonce, "parce que ma mère avait peur que je me prenne trop de cocards".

Suivant les pas de sa soeur aînée, il embrasse le triple-saut qui "convient comme un gant à l'impulsif que j'étais, que je suis".

"J'aime son côté jackpot où on peut tout perdre ou tout gagner en un seul essai, où on peut gagner 60 cm en un clin d'oeil, devenir le roi du monde en un seul saut."

À 13 ans, son ciseau est repéré à Montreuil par Hervé Stiévenart, faiseur de triple-sauteurs comme Serge Hélan, l'ancien recordman de France, Pierre Camara ou Benjamin Compaoré, champion du monde Juniors en 2006.

Depuis, l'héritier les a dépassés avec objectif de vouloir "entrer dans la légende de mon sport, dans le panthéon d'Idowu ou Edwards". Il s'en est singulièrement approché dimanche en rejoignant Edwards et Harrison, champion olympique 1996, au-delà des 18 mètres.

Benjamin Compaoré, qui lui donna une partie de ses équipements pour qu'il puisse sauter "en étant chaussé correctement", n'en avait jamais douté, qui disait il y a encore peu de temps à propos de Tamgho: "Teddy, il est tellement doué qu'il pourrait sauter 17,50 m avec une seule jambe. Quand il est en forme, le record du monde est toujours en danger."

Edité par Gregory Blachier

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