Athlétisme: Renaud Lavillenie veut enfin conquérir le monde

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RENAUD LAVILLENIE SORT LES GRIFFES
RENAUD LAVILLENIE SORT LES GRIFFES

par Sophie Greuil

MONACO (Reuters) - Renaud Lavillenie, champion olympique du saut à la perche l'été dernier à Londres, aborde la nouvelle saison avec un objectif majeur, décrocher en août à Moscou le titre de champion du monde, seul absent de son riche palmarès.

A 26 ans, le Français a tout gagné depuis quatre ans, en Europe, aux Jeux, et en Ligue de diamant. Mais il reste sur deux médailles de bronze mondiales en 2009, avec un saut à 5m80, et en 2011, quand cinq centimètres de mieux n'avaient pas suffi.

Cet hiver, il y a ajouté un titre européen en salle et il reste gourmand à l'approche de l'été, même s'il ressort d'un stage avec une élongation à la cuisse et doit donc apprendre à se ménager.

"Cette petite élongation n'est pas grave", explique-t-il, "cela m'impose juste une semaine de repos à un moment où je sentais manquer de fraîcheur physique, me fatiguer plus et plus vite. Ce repos forcé vient à point nommé".

En attendant de marquer le début de sa saison estivale le 26 mai au Meeting Elite de Forbach (Moselle), cet ogre des sauts, capable d'en avaler une bonne vingtaine par séance, a compris "que pour aller loin, il faut ménager la monture".

Désormais, les sollicitations sont elles aussi mises entre parenthèses, "parce que je croule sous les demandes jusqu'à être invité à l'anniversaire d'une fille que je ne connaissais pas".

"Comme les gens partent du principe que qui ne tente rien n'a rien, il me faut donc apprendre à dire 'non'", dit-il.

En Lorraine, Renaud Lavillenie s'élancera "pour trouver le bon tempo en compétition, notamment en calant bien ma course d'élan".

Le samedi suivant, il franchira l'Atlantique pour aller à Eugene, aux Etats-Unis, avec l'objectif de "gagner, gagner des points en Diamond League et prendre la tête des bilans mondiaux".

Puis le sautoir de Rome se présentera au bout de sa perche, quatre jours plus tard, "avec le même objectif de gagner sur tous les plans tout en décrochant une victoire, comme à Forbach et Eugene, avec plus de 5m80".

A ce jour, Renaud Lavillenie, qui a gagné trois fois la Ligue de diamant, compétition qui réunit les plus grands meetings au monde, en 2010, 2011 et 2012, a réalisé 54 concours à plus de 5m80 et trois concours à plus de six mètres.

L'EUROPE, AUSSI BEAU QUE LES JEUX

Mais il ne mise pas sur ce palmarès à l'heure d'entamer la saison. L'athlète le plus décoré de France ne veut pas "se présenter sur la piste en tant que champion olympique ou pour défendre ce titre".

"Comme toutes les autres saisons, je me présente comme perchiste, pour sauter, pour me faire plaisir et pour conquérir le titre de champion du monde, seul manquant à mon palmarès", expose le champion d'Europe 2010 et 2012.

Auteur d'une remarquable dernière saison - "j'ai été capable surtout de relever le niveau, à chaque fois, quel que soit le contexte", dit-il - Renaud Lavillenie ne s'emballe pourtant pas.

"Certes, je suis content de mon titre olympique. Mais si j'avais été vraiment dans un état de grâce, j'aurais tout passé au premier essai."

Ainsi va l'élève de Philippe d'Encausse, qui met avant tout en avant sa performance sur le sautoir, ses sensations et sa capacité à ne jamais faire d'impasse. Parce qu'il forge ainsi un mental de vainqueur pour les grandes épreuves.

"De la saison dernière, à égalité avec mon titre olympique, je retiens, surtout, ma victoire aux championnats d'Europe où tout le monde me dissuadait d'aller, à un mois des Jeux, où je suis passé par tous les états pour gagner me forgeant un mental et une détermination à toute épreuve", souligne-t-il.

"Sauter ainsi, dos au mur, a été la rampe de lancement de mon titre olympique", affirme-t-il.

A "UNE LUNE" DE BUBKA

Depuis, Renaud Lavillenie, format léger de 1m77 pour 69kg et dont le record personnel est à 6m03, est régulièrement comparé au mythique Serguei Bubka, colosse de 1m84 pour 80 kg aux 35 records du monde, dont le dernier à 6m15.

Le Français se refuse à toute analogie avec cette légende de l'athlétisme, qui compte 183 concours à plus de 5m80 et a franchi 44 fois les six mètres.

"Contrairement à lui, je ne suis pas champion du monde", souligne-t-il en rapportant le propos à son échéance de l'été.

"Je n'ai pas de record du monde, je suis très loin des 6m15 et je suis très loin de faire ma priorité de décrocher un record du monde."

"Pour réussir un record du monde, il faut la bonne compétition au bon moment avec de bonnes conditions climatiques", ajoute le Charentais dont le pic de forme est prévu "entre mi-juillet et mi-août".

Même s'il concède partager avec Bubka "une identique détermination sur le sautoir et une identique technique rentable, permettant de passer 5m80 en étant fatigué", il dit être encore très, très loin de l'Ukrainien.

"Entre mes 6m07 ratés de peu aux championnats d'Europe en salle cet hiver et ses 6m15, il y a un fossé. Et cela ne m'aurait pas non plus choqué de le voir passer 6m20 ou 6m25, représentant encore pour moi juste la Lune."

S'il se sait attendu mais n'est en rien effrayé par son statut, il veut y aller pas à pas.

"Avant de passer 6m15, je dois passer six mètres régulièrement. Si je veux des titres, pour l'instant ma priorité, je ne dois pas m'entraîner pour aller le plus haut possible mais, pour être le plus régulier."

Edité par Gregory Blachier

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